Un si joli printemps,pourtant - 22 mai 2011

Pour la majorité des gens un tel printemps est un vrai bonheur. on ne peut rêver mieux. Il faut bien être paysan pour demander la pluie. Moi aussi, au début je trouvais ce temps plutôt agréable et même très favorable pour mon travail. Je n’avais jamais remis les animaux au pré si tôt. Les bêtes avaient regagné les prés dès la fin février pour les premières puis progressivement en mars pour les autres. Au 1er avril les étables étaient pratiquement vides alors qu’ habituellement le gros de la troupe ne sort guère qu’au 10, voire 15 avril.
Mais cette joie printanière a doucement fait place à l’inquiétude puis tourné au cauchemar. On ne parle plus que du manque d’eau, de l’absence de pluie depuis mars. Heureusement qu’il avait beaucoup plu fin décembre pour recharger les sources. Les crues que je maudissais alors, ont été en fait bien bénéfiques.
D’autres éléments climatiques à prendre en compte nous ont amenés à cette situation de disette. Les gelées ont été très fréquentes en avril et même début mai, les dernières datant du 14 mai. Même s’il y avait encore de l’humidité dans le sol,le froid a arrêté net la pousse de l’herbe. Les vents de nord, nord-est, est, (le vent des Rameaux) conjugués à ce froid ont fait beaucoup de mal aux pâturages. Ensuite le soleil, les chaleurs inhabituelles à cette saison, ont pris le relais et achevé le travail. L’herbe se flétrit, jaunit, crève sur pied dans les terres plus sablonneuses de bord de rivière. Je ne vais plus dans les prés les après-midi tellement c’est déprimant. Le soleil que j’apprécie tant d’habitude est devenu mon ennemi.
Même si j’ai déjà connu des années de sécheresse remarquables, difficiles, je me retrouve devant une situation inédite. Je n’ai plus ou presque de fourrage engrangé. Les animaux n’ont pas encore trop souffert, il reste encore un peu d’herbe semi-sèche. Rien à voir avec un mois de mai normal. C’est pendant ce mois, mois de la « pousse »que le stock d’herbe à paître et de futur foin se constitue et cette année c’est bien maigre. Je ne vois aucun foin pousser. Comme d’habitude j’ai fait pâturer mes prés de fauche et enlevé les animaux début mai. Et depuis,rien. L’engrais destiné à faire foisonner le foin est resté dans les sacs sous le hangar.. Sans pluie il n’est d’aucune efficacité.
Les céréales, je n’ose en parler. Elles sont à Croix de Roche, en haut de la colline où les terres sont séchantes ,convenant bien mieux en années humides. L’avoine de printemps est d’ores et déjà fichue et le triticale ne vaut guère mieux. J’envisage fortement de le faucher et de le mettre en balles sous plastique. Cela pourra toujours faire un aliment de secours.
En résumé: l’herbe, plus guère. Le foin, pas ou très peu; peut-être quelques balles dans 3,5 hectares qui n’ont pas été broutés. Les céréales, il faut oublier. Les stocks,au plus bas, 50 balles foin et paille confondus.
Voyez que la situation n’est pas brillante, décourageante. Je n’ai jamais été confronté à un tel problème et le pire c’est que je n’ai pas de solution. A cette époque de l’année le fourrage grossier pourtant indispensable aux ruminants est introuvable. Si on en trouve, le prix prohibitif est très dissuasif. La solidarité paysanne, un mythe, je crois. Il faut attendre l’été, la moisson; Encore faut-il que les animaux tiennent jusque là! après on verra.
Pour l’instant la première mesure que j’ai prise est d’avoir vendu un maximum d’animaux. J’ai même anticipé les ventes sur certaines catégories. Je n’ai gardé que les vaches suitées, les taureaux et des génisses de remplacement. Le chargement à l’hectare est allégé au maximum.
Il me reste un faible espoir. Nous ne sommes qu’en mai. Si des pluies conséquentes arrivaient bientôt je pense que je pourrais limiter les dégâts, peut-être pas pour les céréales mais pour l’herbe et le foin. De toute façon c’est une année qui va coûter très cher.
Les anciens disent que « la Pentecôte met les foins ou bien les ôte » J’espère qu’elle les mettra en inversant cette tendance météorologique et nous procurant un temps plus favorable. En attendant il m’arrive de rêver de pluie.
A ceux qui détestent la pluie et que j’énerve en la réclamant je leur dis « n’oubliez pas que l’eau c’est la vie »

A bientôt

Vêlages 2011 - 11 mars 2011

Depuis toujours la période février, mars est le gros moment des vêlages et 2011 ne déroge pas à la règle. Je viens d’avoir le trentième. Cette année je n’ai pas à me plaindre. Cela s’est plutôt bien passé, 1 seule césarienne (215 euros cette année) 1 accouchement par le vétérinaire. Côté maladies sur les jeunes veaux, j’ai été tranquille aussi: un cas isolé de diarrhée sévère que j’ai du faire soigner et un cas de coccidiose pris à temps et qui est resté sans conséquence. Très peu sont nés la nuit et ça c’est bon pour le sommeil. Je n’ai eu qu’ une journée chargée dont je vais vous donner le détail.

Minuit,les enfants qui ont passé la soirée à la maison s’en vont. Je vais faire ma ronde. Une vache à vêlé seule; le veau est couché sur le béton dans un mélange de déjections et des eaux . La vache a du beaucoup piétiner avant de mettre-bas et il n’y a plus de litière. En plus le veau est enveloppé dans une peau translucide et sanguinolente (un peu comme sur cette photo) à travers de laquelle on distingue les yeux et les oreilles : vision surprenante.. Seuls les naseaux et une petite partie du museau ne sont pas recouverts par la peau et le veau a pu reprendre sa respiration. C’est vraiment un coup de chance; j’aurais très bien pu le trouver mort. Le temps de nettoyer, faire de la place en déplaçant la vache voisine, mettre de la litière, installer le veau pour que la vache puisse le lécher ( je le saupoudre de sel pour lui donner du coeur à l’ouvrage) il est une heure. je peux aller me coucher.
Trois heures. Je me lève pour voir si tout va bien, et tout va bien. Mais une autre vache est entrain de pousser, les pieds du veau sortent. Mon arrivée la dérange, elle se relève et me fait poireauter une bonne demi-heure. Elle se recouche, je l’aide avec la vêleuse. Le veau sorti,je l’installe vers sa mère. Il est 4 heures lorsque je retourne me coucher.
Six heures, direction l’écurie. Les 2 veaux nés dans la nuit sont debout, le poil bien sec et bien blanc. Ils cherchent à téter aux fanons de leur mère. Je les libère et les guide vers le pis. Ils ont vite fait de piger et prennent une bonne ration de colostrum.
11h 30: il faut que fasse prendre une deuxième tétée; la vache voisine commence à piétiner et se trémousser . Encore une ! C’est pour bientôt. Je la surveille tout en prenant le repas de midi. elle prend son temps, et pour cause. Je relâche un peu la surveillance et quand je retourne à l’écurie je trouve un veau dans la rigole de la chaîne de curage. Il est bien petit. Je pense tout de suite à une naissance gémellaire. Je fouille la vache,et le fait est, un 2ème veau attend au fond de la matrice ,bien au chaud, encore dans sa poche. J’ai le temps d’aller me changer et je le sors tranquillement. Ce sont deux femelles bien jolies
Mais je ne suis pas au bout de me peines. Une autre vache présente les symptômes du vêlage imminent. Là je me dis que je vais avoir un problème de place. Comme il fait très beau je décide de mettre un taureau et une vache au pré. Fin février c’est peut-être un peu tôt mai une fois dehors ils ne demandent pas leur reste. D’ailleurs ils se portent très bien. On ne dirait pas, mais 2 animaux qui partent cela libère une sacrée place. C’est plus facile pour faire téter les jumelles; Le soir arrive et le vêlage n’a guère avancé.Tout juste quelques contorsions et piétinements. La vache ne se couche pas, ne pousse pas. Une poche d’eau est tout de même expulsée. Le veau se présente bien d’aplomb mais reste au fond. La vache semble ne pas pouvoir le remonter pour qu’il se présente à la sortie. Il doit être gros. L’heure avance. Je décide d’appeler le vétérinaire. Je prépare tout pour une césarienne. Un moment plus tard elles arrivent; on attend rarement longtemps lorsqu’il s’agit d’un vêlage. Je dis « elles » car il s’agit de notre véto habituelle accompagnée d’une étudiante qui vient se perfectionner. Elles sont rapidement en tenue. Je les laisse faire, elles s’en tirent plutôt bien. La mise-bas se passe debout, Je place la vêleuse et actionne le levier à leur signal. Après un peu d’efforts le veau sort difficilement, mais il est là et vivant. La vache est un peu déchirée.la future véto recoud la plaie. Ce n’est pas un exercice facile que de faire des points à l’intérieur de la vache mais cela lui fait un bon TP
Cette fois c’est le dernier pour la journée.

Plus de photos dans l’album « Vêlages à Vernois »

A bientôt

Les vaches perdent leurs dents elles aussi. Tous les ans j’en trouve dans les mangeoires où sont attachées les génisses de 3ans

Atelier piquets - 3 février 2011

Mon stock de piquets a sérieusement diminué ces dernières années et j’ai décidé d’en refaire pour assurer l’entretien des clôtures électriques et la rénovation d’une clôture de fils de fer barbelés prévue pour ce printemps. J’ai choisi la solution de facilité en achetant des billes de châtaignier en 2 m et 1,4m de long. Je n’ai qu’à aller le chercher; le bois est débardé et même chargé sur ma remorque avec une grue forestière. Autrefois on allait couper le châtaignier ou l’acacia nous-même dans la forêt. C’était toute une expédition car il fallait aller le chercher à 10 ou 15 km. Couper,débarder,charger et ramener les perches entières représentait un sacré travail . Mais on avait toujours fait comme ça.
Pour fendre les billes je me suis servi de la fendeuse hydraulique de la CUMA. Le châtaignier est un bois qui se fend bien en 2, 4, 6 et même 8 morceaux pour les plus grosses billes. Tout seul, j’ai parfois bien du mal à les installer sur l’appareil. Le bois craque sous la poussée du coin tranchant. Il y a très peu de perte et j’en ai un bon volume lorsque tout est fendu.
Le lendemain je suis allé chercher l’affute-pieux, de la Cuma également. C’est un appareil très pratique d’utilisation et qui fait de belles pointes. Il faut introduire le piquet à l’intérieur de la machine; un premier passage des couteaux façonnent 2 faces de la pointe, les lames reculent, on tourne le piquet d’un quart de tour, un deuxième passage fait les 2 autres faces. Cela demande beaucoup de manutention et c’est un travail très physique surtout pour faire les piquets de 2 m . Mais en fin de journée j’ai des centaines de piquets de faits ( je n’ai pas compté) et je ne suis pas mécontent de voir mon chantier terminé
Maintenant il va falloir ramener les matériels de Cuma et nettoyer le chantier. J’ai un bon tas de copeaux, qui une fois secs iront très bien pour allumer et chauffer le four. C’est un travail qui va m’avoir pris 3 jours.

A bientôt

JE LANCE UN APPEL: j’aurais besoin de paille, une dizaine de tonnes environ . Si quelqu’un en a de trop, je serais preneur
contact : bernard@vernois. com

Activités de début d’année - 21 janvier 2011

C’est fait, 2011 est déjà bien entamé. Les fêtes de fin d’année me paraissent déjà loin. Durant ces quinze premiers jours de janvier le principal du travail sur la ferme se résume à faire le pansage et divers soins aux animaux, et m’occuper du bois de chauffage. Il faut dire que sur toute la surface le terrain est gorgé d’eau et je ne peux guère faire quoi que ce soit dans les prés.
Les premiers vêlages ont eu lieu. Quatre génisses ont eu leur premier veau, et dans d’excellentes conditions. Malgré ma surveillance 2 les ont fait seules et j’ai juste un peu aidé les 2 autres mais je crois qu’elles y seraient arrivées seules. C’est encourageant et de bon augure pour la suite des vêlages. Il faut dire qu’en élevage charolais l’accouchement des génisses est souvent problématique et parfois il faut tirer très fort pour extraire le veau, ce qui n’est bon, ni pour lui, ni pour la mère. Il y a bien sûr le recours au vétérinaire et à la césarienne. Mais cela reste une opération chirurgicale lourde avec ses risques et qui entraîne frais et soucis. Quand les premiers vêlages se passent mal on aborde les suivants avec fébrilité et on peut faire des bêtises.
Il restait quelques vaches à tondre et j’ai profité d’une journée de mauvais temps pour le faire. C’est une habitude qui à tendance à se perdre car elle n’est plus justifiée en stabulation libre. Les animaux sont à l’air libre et exposés aux variations de température. Mais dans les anciennes étables entravées, où il fait toujours chaud, où les animaux vivent en promiscuité, ont du mal à se gratter, je trouve la tonte indispensable pour leur confort. Elle n’ont pas besoin de leur épaisse toison poussée à l’automne pour se protéger du froid. Leur dos, leur encolure, où des parasites ont vite fait de s’installer restent propres. Le fait de tondre n’est pas négligeable au point de vue commercial. Que ce soit pour vendre un reproducteur, un animal destiné à l’élevage où à l’engraissement, une bonne présentation grâce à la tonte est toujours un plus et peut faire gagner pas mal d’euros. Le seul fait de tondre l’attache de queue (haut de la queue vers la croupe) change l’aspect d’un lot de bêtes, améliore l’appréciation de leur conformation. D’ailleurs si l’éleveur n’ a pas tondu la queue de ses animaux avant de les vendre à un maquignon, celui-ci ne manquera pas de le faire avant la revente. Il y a bien une raison.
Dernièrement j’ai commencé la coupe de bois de chauffage. Je n’avais pas pu le faire avant à cause du mauvais temps. C’est du charme, excellent bois de chauffage que je coupe dans une petite forêt limitrophe de la ferme. Comme ça je peux m’y rendre et transporter le matériel en quad. Je n’abîme pas le pré en le traversant. Antoine est venu me prêter main forte. Je n’aime pas aller au bois tout seul. Il s’en donne à coeur-joie pour abattre les charmes. Je précise que ceux-ci repousseront tous seuls. C’est ça l’énergie renouvelable. Après 2 jours de travail bien fatiguant nous en avons un bon tas de fait. Maintenant il va falloir le fendre pour faciliter le séchage et la conservation. Entre le sciage du bois sec et son stockage à proximité de la chaudière et la coupe du bois vert pour les hivers à venir, je trouve que le chauffage de la maison me prend bien du temps, mais du temps, j’en ai maintenant
A bientôt
.

Fin d’année - 21 décembre 2010

Les derniers billets ont été consacrés à raconter des travaux anciens ou des activités de vacances. Je me rends compte que le journal de la ferme s’est arrêté à l’été dernier. Pourtant la nature ne s’est pas arrêtée, la vie de l’exploitation a continué. Mais il ne s’est rien passé d’extraordinaire que je n’aie déjà raconté les années précédentes et le dire ne serait que répétition;
La météo de cette fin d’année a été très capricieuse. Les pluies de novembre ont bien détrempé les sols et j’ai du hiverner les animaux un peu plus tôt que d’habitude. Puis la neige de début décembre est partie sous l’action de pluies diluviennes. On a connu une bonne crue de l’Arroux. Une bonne partie des prés a été recouverte par l’eau de la rivière. Et maintenant c’est l’épisode froid et très neigeux dont on a bien entendu parler, avec ses désagréments, qui vient de se terminer. Le thermomètre s’est tenu au-dessous de zéro plusieurs jours et a dépassé quelques fois les -10°. pas facile de faire quoique ce soit d’un temps pareil. Mais on a déjà connu cela, rien de catastrophique;
De toute façon en cette fin d’année je ne suis pas trop bousculé. Je n’ai guère que 85 bovins à m’occuper. J’ai vendu tout ce qui pouvait l’être et en particulier les broutards que j’avais l’habitude de repousser. Cette année l’herbe n’a jamais manqué et ils avaient bien profité. Mais après tout ces veaux nés début d’année m’ ont fait un minimum de frais ( 2 traitements antiparasitaires ) et je me suis dit que les vendre le jour du sevrage n’était peut-être pas une si mauvaise affaire que ça. Je me suis aussi débarrassé de vaches âgées ou vêlant tard et n’ai gardé que peu de génisses.
Le travail journalier de pansage se trouve très allégé. Maintenant que j’ai adopté ce rythme de travail qui en fin de compte me suffit largement, je me demande comment je faisais avec le double d’animaux d’animaux dans les étables.
Pour l’instant les petits-enfants viennent d’arriver pour passer une partie des vacances à la ferme. Au moins je peux prendre le temps d’être avec eux, de leur trouver des occupations, de les faire participer à la vie de la ferme, chose que je n’ai guère eu le loisir de faire jusque là.
Je profite de ce billet pour souhaiter un bon Noël à tous les lecteurs, avec une attention particulière aux habituées ( et habitués bien-sur ) qui ont l’habitude de laisser un commentaire, et de profiter pleinement de fêtes de fin d’année.
A bientôt.

L’Arroux - 17 octobre 2010

Vallée de l'arroux vue de la colline d'Uchon. En arrière-plan les monts du Morvan

Vue de la vallée de l’Arroux depuis la colline d’Uchon . Au fond ,les monts du Morvan

J’aurais pu donner comme titre à ce billet, quelle était verte ma vallée ou bien au milieu coule une rivière. Cette rivière, c’est l’Arroux au bord de laquelle je suis né et j’ai passé toute ma vie. En effet, L’Arroux longe la ferme en Bourgogne sur plus d’un kilomètre. Quoiqu’on en dise, sa proximité a eu une influence sur l’exploitation des terrains mitoyens et sur les personnes qui s’ y sont succédées.
Qui dit rivière dit suffisamment d’eau en toute saison pour abreuver les animaux pâturant à proximité. C’est déjà une richesse et une tranquillité. Autrefois son lit représentait une réserve sur place de matériaux, roches, graviers, sable que mes parents et grands parents ont su utiliser C’est aussi la présence de terrains d’alluvions, très sains, qui donnent des prairies où pousse naturellement une herbe de qualité. L’apport d’engrais chimiques n’est pas nécessaire.
Mais l’Arroux devient un mauvais voisin lorsqu’elle se fâche,et sort de son lit. Elle peut avoir des crues importantes qui recouvrent des dizaines d’hectares de pré. . Cela occasionne souvent beaucoup de dégâts aux clôtures, surtout lors des toutes premières crues de l’année. L’eau est chargée de feuilles ,de branches, et même de troncs. Ces derniers poussés par le courant s’accrochent dans les fils barbelés qui cèdent. Ou alors les feuilles garnissent les fils, ceux-ci offrent plus de prise au courant et les clôtures se couchent sous la puissance de l’eau. J’ai vu une grosse clôture en bon état entièrement arrachée sur cinquante mètres. Quand l’eau monte il faut être vigilant et se tenir prêt à évacuer les vaches des surfaces inondables. J’ai toujours eu la hantise de retrouver des animaux noyés. Et ça c’est un souci constant en période de pluie que les exploitations éloignées ne connaissent pas. Pour avoir sous-estimé une crue il m’est arrivé de me mettre à l’eau pour récupérer un troupeau encerclé. Le relief du terrain m’est familier et je sais ne pas risquer grand-chose. Mais entrer dans cette immensité hostile avec pour décor les nuages noirs qui se déversent et le ronflement sourd du fleuve charriant toute espèce de débris m’a fait connaître quelques moments d’angoisse. Par endroit l’érosion des berges causée par le courant modifie la rive et provoque la chute d’arbres. Autant de travail en plus.
Aujourd’hui un site me renseigne en permanence sur le niveau de l’eau. C’est dommage que la station de mesure du pont du tacot soit si proche de la ferme car cela ne me donne que peu de temps de réactivité mais je peux suivre l’évolution de la crue ou de la décrue.

L’Arroux a toujours été une zone de loisirs pour toutes les générations qui se sont succédées sur la ferme et j’en ai vraiment profité aussi. Qui dit rivière dit pêche, et pêche sous toutes ses formes pour nous ,plus ou moins légales dans ma jeunesse: lignes, lancer, clous de fond, nasse, carrelet etc… Ce que l’on préférait, avec un copain qui venait spécialement passer des après-midi de vacances, c’était la pêche à la main. Interdite, cela la rendait d’autant plus exaltante. Quel plaisir de mettre les mains sous les roches,les racines, les limons reconnaître le poisson rien qu’au toucher et le saisir, parfois sans succès. On n’était pas là pour braconner, mais pour prendre une friture, à notre guise. A cette époque la rivière regorgeait de poissons: divers poissons blancs, mais aussi plus nobles comme la truite, la perche, la lotte, le brochet etc…Il ne faut pas oublier le goujon qui faisait d’incomparables fritures: un feu entre quatre pierres, une grande poêle pleine d’ huile et un pique-nique en famille était vite improvisé.
L’Arroux c’est aussi la présence d’une faune diversifiée qui invite à la chasse. J’en ai passé des soirées à attendre les canards colverts, avec plus ou moins de succès. Les berges ont toujours été un lieu de promenade champêtre apprécié. On peut y rencontrer canards,hérons, poules d’eau, martins-pêcheurs, rats musqués. J’ai vu arriver le ragondin, le cormoran, et j’attends de voir des castors qui sont parait-il de retour. Bien sur c’est un paysage changeant avec les saisons qui ravit le promeneur.
L’arroux je l’ai vue « en perdition » deux fois. En 2003 la chaleur et la sécheresse régnaient et au plus fort de l’été ce n’était plus qu’un ruisseau de quelques mètres de large . Et si elle s’arrêtait de couler? L’Idée m’avait traversé l’esprit et provoqué une certaine angoisse. On connaît la suite,tout est rentré dans l’ordre. Dans les années 1980 – 1990 la pollution était telle que je n’osais même plus tremper un pied dedans. Finies les baignades, finie la pêche à la main; Les beaux limons verts ont disparu,et je pense pas mal de poissons aussi. Puis la tendance s’est inversée, grâce aux efforts de la collectivité Tout doucement l’eau s’est améliorée, éclaircie, le fond s’est nettoyé. Et cette année elle est particulièrement limpide et je n’ai pas hésité à faire connaitre les plaisirs de la baignade en rivière à mes petits-enfants. Vue leur joie, je pense qu’ils en redemanderont et qu’ils vont perpétuer la tradition.

A bientôt

un peu de géographie
plus de photos

Journée de battoir à Vernois - 26 septembre 2010

Cela faisait un bon moment que je l’attendais. Pour moi la journée de battage est synonyme de fête, de curiosité, de jeux.
Le « battoir », il est arrivé hier soir, un important convoi composé de la batteuse, une Breloux, la presse, et une remorque chargée de tuyaux, de cales en bois de tailles diverses, de courroies, et diverses choses, le tout tiré par un tracteur Soméca. Les « mécaniciens » (c’est ainsi qu’on appelle l’entrepreneur de battage et son ouvrier) ont « calé » dans la nuit. La batteuse,stationnée devant la grange doit être parfaitement d’aplomb. Pour cela les mécaniciens la soulèvent au cric jusqu’à décoller les roues et la posent sur des cales en bois tout en contrôlant que l’horizontalité soit parfaite dans tous les sens. La presse installée devant est calée également, parfaitement alignée avec la batteuse et le tracteur placé plus loin. Les courroies d’entraînement doivent parfaitement tomber sur les poulies. Leur travail terminé, les mécaniciens ,restent souper et couchent à la ferme.
Il est très tôt, cinq heures peut-être. Une certaine activité règne déjà dans la maison. L’excitation que procure une telle journée ne m’incite guère à dormir et je guette tous les bruits. Le battoir va bientôt commencer
Le jour n’est pas encore levé que les premiers participants arrivent et entrent prendre le café. Je les entends parler. Si je veux profiter pleinement de la journée je crois qu’il est temps de me lever au grand dam de ma mère qui aurait préféré que je reste au lit plus longtemps. Il faut être une quinzaine de personnes pour faire tourner le battoir: les 2 mécaniciens, les 2 hommes de la ferme,et les paysans des fermes voisines qui pour une grande partie sont des gens de la famille.
Il faut compter 4 personnes dans la grange pour dépiler les maillettes ( les gerbes) ,faire la chaîne pour les amener sur le monte-gerbes (genre de tapis roulant) qui va les convoyer en haut de la batteuse. Là, le mécanicien délie la gerbe et l’introduit dans le batteur.
Trois gars costauds,les porteurs de sacs,sont chargés d’emporter le grain qui va sortir de la batteuse. Tout la journée ils vont transporter les sacs sur l’épaule, gravir deux étages jusqu’au grenier pour y vider leur fardeau.
La paille va occuper pas moins de 4 personnes. La presse crache régulièrement les « bouchons » qu’il faut empiler en une meule de paille qu’on appelle «  le plongeon ». Là il faut un spécialiste capable de monter son plongeon tel un bâtiment ,le terminer façon toit de chaume, imperméable à la pluie. Ce sera la seule protection contre les intempéries pour attendre l’hiver, que la paille soit consommée.
Aux premières lueurs de l’aube, le tracteur démarre et lance la machine. Poulies et courroies se mettent en mouvement. La batteuse et la presse atteignent rapidement leur rythme de fonctionnement dans un bourdonnement caractéristique,régulier et monotone qui va accompagner toute la journée. C’est le signal du départ ,tout le monde va prendre son poste. Le gerbier est entamé, la batteuse avale les maillettes,les premiers sacs se remplissent de grains. les faiseurs de plongeon n’ont même pas besoin de mètre ou d’équerre pour commencer une meule parfaitement rectangulaire. La balle (enveloppe du grain dans l’épi) qu’on appelle la « bouffe » est récupérée. C’est un puissant ventilateur ,le « chasse-bouffe » qui la propulse par des tuyaux à l’endroit désiré. La balle de blé est soufflée dans un local, l’écurie de la bouffe. Mélangée à des betteraves broyées elle servira de nourriture aux animaux pendant l’hiver.
Vers huit heures, le battoir s’arrête. C’est l’heure du casse-croûte. Tous les travailleurs se retrouvent autour de la table de battoir, un plateau de quatre mètres posé sur des tréteaux, installée pour l’occasion. Ma mère, levée depuis les quatre heures du matin a préparé un pot au feu. Menu: soupe de pot au feu,viande avec les légumes de cuisson,fromage ,tarte, café. J’ai ma place,et même si la soupe ne m’inspire guère j’en prends quand même pour faire comme les hommes. Ce repas bienvenu,vite englouti, les mécaniciens toujours pressés remettent en route. Pas question de traîner à table,tous repartent au travail.
Et la journée se déroule ainsi, dans le bruit et la poussière. Ni la chaleur ni la pluie ne peuvent arrêter le chantier. Moi je passe mon temps à courir un peu partout, rire avec les uns, taquiner un autre,ce qui me vaut parfois une maillette dans les jambes si je gène ou une poignée de blé dans le cou. Parfois je peux rendre un petit service ou tout simplement m’asseoir et contempler le spectacle pour ne pas en perdre une miette. Il faut parfois modifier la trajectoire du chasse-bouffe, installer un monte-charge, « le déchargeur » pour élever les bouchons de paille sur le plongeon lorsque celui-ci a bien monté. Parfois une courroie peut sauter accidentellement ;il faut alors arrêter le battoir quelques instants et les hommes en profitent pour se désaltérer. Je me fais un plaisir de porter la cruche d’eau fraîche et le litre de vin.
Pour la réussite d’une telle journée le rôle de la maîtresse de maison est très important. Pour elle cela commence la veille, voire l’avant-veille. Il faut prévoir une sacrée quantité de nourriture. Ma mère a préparé des poulets, confectionné beaucoup de tartes, (c’est la période des pommes, des poires,des prunes ) et bien sûr à la semoule. Elle a demandé l’aide de « tante Dédée ». Il faut assurer quatre repas copieux; viande ,charcuterie,fromage, rien n’est omis. Il fait dire que cette journée marque la fin des récoltes, l’engrangement pour l’hiver. Comme dans chaque ferme c’est un peu la fête.
Le crépuscule arrive,la grange est vide, le plongeon terminé. Le battoir s’arrête et le silence retombe sur la cour de la ferme. Aussitôt les mécaniciens « décalent » rangent leur matériel dans la remorque et reforment leur attelage qui me parait gigantesque. Ils s’en vont dans une ferme voisine où une nouvelle journée les attend.
Les hommes, pas fâchés de voir la journée terminée reviennent à la maison où un bon souper les attend. Le blé a bien rendu, les parents leur offrent l’apéritif. L’atmosphère est nettement plus détendue. Cette fois ils peuvent prendre le temps. Les discussions vont bon train. Les blagues déclenchent les rires. Coli, fais la bourrique! lance un convive; Et Coli (surnom d’un commis) prend son sabot et hurle à l’intérieur ce qui a pour effet d’imiter parfaitement le cri d’un âne qui brait. C’est très surprenant et tout le monde rigole bien.
Cette fois c’est bien fini, pourtant j’aimerais bien que ça dure plus longtemps. Chacun s’en retourne chez lui.Je sais bien que certains ont la même journée qui les attend pour le lendemain. D’ailleurs mon père ou Jules , le commis vont devoir rendre les journées à chaque participant. La campagne de battage va bien s’étaler sur une quinzaine de jours. Avec un peu de chance je pourrai peut-être les accompagner chez nos voisins les plus proches

A bientôt

Pour illustrer ce récit j’ai utilisé des photos d’époque (années 40 et 60) et des photos prises à Mesvres (71) lors d’une démonstration de battage à l’ancienne

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