Pauvre mois de mai - 6 juin 2013

Voilà bien longtemps que je n’ai pas écrit d’article. J’estimais n’avoir rien de nouveau, rien de significatif à raconter. Mais là je ne peux pas passer à côté de ce printemps pourri, de ce mois de mai affreux. Nous avons vécu une météo rarement vue qui a fait la une des médias, désorganisé la vie de chacun ,handicapé l’agriculture, désespéré les jardiniers, entretenu la morosité. Ici aussi le mauvais temps m’a causé bien des tracas.

LA CRUE de l’ARROUX

Avril a été bien arrosé et ses derniers jours ont apporté beaucoup d’eau. La rivière coule déjà à ras bord. Le premier mai de grosses pluie tombent sans discontinuer, les prés sont sous l’eau qui ne s’écoule plus, même le ruisseau déborde. Pratiquement toute mes bêtes sont sur les prés qui bordent l’Arroux. L’après-midi je décide de les enlever. Depuis le temps, j’ai l’habitude, je vois bien que la crue est inexorable et qu’elle sera importante, les prés seront envahis.
Je remplis de farine la caisse du quad et c’est sous une pluie battante que je pars au devant des vaches. J’évolue dans des prés déjà couverts en grande partie d’une eau que les rigoles et les fossés n’arrivent plus à avaler. Je dois faire très attention à ne pas rouler n’importe où. A la vue du seau de farine, les plus gourmandes me suivent bien mais les autres sont plus récalcitrantes; les veaux, effrayés par toute cette eau renâclent mais avec un peu d’effort et d’énervement j’arrive à faire passer tout le monde dans un pré contigu. Là le troupeau sera en sécurité. Même si l’eau monte beaucoup ce pré n’est jamais totalement submergé.
Pour le 2ème lot, dans le grand pré, c’est plus facile. Il pleut un peu moins fort. Les vaches que les veaux ne quittent pas me suivent tout en se disputant la farine dans la caisse du quad. Sans qu’elles ne s’en rendent compte je les attire dans le parc. De là, je les envoie sur un pré vide, loin de la rivière, mais destiné à être fauché en été pour faire du foin. Je me doute bien qu’elles vont faire du dégât avec leurs pattes mais je n’ai pas d’autre solution.
Dans le 3ème pré, la cartelars, ce sont des génisse qui séjournent. La pluie a cessé. Elles sont douces et gourmandes de farine. aucun problème pour les amener au pas de charge dans le parc. Celles là vont passer quelque jours à l’étable.
Le soir je rentre l’esprit tranquille. J’ai pu, en quelques heures, seul, mettre mes animaux en sécurité, ce qui n’a pas été le cas dans certaines exploitations riveraines de l’Arroux. C’est dans ces conditions que j’apprécie vraiment le quad. On aurait dit un hors-bord tellement il levait des gerbes d’eau
Les pluies ont continué. La rivière a commencé à inonder le lendemain. La crue a atteint son paroxysme le 3 mai, couvrant une bonne surface de mes prés comme des centaines d’hectares dans la région mais aussi une partie de la ville d’Etang sur Arroux. Souci supplémentaire, j’ai du bois de chauffage coupé cet hiver, en attente d’être amené à la ferme, dans un des prés inondables pourtant loin du lit de la rivière. Le matin du 3, quand j’ai vu l’ampleur de l’inondation,rare en cette saison, j’ai bien cru que tout (25 stères) allait être parti. En fait, non. J’ai pu me rendre sur place en passant par le pré du voisin, en quad là encore avec piquets masse, cordes, sangles à cliquet. C’est dans l’eau jusqu’aux genoux que j’ai arrimé mes piles de bois au sol (comme sur la photo). Du coup, seules les grosses billes pas empilées ni attachées sont parties emportées par le courant. Heureusement celui-ci les a déposées plus loin,stoppées par une haie.Mon intervention a été fructueuse Je ne pense pas en avoir trop perdu.
Les jours suivants la rivière s’est retirée doucement découvrant les prés. Je n’étais pas au bout de mes peines pour autant. Les clôture ont été endommagées et pendant une bonne huitaine de jours les vaches n’ont pas voulu brouter l’herbe qui avait été submergée; Elles ont dû se nourrir sur une surface restreinte, dégradant fortement le sol de leurs sabots. La moindre pluie faisait remonter ruisseaux et fossés, entretenait une humidité très importante et la persistance d’eau sous-jacente. Avec les température anormalement basses pour la saison les bêtes ont passé une sale période. Heureusement je n’ai pas eu de pertes à déplorer, un seul veau a dû passer quelques jours à l’écurie.
Aujourd’hui il a fait beau et chaud, nous allons peut-être connaître un temps plus clément Mais le dernier week-end de mai, au petit matin on découvrait Uchon (680m d’altitude) blanc de neige et le lendemain on subissait une bonne gelée. Je crois que l’on va vraiment se souvenir de ce mois de mai 2013.

A Bientôt

Un métier disparu: le laitier - 10 mai 2012

Aujourd’hui je veux vous parler d’un métier que j’ai vu disparaître: le laitier. Mais ce laitier là n’a rien à voir avec celui d’aujourd’hui, au volant de son camion à la citerne en inox rutilant, qui sillonne les campagnes et va se remplir de lait puisé dans les tanks réfrigérants d’exploitations spécialisées. Ce lait on va le retrouver dans les grandes surfaces, transformé, concentré, en tubes, en poudre ,en briques, écrémé, demi-écrémé, stérilisé, etc… pour moi dénaturé, avec à peu près autant de saveur que de l’eau.
Jusque dans les années 1970, on pratiquait vraiment la polyculture dans la région et dans la plupart des fermes on trouvait des vaches laitières, souvent des montbéliardes et des normandes au lait très gras. L’activité lait était souvent le domaine de la fermière qui faisait crème, beurre, fromage ou vendait la production au laitier.
Chez nous c’est ma mère qui s’occupait du lait. Elle trayait à la main matin et soir, parfois aidée par mon père . Le lait était filtré (à travers un linge ou un filtre en coton) et mis dans un bidon (on disait la cruche). Pour une meilleure conservation, éviter que le lait ne « tourne » le bidon contenant la traite du soir était plongé dans un baquet d’eau froide ou même dans le ruisseau, ce qui assurait un refroidissement un peu plus rapide. La traite matinale ne subissait pas le même sort car les cruches des 2 traites étaient emportées,tôt le matin, à pied, ou suspendues au guidon d’un vélo, au bord de la nationale et déposées à l’ombre de la haie en attendant le passage du laitier. Si un bidon n’était pas plein ras bord, on mesurait la quantité avec une jauge graduée et on coinçait dans le bouchon un papier indiquant le nombre de litres. . La quantité journalière livrée était notée sur un carnet.
Pour collecter le lait, tous les jours sans exception, le laitier était équipé d’un fourgon dans lequel étaient installés une cuve en métal galvanisé, (la même que certains emploient encore aujourd’hui pour transporter l’eau aux animaux) et des bidons de 20 litres. La cuve recevait la majeure partie du lait collecté qui allait être travaillé à la laiterie. Dans les bidons il mettait le lait destiné à la vente immédiate. Il privilégiait celui provenant d’exploitations où il savait la fermière méticuleuse et travaillant proprement et où il trouvait un lait de qualité. Il n’hésitait d’ailleurs pas à le goûter. Après son passage, dans la matinée, on allait récupérer les cruches vides. Vers la fin du mois le laitier coinçait à son tour dans le bouchon un papier sur lequel était inscrit: « paye demain ». Alors on allait attendre son passage, on comparait si la livraison mensuelle notée par chacun correspondait et il payait sur le champ, en espèces. C’était le moment d’échanger quelques mots,de parler travail ou prix du lait.
Sa collecte terminée, le laitier se rendait au bourg d’Etang, et dans d’autres villages sûrement, s’arrêtant de quartier en quartier. Les ménagères étaient prévenues de son arrivée par un avertisseur deux tons puissant et insistant. On ne pouvait pas ne pas l’entendre. Il servait en lait et en crème ses clientes accourues avec leurs récipients avec ses mesures en fer blanc d’un litre, un demi-litre ou quart de litre selon la demande. Il vendait également fromage et beurre frais . Les gens achetaient un laitage frais à la saveur évoluant avec les saisons, produit localement. On ne parlait pas de nombre de germes au cm3, de taux butyreux ou de normes européennes. Le lait n’était pas « tripatouillé » par les industries et je n’ai jamais entendu parler de personnes intoxiquées de quelque façon que ce soit par les produits de notre laitier….. peut-être un crise de foie de temps en temps d’avoir trop mangé de crème, par gourmandise, tant elle était bonne. La propreté était de rigueur quand même. Si il ne trouvait pas les cruches assez propres à son goût il n’hésitait pas à mettre de la terre à l’intérieur déjà pour faire part de son mécontentement mais obliger à un nettoyage plus approfondi.
Puis un jour le laitier prit sa retraite. Il y eut des successeurs qui ne tinrent pas longtemps, faisant mal leur travail, payant mal, voire pas du tout. Il faut dire que ce ne devait pas être bien intéressant de faire des km pour quelques bidons de lait. La petite laiterie des Quatre-Vents a fermé. Ce fut la fin des vaches laitières à la ferme de Vernois.

A bientôt

Fin d’hiver - 15 avril 2012

Pour moi « fin d’hiver » est plutôt synonyme de fin d’hivernage des animaux. La période de vie dans les bâtiments est pratiquement terminée. Il ne me reste qu’une dizaine de vaches avec leurs veaux dans l’étable.J’en reparlerai plus loin. Cette année, en mars nous avons bénéficié d’un temps exceptionnel pour mettre les animaux au pré. Les gros froid de février avaient certes détruit l’herbe. Mais contrairement à la plupart de mes collègues j’ai lâché mes animaux depuis le début mars, petit à petit,n’en mettant que de petits lots de 4 ou 5 par pré. Un peu d’herbe naissante, un peu de foin et de céréales et surtout le soleil de printemps ont suffi à les nourrir. L’économie de fourrage est très, très importante. Elles étaient bien mieux qu’attachées et se sont très bien portées. Les veaux n’ont pas craint cette mise au pré précoce pour notre région et se sont acclimatés rapidement. Heureusement que j’ai pu faire cela vue l’état des stocks qui sont au plus bas. Aujourd’hui il ne reste que 20 balles rondes de foin et 15 balles de pailles( environ 6 tonnes). Je n’ose pas penser à ce qui ce serait passé si je n’avais pas agi ainsi. Tous les ans, c’est pareil avec le fourrage. Il faut prévoir l’imprévisible. On ne connaît jamais à l’avance la date de fin d’ hivernage ni ce qui va se consommer exactement. Quand les stocks sont importants ce n’est pas un problème, mais cette année il faut faire au mieux, improviser: acheter, quoi? en quelle quantité? ne pas acheter. Ce serait bête d’acquérir à grands frais de la marchandise qui risque de me rester sur les bras alors que la récolte potentielle prochaine n’est qu’à quelques semaines. Pour ma part le temps sec et ensoleillé de mars que beaucoup ont décrié m’a bien arrangé et évité bien du travail et des frais.
Si je fais un bilan, cette période d’hivernage ne s’est pas trop mal passée. Elle a été plutôt courte, guère plus de 3 mois en moyenne pour le gros du troupeau. Je ne me souviens pas d’avoir connu cela, c’est très rare pour notre région. Je n’ai pas rencontré trop de problèmes pour les vêlages, pratiquement terminés au 1er avril. J’ai été bien tranquille côté maladie. Fait rare, un veau a eu une infection sévère au pied due certainement à une piqûre et à un mauvais diagnostic au départ. J’ai dû le mettre sous antibiotiques et lui baigner le pied chaque jour dans de l’eau javellisée, le nettoyer et le désinfecter pendant environ 2 petites semaines. Il se prêtait bien à ces soins et tout s’est bien terminé.

En ce moment une épidémie de ce qu’on appelle la « diarrhée blanche » sévit sur les veaux derniers nés et ceux que je n’avais malheureusement pas mis au pré, une dizaine en tout. Je m’en veux d’avoir temporisé pour les sortir. Il y a très longtemps que je n’avais pas revu cette maladie. Le vaccin sur les vaches avait été bien efficace jusque là pour protéger les veaux. Ceux-ci sont très malades, ne digèrent plus, tètent peu, sont fatigués, parfois dans un semi-coma (diarrhée paralysante). En plus ils peuvent ballonner (météoriser), prendre des coliques, ou se déshydrater. Pour moi c’est très déprimant; les veaux se salissent, font des déjections diarrhéiques nauséabondes qui empestent l’écurie; ils prennent un vilain poil, une apparence morbide. Quand on les croit guéris, ils rechutent, c’est sans fin. Ils ont besoin de beaucoup de soins, de visites de vétérinaires, de médicaments. Quand ils commencent de mieux aller il faut un certain temps pour que la caillette ,le foie, les intestins reprennent une activité normale. Cet épisode s’est soldé par la mort d’une femelle, victime de coliques mortelles. La punition! C’est comme ça, tant qu’on élèvera des animaux tant on en verra périr pour différentes raisons.
Pour terminer sur une note positive, je dirai que le commerce des bovins va mieux, est très actif. Les prix ne sont sûrement pas ce qu’ils devraient être, on est en 2012, mais ils ont connu une augmentation sensible qui nous rapproche des tarifs qu’on a connus il y a…….25 ans

A bientôt

Rameaux - 3 avril 2012


Souvent je dis que posséder, élever, des animaux demande une présence auprès d’eux et une attention permanentes. Avec eux il faut se dire que n’importe quel projet peut être contrarié, que le quotidien de l’éleveur peut être perturbé à tout moment, que des réjouissances peuvent être annulées. Ce qui nous est arrivé ce week-end des rameaux en est une preuve de plus.
Samedi soir nous étions invités à dîner chez nos voisins d’outre-manche (mon franco-anglais-morvandiau fait fureur, enfin, on se débrouille). J’avais donc pris mes dispositions pour me libérer assez tôt, mais vers 18 heures une vache présente les premiers symptômes du vêlage. C’est une grande vache de 10 ans,je pense qu’elle aura vite fait. J’annonce cela à mon épouse pour qu’elle prévienne les voisins que nous serons en retard, sans donner d’heure précise. Je la laisse faire seule ,sans la déranger, en exerçant juste une surveillance très discrète. Comme j’avais un peu prévu tout se passe vite et bien . Je n’interviens qu’une fois le veau sorti et ne perds pas une minute. Il faut dire que j’avais tout bien préparé pour le recevoir et l’ installer vers sa mère. A 20h 30 on peut prendre l’apéritif et se « mettre les pieds sous la table ». Mais je ne suis pas tranquille et juste avant le dessert je quitte mes hôtes pour jeter un coup d’oeil à mes 2 animaux. Tout va bien, je peux retourner. Soirée un peu gâchée.
Dimanche matin 7h 30. Lors du pansage habituel, par chance je me rends compte que dans le pré contigu aux bâtiments une vache et séparée de ses 3 congénères, seule au bord du ruisseau, debout,tête basse. Bien que je ne l’attende pas je comprends tout de suite qu’elle a du mettre-bas et qu’elle lèche le veau. Mais située où elle est je redoute le pire. En m’approchant je constate que c’est sa délivrance qu’elle mange; elle a donc vêlé, mais pas de trace du veau. Et pour cause! il est dans le lit du ruisseau,couché ou assis dans 30 à 40 cm d’eau glacée, mais vivant. J’ai du mal à le hisser sur la berge haute d’environ 1 m, et je le traîne sur l’herbe pour l’éloigner de l’eau. Sans perdre une minute je le ramène à l’écurie dans la remorque du quad. La vache me suit. Il est sûrement en hypothermie, immobile, sans réaction. On le frictionne avec de la paille. Chantal apporte le sèche-cheveux; l’air chaud le sèche et le réchauffe: très efficace. Une bouillotte, une vieille couverture en laine le tiennent au chaud. Pour terminer je l’installe dans l’entrée sur une bonne couche de paille et sous sa couverture le soleil matinal déjà chaud qui entre dans l’étable finit de le réchauffer. A 10 heures il est mieux, ses extrémités sont enfin chaudes, il redresse la tête. A midi, en le soutenant il va téter……un peu. Il est sauvé,je crois que j’ai eu beaucoup de chance.
Je nourris les vaches dont le repas est resté en plan, qui commencent à s’impatienter en le faisant savoir bruyamment. A peine ai-je fini que je remarque qu’une d’entre elles commence à piétiner et se « tortiller »: encore une naissance en vue. Cette fois je suis sûr que tout mon matin sera bien rempli. C’est à peine si je peux entendre le son des cloches de l’église d’Etang porté par un fort vent du nord. Le vent de la messe des rameaux nous est une fois de plus défavorable. Toutefois le vêlage se passe bien, à 11 heures c’est terminé.
Après-midi: je dois faire téter les 3 veaux derniers nés. Ils sont bien dégourdis mais ça prend du temps. Et là, c’est une chèvre qui s’y met. elle va avoir ses petits et va nous tenir à la ferme. On ne va pas l’abandonner. On ne sait jamais
Dimanche des rameaux bien occupé. En élevage, si on veut bien faire son boulot, avoir de la réussite, il faut toujours pouvoir répondre présent, les animaux passent avant tout. On n’a pas le droit à l’ « à peu près », on n’a pas le droit à l’erreur.

A bientôt

Premières tétées - 18 mars 2012

Comme çà on pourrait croire qu’un veau qui vient de naître se lève dès qu’il le peut et se met à téter. C’est vrai pour certaines races, mais en élevage charolais, et de surcroît en étable où les vaches sont attachées côte à côte, faire téter un veau demande une attention et un savoir faire tout particulier dont vu de l’extérieur on ne se doute même pas.
Il est important que le veau tète le plus rapidement possible le colostrum, un lait très riche qui lui donne rapidement des forces. Dès qu’il est suffisamment valide sur ses pattes et qu’il a repéré le pis il se met à téter et se débrouille tout seul ou presque. Il faut quand même être là pour surveiller, lui faire voir qu’un pis dispose de 4 tétines, intervenir si il va sous une vache voisine,( c’est le problème de la promiscuité) sinon gare au coup de pied; en général, une vache ne supporte que son veau.
Pour des veaux moins dégourdis, c’est parfois plus compliqué. Souvent il titube, tient mal sur ses pattes, il est déjà rebelle, têtu, mais il est robuste et assez fort pour contrecarrer mes intentions. Je l’approche du pis mais il ne pense qu’à reculer. Plus j’essaie de l’empêcher plus il veut reculer, de toutes ses forces, et victime de son équilibre précaire il se retrouve au sol, parfois sous les pattes de la vache d’à côté. Deuxième approche, ce n’est guère mieux. Je l’aide à se relever, il cherche,lève la tête: surtout ne pas essayer de lui faire baisser, sinon c’est la reculade et ….la chute. Il faut pourtant bien lui apprendre la position cou tendu et tête relevée; plus facile à dire qu’à faire. 3ème essai. Comme d’ instinct il sait que les tétines ne sont pas couvertes de poils, je lui présente mes doigts à sucer, l’attire et le guide vers le pis, pour qu’il avance de lui-même. Cela donne de bons résultats. Là il faut être assez rapide pour retirer le doigt et présenter le trayon. Souvent ça marche; s’il avale 2 ou 3 gorgées c’est gagné. Sinon il faut recommencer. Parfois il n’a pas l’instinct de succion; je lui envoie un peu de lait dans la gueule pour éveiller son appétit et là encore le doigt se substitue à la tétine. Quand on tombe sur un veau pas très malin il faut beaucoup de patience, de ruse et dépenser de l’énergie pour arriver à ses fins.
Parfois c’est encore plus compliqué si c’est un veau trop gros et lourd, ou anoxié par un vêlage difficile ou sur lequel on a tiré fort pour l’extraire de la vache ou encore un veau qui présente un langue trop longue ou difforme.
Pour le gros veau qui ne se tient pas seul je l’installe sur un petit ballot de paille. L’approcher de sa mère, soulever ce corps mort, l’installer sur le ballot, lui tenir la tête d’une main, introduire la tétine dans la gueule de l’autre demande beaucoup d’énergie. Et quand on croit avoir gagné c’est la vache qui se déplace de 20 ou 30 cm ou se tourne et il faut recommencer. C’ est très fatiguant et cela peut dure plusieurs tétées. J’ai parfois recours à un pot muni d’une tétine en caoutchouc, mais toute les vaches ne se laissent pas traire ou bien ne donnent pas leur lait si le veau n’est pas auprès d’elle.
Le veau à grande langue, même si il est plein de bonne volonté, n’arrive pas à aspirer assez fort et il a besoin d’aide. Cela peut durer longtemps, 8 jours, 15, parfois plus,jusqu’à ce que la langue se muscle et que le veau soit plus adroit. En attendant, assis sur un tabouret je lui tends le trayon lui tint la langue collée à celui-ci. Le problème, c’est qu’au bout de quelques jours il compte trop sur moi et n’essaie même plus seul. Dès qu’il lâche le trayon, il se tourne vers moi, me regarde,et attend mon aide. Aussi pour qu’il acquière son autonomie, je diminue mon aide, et après plusieurs repas incomplets, la faim le pousse à essayer, réessayer, essayer encore. Il se donne du mal et en général ça marche.
Parfois pour me simplifier la tâche je fais téter le nouveau-né en position couchée.Pour cela il faut une vache docile. En général lorsqu’elle a fini de lécher son veau elle se couche à côté. Avant qu’il n’essaye de se relever je l’approche du pis et lui tend les tétines. Il se gave de lait en toute facilité et ainsi revigoré il aura tout son temps pour se relever et trouver son équilibre.. La tétée suivante ne posera pas de problème.
Je viens de décrire divers problèmes de début de vie des veaux. Heureusement ils ont vite fait de piger et au bout de quelques jours ces difficultés ne sont plus qu’un mauvais souvenir si bien pour eux que pour moi, enfin surtout pour moi.

A bientôt

PS: Désolé, mais un petit problème de connexion m’empêche de mettre une photo d’accueil

Automne - 13 novembre 2011


La fin de l’année s’approche à grands pas et je peux d’ores et déjà dresser un bilan; et il n’est pas fameux. Le revenu annuel espéré n’est pas au rendez-vous. Encore une année à travailler, à se faire du souci, pour peu de profit . Cette fois c’est la météo qui en est la principale cause et ce n’est pas facile de lutter contre, si ce n’est de se débrouiller et faire pour le mieux.
La sécheresse du printemps exceptionnellement chaud que nous avons connu m’ a privé du fourrage destiné à l’hivernage des animaux. Le temps gris et humide de juillet a permis d’éviter la grosse catastrophe car les prés ont pu reverdir. Mais depuis août, notre région, notre coin, devrais-je dire, n’a reçu que d’infimes quantités de pluie, des « queues » d’orage; Cela n’a donné qu’une eau superficielle qui a entretenu la verdure sans donner une croissance valable à l’herbe. De bonnes précipitations m’auraient pourtant permis de me rattraper un peu en récoltant du regain ou une culture dérobée comme cela a été le cas à quelques km d’ici J’avais choisi d’ensemencer après la moisson 4 ha d’un mélange avoine- vesces de printemps . Une bonne averse le lendemain du semis avait permis une belle levée rapide de la culture laissant envisager une possible récolte. Ensuite plus rien ou presque. Ce qui fait que je n’ai récolté que 24 balles enrubannées. une misère, quoi! ….mais des frais.
Alors il m’a bien fallu pallier ce manque. J’ai acheté de l’orge au moment de la moisson. J’ai fait rentrer de la paille, 2 camions-remorque de 20- 21- tonnes chacun (entre 2000 et 2500 euros le chargement). dernièrement je me suis rendu dans le Jura et j’ai trouvé et acheté environ 10 tonnes de regain. Là-bas ils n’en manquent pas; encore 1500 euro environ
En ce moment je dois nourrir au pré. L’herbe se fait rare. Je ne peux que donner de la paille. Mais celle-ci n’a aucune valeur nutritive. Alors je l’asperge de mélasse, un sous-produit des sucreries, enrichi en protéines, qui donne un peu de qualité et d’appétence. Un container de 1000 litres (400 euros) est vite écoulé, toujours des frais. Pas plus tard qu’hier j’ai passé commande d’un aliment granulé riche en tourteaux divers ,luzerne,pulpe de betterave….etc (264 euros/tonne ) pour distribuer l’hiver avec les céréales dont je dispose. Ce mélange donné aux animaux avec de la paille, pour l’encombrement et la rumination, est censé remplacer l’alimentation produite habituellement sur la ferme. Je ne sais pas combien il m’en faudra pour attendre le printemps. Encore des frais.
Tout cela fait mal au compte en banque et je ne suis pas seul dans ce cas. Je pense que bon nombre d’exploitations vont se retrouver en très mauvaise situation financière à la sortie de l’hiver.
Mais rien ne sert de se plaindre, je n’aime d’ailleurs pas trop cela, ce n’est pas dans mes habitudes; Je vais donc terminer sur une note positive. On vient de recevoir 70 – 80 – mm de pluie. Le niveau de l’Arroux que je ne crois pas avoir vu aussi bas en novembre a fait un bond d’un mètre. il est bien sur redescendu mais la rivière coule quand même plus fort. On peut enfin labourer pour réaliser les semis d’automne ce qui était impossible ou presque dans certains terrains. Maintenant il fait beau et doux, les animaux sont bien au pré et paradoxalement je ne souhaite plus de pluies importantes et persistantes qui m’obligeraient à rentrer rapidement une bonne partie du troupeau.Pourtant je l’ai assez attendue ,cette pluie!
Autre note positive, la vente des bovins est très active et les cours ont bien progressé depuis quelque temps. Du coup je me suis séparé d’un maximum de bêtes à des prix corrects, anticipant parfois certaines ventes de plusieurs mois. Je devrais dire « à des prix que l’on n’a pas connu depuis longtemps » mais qui restent encore inférieurs à ceux que l’on a connu il y a ………20 ans. Ces bêtes vendues, pour lesquelles j’ai pourtant de la place dans les bâtiments auraient peut-être pris de la valeur d’ici le printemps mais auraient coûté cher à nourrir pendant l’hiver. Alors……. Certains diront que j’ai « vendu le blé en herbe » mais comme ça le problème est réglé.
Moins d’animaux donc moins de travail, moins de souci, moins de dépenses, j’envisage la « mauvaise saison » avec plus de sérénité

A bientôt

Sinistré ! - 10 juillet 2011

Juillet est déjà bien entamé et la situation n’a guère évolué. Je dirai même qu’elle s’est détériorée. La sécheresse persiste et ses effets toujours autant déprimants. Ce n’est pas le temps mi-figue, mi-raisin de juin et les rares averses qui ont changé quelque chose. En plus, c’est un temps qui n’a arrangé personne, ni ceux qui ne voient que par le soleil, ni les paysans qui attendaient de bonnes quantités de pluie. Hormis les forêts et les carrés de maïs chétif, la campagne a pris la couleur jaune de l’herbe desséchée. Pour moi les foins ont été vite faits. Sur les 14 ha que j’avais envisagé de faucher je n’ai récolté que 3,5 ha: 42 balles balles rondes de 1,2 m de diamètre. Sans commentaire.
Les vaches sont au régime sec et à la diète forcée. Je me demande bien ce qu’elles trouvent à manger. Je les change de pré de temps en temps. Sur le coup elles paraissent contentes, dévorent le peu de verdure qui a poussé à la faveur d’une averse. Ensuite elles doivent se contenter de ce qu’elles avaient dédaigné lors de leur précédent passage, les « refus », qu’habituellement je broie pour nettoyer le pré et faire place à de la bonne herbe en repousse. Je n’ai encore rien distribué dans les prés pour pallier le manque d’herbe. Je repousse cette échéance au maximum. quand on a commencé de nourrir ou de donner un supplément de nourriture au pré, les animaux ne comptent plus que sur nous pour manger, réclament bruyamment le matin ou à chaque fois qu’elles entendent un bruit de tracteur. C’est déprimant de les entendre gueuler ainsi quand on sait que c’est la faim qui en est la cause.
En plus j’ai le sentiment d’être abandonné, incompris. Les médias ne parlent même plus ou peu de la situation des éleveurs. Et quand ils en parlent c’est souvent de manière maladroite car la plupart du temps les journalistes ne connaissent strictement rien à l’agriculture et sont capables de dire des inepties parfois très préjudiciables à notre profession.
Les politiques ont l’air de s’en foutre totalement. On ne les entend même pas. Pourtant 70 départements sont soumis à des restrictions d’eau. C’est bien un vrai problème!
J’attends la suite des événements avec inquiétude

A bientôt

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