Le palefrenier - 4 avril 2015

Etalon

On ne peut pas dire que c’est un métier disparu mais plutôt une activité saisonnière que j’ai connu et qui n’a plus cours aujourd’hui. C’est celle de palefrenier (palefournier en patois) ou d’étalonnier pour d’autres
Jusque dans les années soixante les travaux agricoles se faisaient exclusivement avec les chevaux qui avaient supplanté les boeufs. Toutes les fermes possédaient plusieurs chevaux de trait « adroits » (qui pouvaient être attelés et savaient travailler) principalement des juments. Il y avait parfois un mâle castré plus puissant que les femelles. On ne se contentait pas de faire travailler les juments; On les faisait pouliner tous les ans, ce qui procurait un revenu complémentaire. Les produits étaient vendus pour la viande. Les boucheries chevalines étaient encore en vogue. On gardait parfois une pouliche pour remplacer une jument vieillissante ou une qui ne faisait plus l’affaire.

Il n’y avait pas un étalon dans chaque exploitation. On avait recours à celui qu’on appelait le palefrenier. C’ était souvent un employé saisonnier d’une personne qui possédait plusieurs étalons de race et qui tirait un revenu de l’activité de ses animaux. Le palefrenier parcourait la campagne à pied, de ferme en ferme, avec son étalon énorme et puissant, là où il était attendu. Je me souviens, et ça m’amusait beaucoup, de l’avoir vu arriver assis en travers du dos de sa monture. Je suppose que la position normale de cavalier était malaisée vue la largeur du dos de l’animal.

Quand on avait fait appel au palefrenier il venait 9 jours après que la jument ait pouliné. L’étalon faisait son oeuvre. Puis il revenait 10 à 12 jours après . La jument était présentée au reproducteur. Je me souviens des ronflements du mâle excité, des hennissements bruyants et nerveux de la jument. Les parents nous empêchaient d’assister à la scène mais on arrivait parfois à contourner l’interdit; saine éducation sexuelle, en fait. Si à son comportement le palefrenier voyait que la jument était revenue en chaleur, il la faisait couvrir à nouveau. Il faut dire que les chaleurs ne sont pas détectables sans la présence du mâle. Il repassait à nouveau 10 à 12 jours après pour une nouvelle présentation. Si la jument était présumée pleine il ne revenait qu’au bout de 3 semaines pour s’assurer qu’elle était bien en gestation. C’était ainsi pour chaque jument de la ferme. Toutes ne poulinaient pas le même jour ce qui occasionnait beaucoup de passages de l’étalon. Le coût de la saillie était établi quelque soit le nombre de passages. D’après ce qu’on m’a dit la campagne durait de mars à la Saint Jean.Pour ce paragraphe j’ai demandé des renseignements à un ancien.

Le palefrenier avait ses habitudes, ses maisons. Il savait où il était bien accueilli, où il pouvait prendre ses repas, et même dormir. Il n’était pas question de rentrer chaque jour chez lui à pied. Il montait dans le grenier chercher une bonne ration d’avoine, le picotin, pour son animal. C’était pour lui apporter de l’énergie, du « nerf », pour honorer plusieurs femelles le même jour. ( je crois que certains vont penser avoine = aphrodisiaque !!)
Puis avec la mécanisation, fin des années 50, début 60,( chez nous le 1er tracteur est arrivé en 1955), on eut de moins en moins recours aux chevaux de trait pour les travaux agricoles. Le nombre de juments régressa rapidement dans les fermes. C’est en camion que le palefrenier déplaçait son étalon. Il restait encore quelques juments conservées par affection, par habitude, pour effectuer de menus travaux comme la culture des pommes de terre et des betteraves et pour pouliner.Puis, les années passant il cessa son activité faute de juments en nombre suffisant

Depuis quelques années, on assiste à un retour en force du cheval de trait, un engouement pour le cheval lourd. Même des jeunes se sont laissés séduire. Preuve en est le nombre de juments présentes au concours annuel dans notre commune. Mais c’est vraiment pour le plaisir. Pour la plupart, les juments ne travaillent plus du tout et le poulain qu’elles élèvent est très peu valorisé. Plus besoin d’étalon ni de son palefrenier, on a recours à l’insémination artificielle pour la majeure partie des juments. Moins drôle pour l’étalon !

Quelques noms courants pour les juments. Margot, Comtesse, Ponette, Baronne, Marquise, Riquita

A bientôt

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A propos des vêlages - 21 mars 2015

que d'herbe

Dans la région, en élevage charolais, février et mars sont le gros moment des vêlages. C’est une période très importante pour l’ éleveur car de la réussite de ceux-ci dépend l’avenir de son troupeau et du coup de sa rémunération. Aussi à cette saison, quand je retrouve des voisins ou des amis, la mise-bas est un sujet qui revient souvent dans la conversation. Chacun parle du déroulement de ses vêlages, du surcroit de travail, des difficultés qu’il rencontre ou de ses déboires et de ses pertes ou de sa réussite insolente . A chaque fois je me dis que j’ai connu tout ça. En effet, en 40 ans (en gros) d’activité je pense avoir vu naître entre 2400 et 2600 veaux et avoir connu tous les cas de figure que l’on peut rencontrer au cours des campagnes de vêlages. Je veux, aujourd’hui tenter d’en dresser une liste.

mise bas normale : c’est la plupart des cas; la vache vêle seule, elle expulse le veau, se relève, le lèche. Le veau est dégourdi, il cherche à téter rapidement

naissance gémellaire : J’en ai eu beaucoup. en général cela se passe bien; les jumeaux sont de petite taille, la vache les expulse facilement l’un après l’autre. Mais ils peuvent mal se présenter à la sortie, « être emmêlés »; il faut bien distinguer les pattes de chacun, les mettre en bonne position pour les sortir en bonnes conditions. Il arrive aussi, je l’ai connu plusieurs fois, de trouver un ou les deux veaux morts avant la naissance, suite à un part trop long ou le cordon ombilical coupé dans le ventre de la vache

veau mal tourné (dans notre jargon) En fait le veau se présente dans une position qui l’empêche de sortir. Normalement il se présente les 2 pattes avant les premières la tête posée dessus légèrement en retrait. Mais le veau se présenter les pattes arrières les premières; il est préférable d’accoucher la vache debout . J’en ai vu se présenter par le siège, le cul le premier comme on dit, pas facile à sortir. Il peut arriver sur le dos, ou bien avec une patte avant repliée au lieu d’être étendue à côté de l’autre, ou bien la tête en bas. A chaque fois il faut remettre le veau en place, et si il est gros ce n’est pas toujours facile; c’est un travail d’éleveur qui demande force et savoir faire . On peut avoir à faire à une torsion de matrice. Celle ci a fait une rotation avec le foetus et le col se trouve étranglé. C’est au vétérinaire d’y remédier

– veau trop gros par rapport à la vache, assez courant en élevage charolais. Si à la fouille le veau parait très gros et qu’il ne s’engage pas du tout, la solution est vite trouvée, c’st la césarienne. Si on voit qu’il y’a une progression à chaque contraction de la vache on aide à l’extraction en utilisant une vêleuse.Il faut parfois tirer très fort. J’ai toujours été surpris par la résistance à la traction des veaux naissants. Ce que l’on redoute le plus c’est que le veau ne se coince dans le bassin de la vache. Cela arrive si le veau n’est pas trop large d’épaule, qu’il s’engage facilement mais que son train arrière soit très gros. C’est irréversible, l’épisiotomie est inutile et c’est trop tard pour pratiquer une césarienne. Il faut l’extraire coûte que coûte C’est très stressant car cela peut avoir de graves conséquences, veau abimé, ou paralysé du train arrière voire mort dans la vêleuse. J’ai vu une fois pour le sortir, le vétérinaire découper le veau en morceaux à l’intérieur du ventre de la mère l’aide d’une scie-fil. La vache est souvent touchée elle aussi, elle peut rester au sol plusieurs jours, voire ne jamais se relever et crever.

– veau coelosomien, un dans ma carrière. C’est un veau « monstre » à la colonne vertébrale courbée à l’inverse de la normale et les boyaux à l’extérieur de la cavité abdominale. Il n’a vécu que quelques minutes

– veau momifié, un également. Le foetus, mort à l’intérieur de la matrice, est devenu une masse noire, informe. la vache n’est aucunement gênée. La vache avait dû le porter très longtemps. C’est le retour en chaleur qui a déclenché l’expulsion de la « momie »

– veau hydropique : C’est un veau mort que l’on sort. il est œdémateux, comme gonflé d’eau. La mère souvent amaigrie, au ventre énorme perd une quantité impressionnante d’eau (liquide amniotique) au moment de la naissance. J’en ai connu quelques cas et à chaque fois la vache a frôlé la mort

– veau mort dans le ventre de la vache, cordon ombilical rompu sans qu’on ne sache pourquoi

veau anoxié , il a été trop longtemps en naissance, la tête coincée à la sortie ,dans la vulve, le cerveau privé d’oxygène. Il a un comportement anormal, n’a pas toutes ses facultés, ne se tient pas debout n’arrive pas à téter. C’est souvent la mort qui l’attend.

– accident de vêlage : Je viens de parler du vêlage proprement dit mais j’ai connu ce que j’appellerai l’accident de vêlage sur la vache

avortement Suite à une pathologie, à une glissade sur le béton de l’étable, ou à un coup de corne d’une congénère la vache peut s’avorter, mettre bas plus ou moins loin de son terme. j’ai vu quelques fois sauver le veau lors d’avortements tardifs

– matrice perforée: une fois Lorsque le veau est gros et que la vache pousse très fort, une patte arrière du veau peut transpercer la matrice. Mortel pour la vache. J’en ai vu une abattue d’urgence à la porte de l’étable. Maintenant c’est interdit. Aujourd’hui si c’est possible la chirurgie peut y remédier

– prolapsus utérin ou renversement de matrice J’ai vu cela de nombreuses fois. Dès le veau sorti ou quelques heures après la naissance la vache se remet à pousser comme pour accoucher et la matrice sort (comme une chaussette qu’on retourne à l’envers) J’appelais toujours le véto pour tout remettre en place et en général c’est sans séquelles Le principal danger est qu’une artère ou veine ne se rompe ou qu’une autre vache ne pose un pied dessus causant une hémorragie interne provoquant la mort de la vache. Je l’ai vu 2 fois

– vache qui se couche pendant la césarienne, le flanc béant, le veau encore à l’intérieur. ( 1 fois) On a contenu les viscères comme on a pu, surtout la panse qui sortait comme un gros ballon de baudruche par la plaie à chaque poussée de la vache; très spectaculaire et affolant. Je n’aime pas voir une vache crever. Mais tout s’est bien terminé grâce à un deuxième vétérinaire et à des voisins venus en renfort; Cela faisait beaucoup de monde dans l’écurie. Contre toute attente vache et veau s’en sont bien tirés.

– vache déchirée. (quelques fois) Cela arrive parfois sur des primipares. La vulve insuffisamment dilatée se déchire au passage de la tête du veau. Si elle est trop abimée le vétérinaire » recoud » à l’intérieur. Laisser pousser la vache plus longtemps ou une épisiotomie auraient peut-être évité d’en arriver là

– Rétention de placenta, 1ou 2 cas par an . La vache ne se délivre pas ou mal, surtout en cas de jumeaux; Il faut enlever le mieux possible le placenta qui reste accroché, à la main et mettre des oblets d’antibiotiques pour éviter toute infection.

– Vache qui reste au sol. quelques cas. Après un vêlage difficile, si le veau est resté un bon moment coincé dans le bassin j’ai vu des vaches ne pas se relever juste après le vêlage; Ce n’est pas bon signe. Si dans les 24 heures elles ne sont pas debout on les aide comme on peut avec des sangles,un palan pour les soulever tout en apportant des soins vétérinaires adaptés.

Je crois que j’ai fait le tour de ce que j’ai connu en 40 ans en matière de vêlage mais je pense que la liste n’est pas exhaustive, j’ai bien du faire quelques oublis; En tout cas cela reflète bien la vie de l’éleveur naisseur en race charolaise. Tous les ans c’était bien du souci et de la fatigue même si ça ne se passait pas trop mal. Je suis bien content d’en avoir terminé

A bientôt

Coup de chaud —– photosensibilisation - 2 juin 2014

Dernièrement mon attention a été attirée par une vache au comportement inhabituel. Elle se tenait à l’écart des autres avec son veau, toujours à l’ombre, l’air triste. En la regardant de plus près, mon diagnostic a été vite établi: coup de soleil.
Saviez vous qu’un bovin peut attraper un coup de soleil. Pour les animaux on parle plutôt de photosensibilisation et cela peut avoir des conséquences très graves. En fait c’est l’action conjuguée de l’ingestion d’une plante et la présence de soleil, le plus souvent voilé, qui déclenche la photosensibilisation. Je n’ai jamais bien su quelle est la plante mise en cause dans cette pathologie. Certains vétérinaires citent le millepertuis, d’autres le trèfle. Moi je pense qu’il s’agit de végétaux toxiques au stade plantule et qui perdent leur toxicité en se développant car je n’ai connu ce problème qu’au printemps.
Pour en revenir à ma vache, celle-ci a le museau de couleur très foncée, les yeux pleurent légèrement, le pis est rouge. Elle est très chaude et le simple fait de lui effleurer le dos avec la main la fait se cambrer tellement la peau qui s’est raidie est douloureuse, semblable à du carton. Cependant je juge son cas pas trop grave. Je la laisse au pré où les arbres sont suffisamment nombreux pour donner de l’ombre à n’importe quelle heure de la journée. Je la surveille de près; elle broute, rumine, c’est bon signe. Aujourd’hui elle va bien. L‘épiderme brûlé par le soleil se détache en grandes plaques, remplacé par une nouvelle peau aux poils naissants. On le voit très bien sur cette photo. C’est très spectaculaire.
J’ai connu plus grave. Dans certains cas, en plus de la peau c’est le foie qui peut être atteint. Dans ce cas il faut des soins vétérinaires adaptés plus conséquents pour rétablir la fonction hépatique. Un séjour à l’étable s’impose.
Je me souviens aussi d’un taurillon qui était tellement brûlé par le soleil qu’il avait le dos et les flancs à vif. On lui avait aménagé une clôture à proximité d’un bâtiment pour qu’il puisse aller et venir à sa guise. Il sortait dès le soleil couché, passait la nuit dehors à se nourrir d’herbe. Il rentrait à l’ombre au petit matin dès les premiers rayons . On couvrait les lésions régulièrement d’une fine couche d’aluminium à l’aide d’une bombe aérosol vétérinaire. Vision surprenante cet animal qu’on aurait pris pour un mutant venu d’une autre planète.
Reconnaissez que j’en ai quand même vu de toutes les couleurs!

A bientôt

Pauvre mois de mai - 6 juin 2013

Voilà bien longtemps que je n’ai pas écrit d’article. J’estimais n’avoir rien de nouveau, rien de significatif à raconter. Mais là je ne peux pas passer à côté de ce printemps pourri, de ce mois de mai affreux. Nous avons vécu une météo rarement vue qui a fait la une des médias, désorganisé la vie de chacun ,handicapé l’agriculture, désespéré les jardiniers, entretenu la morosité. Ici aussi le mauvais temps m’a causé bien des tracas.

LA CRUE de l’ARROUX

Avril a été bien arrosé et ses derniers jours ont apporté beaucoup d’eau. La rivière coule déjà à ras bord. Le premier mai de grosses pluie tombent sans discontinuer, les prés sont sous l’eau qui ne s’écoule plus, même le ruisseau déborde. Pratiquement toute mes bêtes sont sur les prés qui bordent l’Arroux. L’après-midi je décide de les enlever. Depuis le temps, j’ai l’habitude, je vois bien que la crue est inexorable et qu’elle sera importante, les prés seront envahis.
Je remplis de farine la caisse du quad et c’est sous une pluie battante que je pars au devant des vaches. J’évolue dans des prés déjà couverts en grande partie d’une eau que les rigoles et les fossés n’arrivent plus à avaler. Je dois faire très attention à ne pas rouler n’importe où. A la vue du seau de farine, les plus gourmandes me suivent bien mais les autres sont plus récalcitrantes; les veaux, effrayés par toute cette eau renâclent mais avec un peu d’effort et d’énervement j’arrive à faire passer tout le monde dans un pré contigu. Là le troupeau sera en sécurité. Même si l’eau monte beaucoup ce pré n’est jamais totalement submergé.
Pour le 2ème lot, dans le grand pré, c’est plus facile. Il pleut un peu moins fort. Les vaches que les veaux ne quittent pas me suivent tout en se disputant la farine dans la caisse du quad. Sans qu’elles ne s’en rendent compte je les attire dans le parc. De là, je les envoie sur un pré vide, loin de la rivière, mais destiné à être fauché en été pour faire du foin. Je me doute bien qu’elles vont faire du dégât avec leurs pattes mais je n’ai pas d’autre solution.
Dans le 3ème pré, la cartelars, ce sont des génisse qui séjournent. La pluie a cessé. Elles sont douces et gourmandes de farine. aucun problème pour les amener au pas de charge dans le parc. Celles là vont passer quelque jours à l’étable.
Le soir je rentre l’esprit tranquille. J’ai pu, en quelques heures, seul, mettre mes animaux en sécurité, ce qui n’a pas été le cas dans certaines exploitations riveraines de l’Arroux. C’est dans ces conditions que j’apprécie vraiment le quad. On aurait dit un hors-bord tellement il levait des gerbes d’eau
Les pluies ont continué. La rivière a commencé à inonder le lendemain. La crue a atteint son paroxysme le 3 mai, couvrant une bonne surface de mes prés comme des centaines d’hectares dans la région mais aussi une partie de la ville d’Etang sur Arroux. Souci supplémentaire, j’ai du bois de chauffage coupé cet hiver, en attente d’être amené à la ferme, dans un des prés inondables pourtant loin du lit de la rivière. Le matin du 3, quand j’ai vu l’ampleur de l’inondation,rare en cette saison, j’ai bien cru que tout (25 stères) allait être parti. En fait, non. J’ai pu me rendre sur place en passant par le pré du voisin, en quad là encore avec piquets masse, cordes, sangles à cliquet. C’est dans l’eau jusqu’aux genoux que j’ai arrimé mes piles de bois au sol (comme sur la photo). Du coup, seules les grosses billes pas empilées ni attachées sont parties emportées par le courant. Heureusement celui-ci les a déposées plus loin,stoppées par une haie.Mon intervention a été fructueuse Je ne pense pas en avoir trop perdu.
Les jours suivants la rivière s’est retirée doucement découvrant les prés. Je n’étais pas au bout de mes peines pour autant. Les clôture ont été endommagées et pendant une bonne huitaine de jours les vaches n’ont pas voulu brouter l’herbe qui avait été submergée; Elles ont dû se nourrir sur une surface restreinte, dégradant fortement le sol de leurs sabots. La moindre pluie faisait remonter ruisseaux et fossés, entretenait une humidité très importante et la persistance d’eau sous-jacente. Avec les température anormalement basses pour la saison les bêtes ont passé une sale période. Heureusement je n’ai pas eu de pertes à déplorer, un seul veau a dû passer quelques jours à l’écurie.
Aujourd’hui il a fait beau et chaud, nous allons peut-être connaître un temps plus clément Mais le dernier week-end de mai, au petit matin on découvrait Uchon (680m d’altitude) blanc de neige et le lendemain on subissait une bonne gelée. Je crois que l’on va vraiment se souvenir de ce mois de mai 2013.

A Bientôt

Fin d’hiver - 15 avril 2012

Pour moi « fin d’hiver » est plutôt synonyme de fin d’hivernage des animaux. La période de vie dans les bâtiments est pratiquement terminée. Il ne me reste qu’une dizaine de vaches avec leurs veaux dans l’étable.J’en reparlerai plus loin. Cette année, en mars nous avons bénéficié d’un temps exceptionnel pour mettre les animaux au pré. Les gros froid de février avaient certes détruit l’herbe. Mais contrairement à la plupart de mes collègues j’ai lâché mes animaux depuis le début mars, petit à petit,n’en mettant que de petits lots de 4 ou 5 par pré. Un peu d’herbe naissante, un peu de foin et de céréales et surtout le soleil de printemps ont suffi à les nourrir. L’économie de fourrage est très, très importante. Elles étaient bien mieux qu’attachées et se sont très bien portées. Les veaux n’ont pas craint cette mise au pré précoce pour notre région et se sont acclimatés rapidement. Heureusement que j’ai pu faire cela vue l’état des stocks qui sont au plus bas. Aujourd’hui il ne reste que 20 balles rondes de foin et 15 balles de pailles( environ 6 tonnes). Je n’ose pas penser à ce qui ce serait passé si je n’avais pas agi ainsi. Tous les ans, c’est pareil avec le fourrage. Il faut prévoir l’imprévisible. On ne connaît jamais à l’avance la date de fin d’ hivernage ni ce qui va se consommer exactement. Quand les stocks sont importants ce n’est pas un problème, mais cette année il faut faire au mieux, improviser: acheter, quoi? en quelle quantité? ne pas acheter. Ce serait bête d’acquérir à grands frais de la marchandise qui risque de me rester sur les bras alors que la récolte potentielle prochaine n’est qu’à quelques semaines. Pour ma part le temps sec et ensoleillé de mars que beaucoup ont décrié m’a bien arrangé et évité bien du travail et des frais.
Si je fais un bilan, cette période d’hivernage ne s’est pas trop mal passée. Elle a été plutôt courte, guère plus de 3 mois en moyenne pour le gros du troupeau. Je ne me souviens pas d’avoir connu cela, c’est très rare pour notre région. Je n’ai pas rencontré trop de problèmes pour les vêlages, pratiquement terminés au 1er avril. J’ai été bien tranquille côté maladie. Fait rare, un veau a eu une infection sévère au pied due certainement à une piqûre et à un mauvais diagnostic au départ. J’ai dû le mettre sous antibiotiques et lui baigner le pied chaque jour dans de l’eau javellisée, le nettoyer et le désinfecter pendant environ 2 petites semaines. Il se prêtait bien à ces soins et tout s’est bien terminé.

En ce moment une épidémie de ce qu’on appelle la « diarrhée blanche » sévit sur les veaux derniers nés et ceux que je n’avais malheureusement pas mis au pré, une dizaine en tout. Je m’en veux d’avoir temporisé pour les sortir. Il y a très longtemps que je n’avais pas revu cette maladie. Le vaccin sur les vaches avait été bien efficace jusque là pour protéger les veaux. Ceux-ci sont très malades, ne digèrent plus, tètent peu, sont fatigués, parfois dans un semi-coma (diarrhée paralysante). En plus ils peuvent ballonner (météoriser), prendre des coliques, ou se déshydrater. Pour moi c’est très déprimant; les veaux se salissent, font des déjections diarrhéiques nauséabondes qui empestent l’écurie; ils prennent un vilain poil, une apparence morbide. Quand on les croit guéris, ils rechutent, c’est sans fin. Ils ont besoin de beaucoup de soins, de visites de vétérinaires, de médicaments. Quand ils commencent de mieux aller il faut un certain temps pour que la caillette ,le foie, les intestins reprennent une activité normale. Cet épisode s’est soldé par la mort d’une femelle, victime de coliques mortelles. La punition! C’est comme ça, tant qu’on élèvera des animaux tant on en verra périr pour différentes raisons.
Pour terminer sur une note positive, je dirai que le commerce des bovins va mieux, est très actif. Les prix ne sont sûrement pas ce qu’ils devraient être, on est en 2012, mais ils ont connu une augmentation sensible qui nous rapproche des tarifs qu’on a connus il y a…….25 ans

A bientôt

Rameaux - 3 avril 2012


Souvent je dis que posséder, élever, des animaux demande une présence auprès d’eux et une attention permanentes. Avec eux il faut se dire que n’importe quel projet peut être contrarié, que le quotidien de l’éleveur peut être perturbé à tout moment, que des réjouissances peuvent être annulées. Ce qui nous est arrivé ce week-end des rameaux en est une preuve de plus.
Samedi soir nous étions invités à dîner chez nos voisins d’outre-manche (mon franco-anglais-morvandiau fait fureur, enfin, on se débrouille). J’avais donc pris mes dispositions pour me libérer assez tôt, mais vers 18 heures une vache présente les premiers symptômes du vêlage. C’est une grande vache de 10 ans,je pense qu’elle aura vite fait. J’annonce cela à mon épouse pour qu’elle prévienne les voisins que nous serons en retard, sans donner d’heure précise. Je la laisse faire seule ,sans la déranger, en exerçant juste une surveillance très discrète. Comme j’avais un peu prévu tout se passe vite et bien . Je n’interviens qu’une fois le veau sorti et ne perds pas une minute. Il faut dire que j’avais tout bien préparé pour le recevoir et l’ installer vers sa mère. A 20h 30 on peut prendre l’apéritif et se « mettre les pieds sous la table ». Mais je ne suis pas tranquille et juste avant le dessert je quitte mes hôtes pour jeter un coup d’oeil à mes 2 animaux. Tout va bien, je peux retourner. Soirée un peu gâchée.
Dimanche matin 7h 30. Lors du pansage habituel, par chance je me rends compte que dans le pré contigu aux bâtiments une vache et séparée de ses 3 congénères, seule au bord du ruisseau, debout,tête basse. Bien que je ne l’attende pas je comprends tout de suite qu’elle a du mettre-bas et qu’elle lèche le veau. Mais située où elle est je redoute le pire. En m’approchant je constate que c’est sa délivrance qu’elle mange; elle a donc vêlé, mais pas de trace du veau. Et pour cause! il est dans le lit du ruisseau,couché ou assis dans 30 à 40 cm d’eau glacée, mais vivant. J’ai du mal à le hisser sur la berge haute d’environ 1 m, et je le traîne sur l’herbe pour l’éloigner de l’eau. Sans perdre une minute je le ramène à l’écurie dans la remorque du quad. La vache me suit. Il est sûrement en hypothermie, immobile, sans réaction. On le frictionne avec de la paille. Chantal apporte le sèche-cheveux; l’air chaud le sèche et le réchauffe: très efficace. Une bouillotte, une vieille couverture en laine le tiennent au chaud. Pour terminer je l’installe dans l’entrée sur une bonne couche de paille et sous sa couverture le soleil matinal déjà chaud qui entre dans l’étable finit de le réchauffer. A 10 heures il est mieux, ses extrémités sont enfin chaudes, il redresse la tête. A midi, en le soutenant il va téter……un peu. Il est sauvé,je crois que j’ai eu beaucoup de chance.
Je nourris les vaches dont le repas est resté en plan, qui commencent à s’impatienter en le faisant savoir bruyamment. A peine ai-je fini que je remarque qu’une d’entre elles commence à piétiner et se « tortiller »: encore une naissance en vue. Cette fois je suis sûr que tout mon matin sera bien rempli. C’est à peine si je peux entendre le son des cloches de l’église d’Etang porté par un fort vent du nord. Le vent de la messe des rameaux nous est une fois de plus défavorable. Toutefois le vêlage se passe bien, à 11 heures c’est terminé.
Après-midi: je dois faire téter les 3 veaux derniers nés. Ils sont bien dégourdis mais ça prend du temps. Et là, c’est une chèvre qui s’y met. elle va avoir ses petits et va nous tenir à la ferme. On ne va pas l’abandonner. On ne sait jamais
Dimanche des rameaux bien occupé. En élevage, si on veut bien faire son boulot, avoir de la réussite, il faut toujours pouvoir répondre présent, les animaux passent avant tout. On n’a pas le droit à l’ « à peu près », on n’a pas le droit à l’erreur.

A bientôt

Premières tétées - 18 mars 2012

Comme çà on pourrait croire qu’un veau qui vient de naître se lève dès qu’il le peut et se met à téter. C’est vrai pour certaines races, mais en élevage charolais, et de surcroît en étable où les vaches sont attachées côte à côte, faire téter un veau demande une attention et un savoir faire tout particulier dont vu de l’extérieur on ne se doute même pas.
Il est important que le veau tète le plus rapidement possible le colostrum, un lait très riche qui lui donne rapidement des forces. Dès qu’il est suffisamment valide sur ses pattes et qu’il a repéré le pis il se met à téter et se débrouille tout seul ou presque. Il faut quand même être là pour surveiller, lui faire voir qu’un pis dispose de 4 tétines, intervenir si il va sous une vache voisine,( c’est le problème de la promiscuité) sinon gare au coup de pied; en général, une vache ne supporte que son veau.
Pour des veaux moins dégourdis, c’est parfois plus compliqué. Souvent il titube, tient mal sur ses pattes, il est déjà rebelle, têtu, mais il est robuste et assez fort pour contrecarrer mes intentions. Je l’approche du pis mais il ne pense qu’à reculer. Plus j’essaie de l’empêcher plus il veut reculer, de toutes ses forces, et victime de son équilibre précaire il se retrouve au sol, parfois sous les pattes de la vache d’à côté. Deuxième approche, ce n’est guère mieux. Je l’aide à se relever, il cherche,lève la tête: surtout ne pas essayer de lui faire baisser, sinon c’est la reculade et ….la chute. Il faut pourtant bien lui apprendre la position cou tendu et tête relevée; plus facile à dire qu’à faire. 3ème essai. Comme d’ instinct il sait que les tétines ne sont pas couvertes de poils, je lui présente mes doigts à sucer, l’attire et le guide vers le pis, pour qu’il avance de lui-même. Cela donne de bons résultats. Là il faut être assez rapide pour retirer le doigt et présenter le trayon. Souvent ça marche; s’il avale 2 ou 3 gorgées c’est gagné. Sinon il faut recommencer. Parfois il n’a pas l’instinct de succion; je lui envoie un peu de lait dans la gueule pour éveiller son appétit et là encore le doigt se substitue à la tétine. Quand on tombe sur un veau pas très malin il faut beaucoup de patience, de ruse et dépenser de l’énergie pour arriver à ses fins.
Parfois c’est encore plus compliqué si c’est un veau trop gros et lourd, ou anoxié par un vêlage difficile ou sur lequel on a tiré fort pour l’extraire de la vache ou encore un veau qui présente un langue trop longue ou difforme.
Pour le gros veau qui ne se tient pas seul je l’installe sur un petit ballot de paille. L’approcher de sa mère, soulever ce corps mort, l’installer sur le ballot, lui tenir la tête d’une main, introduire la tétine dans la gueule de l’autre demande beaucoup d’énergie. Et quand on croit avoir gagné c’est la vache qui se déplace de 20 ou 30 cm ou se tourne et il faut recommencer. C’ est très fatiguant et cela peut dure plusieurs tétées. J’ai parfois recours à un pot muni d’une tétine en caoutchouc, mais toute les vaches ne se laissent pas traire ou bien ne donnent pas leur lait si le veau n’est pas auprès d’elle.
Le veau à grande langue, même si il est plein de bonne volonté, n’arrive pas à aspirer assez fort et il a besoin d’aide. Cela peut durer longtemps, 8 jours, 15, parfois plus,jusqu’à ce que la langue se muscle et que le veau soit plus adroit. En attendant, assis sur un tabouret je lui tends le trayon lui tint la langue collée à celui-ci. Le problème, c’est qu’au bout de quelques jours il compte trop sur moi et n’essaie même plus seul. Dès qu’il lâche le trayon, il se tourne vers moi, me regarde,et attend mon aide. Aussi pour qu’il acquière son autonomie, je diminue mon aide, et après plusieurs repas incomplets, la faim le pousse à essayer, réessayer, essayer encore. Il se donne du mal et en général ça marche.
Parfois pour me simplifier la tâche je fais téter le nouveau-né en position couchée.Pour cela il faut une vache docile. En général lorsqu’elle a fini de lécher son veau elle se couche à côté. Avant qu’il n’essaye de se relever je l’approche du pis et lui tend les tétines. Il se gave de lait en toute facilité et ainsi revigoré il aura tout son temps pour se relever et trouver son équilibre.. La tétée suivante ne posera pas de problème.
Je viens de décrire divers problèmes de début de vie des veaux. Heureusement ils ont vite fait de piger et au bout de quelques jours ces difficultés ne sont plus qu’un mauvais souvenir si bien pour eux que pour moi, enfin surtout pour moi.

A bientôt

PS: Désolé, mais un petit problème de connexion m’empêche de mettre une photo d’accueil

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