Souvenir d’un marchand ambulant - 21 décembre 2014

Begotti

Aujourd’hui je voudrais parler d’un métier pratiquement disparu, celui de marchand ambulant. Il parcourait la campagne de hameau en hameau, de ferme en ferme où il avait une clientèle fidèle, qui comptait sur lui et n’hésitait pas à dépenser. Il faut dire qu’à cette époque, dans la campagne profonde les moyens de déplacement étaient limités. Chacun n’allait pas à la ville pour un oui un non. D’ailleurs son commerce en était bien facilité. Je veux parler d’un commerçant d’origine italienne qui vendait tout ce qui concernait le textile, utile dans la vie de tous les jours aux ménagères campagnardes.
Quand on voyait arriver le petit camion orange, nous les enfants savions qu’on allait passer un bon moment. Cela nous faisait une distraction qui peut paraître bien désuète aujourd’hui. Le personnage était atypique. L’air bonhomme,il était coiffé de son éternel béret, portait des lunettes à grosses montures. Il parlait doucement; ses phrases étaient toujours ponctuées d’un petit bruit de gorge, indéfinissable, entre miaulement et couinement. Ce tic nous amusait beaucoup et il nous suffisait d’échanger un regard pour partir en fou-rire
Le petit fourgon était une véritable caverne d’Ali Baba. Après s’être assuré que la maîtresse de maison était présente le marchand soulevait les panneaux latéraux, sortait à demi un tiroir qui lui servait d’étal. Nous étions toujours impressionnés par la quantité d’articles proposés, par l’incroyable occupation du volume de la camionnette. Pas la moindre place n’était perdue; c’était un empilement parfait de boites en carton aux angles et coins abîmés voire déchirés par les frottements dus aux multiples manutentions. Les plus abîmés étaient entourés de ficelle que notre marchand enlevait et remettait avec adresse. Ailleurs c’était des piles de vêtements divers. Il y avait même un tiroir géant qui faisait la longueur du camion et qu’on adorait lui voir tirer par l’arrière pour admirer le bric à brac …….. organisé. Même dans la cabine le rangement était optimisé. Il ne restait qu’un minimum de place pour le chauffeur, à tel point qu’aujourd’hui encore je me demande comment il faisait pour conduire et surveiller son rétroviseur extérieur droit !
Il faut dire qu’il vendait de tout, dont voici un petit aperçu: des bleus de travail, du linge de corps,des chaussettes, chaussons, pantoufles, des serviettes et gants de toilettes, mouchoirs et serviettes de table, des sous-vêtements, chemises, maillots, les blouses pour femmes ( celles qui font prendre dix ans d’un coup à celles qui s’en revêtent ) etc… etc. Il connaissait l’emplacement exact de chaque article . Quand il était d’humeur badine, pour amuser les personnes présentes, il pouvait déballer une « petite » culotte de très, très, très grande taille ou bien un pantalon de travail pour monsieur dans lequel on aurait pu tenir à plusieurs
Et puis il y avait un endroit qui nous intéressait particulièrement, celui qu’on voit sur la photo. Dans les tiroirs il y avait la mercerie, fil, aiguilles, boutons de toutes sortes, ciseaux mais aussi des canifs. Alors là! quand on les avait vus on tannait la mère ou la grand-mère pour qu’elles nous en achètent un. En général l’une ou l’autre finissait bien par céder. Dommage qu’il ne vendait pas de pansements car le soir on avait un doigt entaillé. Quelque temps après, catastrophe, le couteau était perdu. On n’avait plus qu’à attendre le prochain passage.
Quand le commerce était terminé, il remballait méticuleusement.Tout en marmonnant il faisait l’article histoire de voir si les clientes n’avaient rien oublié. Alors il griffonnait sa note sur un petit morceau de papier et refermait le fourgon. ll montait à la maison prendre un café ou un rafraîchissement et bien sur se faire payer. Si la commande valait le coup il avait toujours un petit cadeau pour la maîtresse de maison.Tout se passait dans le calme,la confiance, la bonne humeur. C’était quand même une autre vie

A bientôt.

Commentaires

6 réponses à “Souvenir d’un marchand ambulant”   Laissez un commentaire !

  1. marief le 22 décembre 2014 à 23:09

    Encore un billet réjouissant! On entend presque la faconde du marchand italien!

    Je ne suis pas sûre qu’à l’époque, il y avait des rétroviseurs à la droite du véhicule?
    Ici, il passe encore parfois un camion (franchisé) de vêtements mené par un jeune femme. Je ne sais pas si elle arrive à faire sa vie, les petits-enfants ramenant souvent de la ville ce dont ont besoin les grands-parents…

  2. doudoune le 23 décembre 2014 à 10:45

    Quelle émotion pour moi, Bernard en regardant la photo !
    Merci !
    Ces réminiscences nous soulignent (s’il en est besoin) que la vie d’antan ,simple mais chaleureuse nous a construits sereinement, loin des envies actuelles toujours plus tenaces et si éphémères !!!!

  3. Olivier Bailleux le 24 décembre 2014 à 0:05

    Cela me rappelle un magasin tenu par deux sœurs célibataires, dans un tout petit village de la vallée de la Vingeanne. Une sorte de capharnaüm où l’on trouvait un nombre incroyable de choses : vêtements, chaussures, produits d’entretien, cahiers et crayons, articles de pêches, tabac, boissons, mélange pour moteurs deux temps, bonbons, graines, etc.

    A l’époque, il y avait aussi une épicerie/boucherie dans le village voisin. Elle disposait d’un camion pour desservir toute la région. Une personne vivant dans un hameau isolé, sans voiture, pouvait s’approvisionner facilement. Pour les articles les moins courants, il y avait le catalogue Manufrance et, plus tard, celui de La Redoute. Pour les grands déplacements occasionnels, il y avait un réseau ferré beaucoup plus dense que celui d’aujourd’hui, remplacé ensuite par des autocars.

    Les deux sœurs du petit magasin sont mortes dans la misère, endettées après une vie de travail, sans jamais avoir eu de retraite. La plus jeune est tombée malade et a dû être prise en charge dans un établissement spécialisé et sœur, à plus de 80 ans, travaillait encore sans relâche, tous les jours de la semaine, pour tenter de payer les frais occasionnés par cette situation, faute d’avoir une couverture sociale suffisante. Je précise que c’était il y a 20 ans seulement.

    Les épiciers du village voisin ont fini leur vie professionnelle dans un supermarché, l’homme au rayon fruits et légumes et la femme comme caissière.

    Oui, c’était une autre époque…

  4. isa le 8 janvier 2015 à 7:53

    encore un beau souvenir..ici nous n’avons plus que le boulanger qui passe..
    mais comme Olivier, ton post me fait penser à la mercerie,, laines, magasin de jouet etc..qu’il y a dans une petite ville à 10km, tenue par une amie de ma maman qui a 70 ans, elle a pris la suite à la place de sa mère…qui va continuer?

  5. coco le 12 janvier 2015 à 10:53

    Salut les vieux retraités,
    ah!!!! « le Bégotti », c’était son nom, on peut le dire c’était comme une marque, à la maison aussi c’était une joie de le voir débarquer, son arrivée était très attendue, d’autant plus qu’il y avait un rien de pervers, comme il passait devant notre maison pour aller servir la ferme des Jeannot et le Mimile, nous devions attendre que sa boucle soit finie pour enfin revenir chez nous, ça pouvait durer 2 heures, ça nous donnait le temps de faire nos commandes et de batailler pour avoir nous aussi un canif, un canevas, un crochet, un tricotin….. .
    Je me souviens qu’une fois, comme il n’y avait que quelques mètres entre son dernier client et nous, il avait laissé la porte latérale ouverte, mal lui en a pris, les vibrations ont du faire glisser un objet et une partie du contenu de la camionnette s’est vidé sur le chemin…
    Un grand fou rire pour nous.
    Je me souviens précisément de ses « miouneries », qui déclenchaient à chaque fois des fous rire chez nous les filles.
    Chez nous, passaient aussi le boulanger et 2 épiciers (typiques et cocasses également).
    Merci à toi Bernard de m’avoir rappelé tout cela,
    Bises

  6. coco le 12 janvier 2015 à 11:42

    J’ai oublié de te dire que ta photo est superbe, comme la mémé Marthe est coquette, habillée comme une fille d’aujourd’hui, d’ailleurs grosse ressemblance dans l’allure avec Sté, et la tante Dédée, avec son petit collier de perles…loin des clichés que certains ont des campagnards… quelle année la photo?

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