Un si joli printemps,pourtant - 22 mai 2011

Pour la majorité des gens un tel printemps est un vrai bonheur. on ne peut rêver mieux. Il faut bien être paysan pour demander la pluie. Moi aussi, au début je trouvais ce temps plutôt agréable et même très favorable pour mon travail. Je n’avais jamais remis les animaux au pré si tôt. Les bêtes avaient regagné les prés dès la fin février pour les premières puis progressivement en mars pour les autres. Au 1er avril les étables étaient pratiquement vides alors qu’ habituellement le gros de la troupe ne sort guère qu’au 10, voire 15 avril.
Mais cette joie printanière a doucement fait place à l’inquiétude puis tourné au cauchemar. On ne parle plus que du manque d’eau, de l’absence de pluie depuis mars. Heureusement qu’il avait beaucoup plu fin décembre pour recharger les sources. Les crues que je maudissais alors, ont été en fait bien bénéfiques.
D’autres éléments climatiques à prendre en compte nous ont amenés à cette situation de disette. Les gelées ont été très fréquentes en avril et même début mai, les dernières datant du 14 mai. Même s’il y avait encore de l’humidité dans le sol,le froid a arrêté net la pousse de l’herbe. Les vents de nord, nord-est, est, (le vent des Rameaux) conjugués à ce froid ont fait beaucoup de mal aux pâturages. Ensuite le soleil, les chaleurs inhabituelles à cette saison, ont pris le relais et achevé le travail. L’herbe se flétrit, jaunit, crève sur pied dans les terres plus sablonneuses de bord de rivière. Je ne vais plus dans les prés les après-midi tellement c’est déprimant. Le soleil que j’apprécie tant d’habitude est devenu mon ennemi.
Même si j’ai déjà connu des années de sécheresse remarquables, difficiles, je me retrouve devant une situation inédite. Je n’ai plus ou presque de fourrage engrangé. Les animaux n’ont pas encore trop souffert, il reste encore un peu d’herbe semi-sèche. Rien à voir avec un mois de mai normal. C’est pendant ce mois, mois de la « pousse »que le stock d’herbe à paître et de futur foin se constitue et cette année c’est bien maigre. Je ne vois aucun foin pousser. Comme d’habitude j’ai fait pâturer mes prés de fauche et enlevé les animaux début mai. Et depuis,rien. L’engrais destiné à faire foisonner le foin est resté dans les sacs sous le hangar.. Sans pluie il n’est d’aucune efficacité.
Les céréales, je n’ose en parler. Elles sont à Croix de Roche, en haut de la colline où les terres sont séchantes ,convenant bien mieux en années humides. L’avoine de printemps est d’ores et déjà fichue et le triticale ne vaut guère mieux. J’envisage fortement de le faucher et de le mettre en balles sous plastique. Cela pourra toujours faire un aliment de secours.
En résumé: l’herbe, plus guère. Le foin, pas ou très peu; peut-être quelques balles dans 3,5 hectares qui n’ont pas été broutés. Les céréales, il faut oublier. Les stocks,au plus bas, 50 balles foin et paille confondus.
Voyez que la situation n’est pas brillante, décourageante. Je n’ai jamais été confronté à un tel problème et le pire c’est que je n’ai pas de solution. A cette époque de l’année le fourrage grossier pourtant indispensable aux ruminants est introuvable. Si on en trouve, le prix prohibitif est très dissuasif. La solidarité paysanne, un mythe, je crois. Il faut attendre l’été, la moisson; Encore faut-il que les animaux tiennent jusque là! après on verra.
Pour l’instant la première mesure que j’ai prise est d’avoir vendu un maximum d’animaux. J’ai même anticipé les ventes sur certaines catégories. Je n’ai gardé que les vaches suitées, les taureaux et des génisses de remplacement. Le chargement à l’hectare est allégé au maximum.
Il me reste un faible espoir. Nous ne sommes qu’en mai. Si des pluies conséquentes arrivaient bientôt je pense que je pourrais limiter les dégâts, peut-être pas pour les céréales mais pour l’herbe et le foin. De toute façon c’est une année qui va coûter très cher.
Les anciens disent que « la Pentecôte met les foins ou bien les ôte » J’espère qu’elle les mettra en inversant cette tendance météorologique et nous procurant un temps plus favorable. En attendant il m’arrive de rêver de pluie.
A ceux qui détestent la pluie et que j’énerve en la réclamant je leur dis « n’oubliez pas que l’eau c’est la vie »

A bientôt

Commentaires

12 réponses à “Un si joli printemps,pourtant”   Laissez un commentaire !

  1. les bredins le 22 mai 2011 à 22:04

    Bernard et Chantal,
    Que dire après cet article … uniquement que nous sommes de tout coeur avec vous. Effectivement l’eau c’est la vie et nous dépendons tous du monde paysan et donc de la météo.
    Nous espérons avec vous qu’enfin la pluie arrive et on scrute la météo tous les jours.
    Nous ne pouvons que vous envoyer nos pensées et vous souhaitez du courage ‘à vous et vous confrères).
    Bri et Did

  2. Albéric le 22 mai 2011 à 22:22

    Bonsoir
    Effectivement la situation devient inquiétante……j’espère que nous en arriverons pas à celle de 1976 ou une razzia était organisée derrière les moissonneuses-batteuses pour alimenter le bétail…….
    Loin de moi,l’idée de donner des conseils……cet après midi encore avec mon épouse nous avons fait une randonnée d’une quinzaine de bornes dans la région de St Gengoux le National,Burnand et je puis vous assurer que de l’herbe ne m

  3. mamienne le 22 mai 2011 à 22:38

    Bonsoir Bernard , bonsoir Chantal

    Des orages ont éclatés dans la région avant hier , mais pas chez nous …

    Guy va faucher ses derniers prés demain et nous aurons fini les fourrages .
    En gros il manque un gros tiers de la production habituelle , pour nous en herbe .
    Les céréales , comme chez vous c’est bien léger …
    Des orages sont annoncés jeudi ou vendredi mais il va falloir supporter des journées à plus de 30 ° , de la folie !

    Pourtant , j’ai le sentiment qu’il va falloir se faire à ce genre de situation
    le climat est perturbé , on en paye le prix aujourd’hui …

    Toutes mes pensées

    à bientôt

  4. Albéric le 22 mai 2011 à 22:43

    Bonsoir
    Effectivement la situation devient inquiétante….j’esoère quenous n’en arriverons pas à celle de 1976, ou une collecte était organisé derrière les moisonneuses-batteuses pour alimenter le bétail…..
    Loin de moi l’idée de donner des conseils…..cet après midi encore avec mon épouse,nous avons fait une randonnée d’une quinzaine de bornes dans la région de St Gengous le National,Burnand ect….. et je puis vous assurer que l’herbe ne manque pas le long des chemins agricoles et des routes communales,peu voir très peu fréquentées!….
    Et celà je le constate depuis des années d’ou ma question:
    Est ce que les agriculteurs ne récoltent pas pour cause de mauvaise qualité?
    Je me souviens qu’au début des années 1980,lors d’une crue importante de la Saône dans le Val de Saône en mai/juin le éléveurs coupaient l’herbe des chemins et même des routes à trafic important pour nourrir le bétail à l’étable.

  5. Sylvie71 le 23 mai 2011 à 8:35

    bonjour au vernois,

    oui, c’est une catatrophe, pas besoin d’être paysan pour peu qu’on soit abservateur ….il suffit de relever les yeux et de regarder les prés et champs . Nous sommes fin mai , là ou en temps ordinaire les prés foisonnent d’herbe verte et bien grasses arrivant jusqu’au nombril (enfin, à mon nombril à moi lol) ….là, les foins arrivent à mi-cuisse et encore!!! Pour un peu qu’une exploitation soit entièrement en côteaux sur du rocher….c’est mort!
    samedi, nous n’avons eu que 8 mm tomber en 2 fois….c’est dérisoire mais bizarrement la nature semble avoir un regain d’énergie pendant 2 jours….et puis paf! soleil, températures de 26 ou 30° et surtout, surtout se vent comme hier encore!!!!!!

    oui, je trouve que l’idée de Albéric ci dessus dans son commentaire est bonne, pourquoi ne pas fauché les accotements avant que la DDE ne le fasse pour avoir une bonne visibilitée ?????? ça ne sera peut être pas du foin de qualité mais en dépannage? C’est vrai que les automobilistes serons certainement grincheux de trouver en revenant du boulot ( pas trop grincheux en allant lol) de trouver un tracteur en train de presser sur la route , mais je pense que beaucoup comprendrons la situation…..ou alors c’est des cons!(pour ceux là, on y peut rien à part laisser dire ) .

    et les céréaliers??? ils vont broyés ou pas derrière les moissonneuses??? j’ai entendu dire qu’ils n’étaient réellement pas chaud pour faire pressé la paille (normal! chacun vois midi à sa porte et pour eux c’est un amendement de moins sur leurs parcelles)…..l’état sera certainement obliger de posé un décret pour leur en interdire le broyage !!! Pfff! une chose pourtant aussi évidente au départ ….mème si leurs rendement n’est certainement pas au top non plus….mais le moindre brin de paille est tjs le bienvenue par pareille cata

    d’autres aussi, telles les ETA, se font du soucis ….pas grand choses en ensilage, pas de foin car chacun va faire ses pressages soit mème pour limité les coûts….quand à la moisson…..je ne sais pas si il faut en parlé ?

    PS: Thierry m’a dis vendredi en rentrant que du côté de Garnat ou Gannat (je ne sait plus trop) c’était encore pire que chez nous…..

    Aller, courage, je ne suis pas paysanne, mais mon coeur va aux paysans et ceci depuis bien longtemps , on pense à vous et vous soutiens !
    quoi dire de plus……..:(

  6. olivier le 23 mai 2011 à 10:58

    Contrairement à ce que l’on tente de nous faire croire, il n’y a pas de fatalité si nous avions des dirigeants de caractère :

    En vérité, il faut investir de toute urgence dans des infrastructures permettant une meilleure gestion des précipitations. Rappelons que chaque année, la France reçoit environ 170 milliards de mètres cubes d’eau sous forme de neige et de pluie, dont seulement 32 milliards de mètres cubes sont captés pour une part finalement utilisée de moins de 6 milliards de mètres cubes, soit seulement 3% des précipitations annuelles.

    Pour sa part, le secrétaire général de la FNSEA Dominique Barrau, interrogé par l’Usine Nouvelle, précise : « Avec 3% de la pluie qui tombe, on gère aujourd’hui les besoins de l’industrie, de l’agriculture, et d’eau potable. Si l’on en stocke à l’avenir 4% à 6%, nous pourrons résoudre nos problèmes d’approvisionnement. C’est une infrastructure coûteuse à mettre en place, mais c’est crucial. »

    Pourquoi de tels investissements n’ont pas été effectués ?

    En premier lieu, c’est bien l’Union européenne, devenue courroie de transmission des écolo-spéculateurs, qui s’y est opposée par une directive du 23 octobre 2006 établissant un cadre politique dans lequel l’eau n’est qu’une ressource renouvelable qu’il faut protéger contre les dégâts de l’activité humaine.

  7. isa le 23 mai 2011 à 13:46

    concernant le stockage de l’eau je suis d’accord avec Olivier…il y en a seulement quand elle tombe en orage violent elle n’est pas bénéfique pour les sols..
    ici aussi , on attend, on guette le ciel…le paysage ressemble à un paysage de juillet…

  8. doudoune le 24 mai 2011 à 10:14

    Eh oui, cher cousin : l’eau, c’est la vie !
    Nous ne pouvons qu’éviter de la gaspiller, à notre niveau !
    De tout coeur avec vous, soyez en sûrs !
    Ne perds pas le moral, BERNARD ! « tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir  » dit le vieil adage ….

  9. Pierrette le 25 mai 2011 à 15:52

    Je découvre avec joie votre Blog, je vous apporte mon soutien moral, tenez bon, j’aime tant voir les vaches brouter dans les champs.

  10. olivier le 27 mai 2011 à 15:51

    FACE À LA SÉCHERESSE, LE GOUVERNEMENT SARKOZY PRÔNE LA SOUMISSION À LA DICTATURE VERTE
    Brèves – 27 mai 2011 – 15:33

    27 mai 2011 (Nouvelle Solidarité) — La sécheresse touchant toute l’Europe et la France prend des proportions inquiétantes. Comme en Afrique, nos agriculteurs prient de plus en plus les dieux de la pluie et la moitié des départements français a dû prendre des mesures pour limiter la consommation d’eau.

    Le 16 mai, la ministre de l’Environnement Nathalie Pinces-monseigneur (NKM) a réuni à Paris le Comité sécheresse en charge de suivre la situation et imaginer des solutions.

    Rien de très précis n’en est sorti pour faire face à la crise. Pire, NKM a souligné que le gouvernement maintient l’objectif d’une réduction de 20% de la consommation d’eau d’ici 2020, en lançant un appel à l’ensemble des usagers, « à prendre conscience de la nécessité d’agir ».

    Pour NKM, alors que le phénomène de pénurie extrême risque de se reproduire à l’avenir, l’amélioration structurelle de la gestion des ressources en eau est une priorité.

    Pour sa part, l’ancienne ministre de l’Environnement Ségolène Royal, actuellement présidente de la région Poitou-Charentes, un des départements les plus touché par la sécheresse, dénonce cette réunion qui n’a « abouti à aucune mesure d’urgence face à la sécheresse ».

    Devant l’inaction du gouvernement, Ségolène réclame une « politique vigoureuse, comprenant des mesures d’urgence face aux difficultés à court terme, mais aussi des actions à plus long terme pour réduire notre dépendance à l’eau ».

    La démarche de NKM se réduit à l’application des mesures définies par le Grenelle de l’Environnement, notamment la récupération des eaux de pluie, la réutilisation des eaux usées traitées ou la réduction des fuites dans les réseaux.

    Aucune réponse ferme donc devant la demande des syndicats agricoles qui réclament des investissements lourds permettant cette meilleure gestion de l’eau grâce à la création de lacs de retenues supplémentaires. Rien non plus sur le dessalement de l’eau de mer, possible grâce au lancement de centrales nucléaire de quatrième génération.

    Pour NKM, les moyens pour parvenir à la réduction de la consommation d’eau seront intégrés « au plan national d’adaptation au changement climatique » qu’elle compte dévoiler le mois prochain.

    Pour préparer le rationnement de l’eau, un vaste lavage de cerveau est déjà en cours. D’après un sondage IFOP pour Sud-Ouest Dimanche, cinq français sur six (86%) seraient prêt a rationner l’eau potable pendant la journée, surtout lorsqu’ils sont ailleurs que chez eux…

    On a qu’à faire des réservoirs !

    De leur côté les agriculteurs dénoncent l’absence de volonté politique pour bâtir de nouveaux réseaux de barrages et de réservoirs dans les régions sous-équipées. « Ca fait près de 20 ans (qu’en France) on n’est pas capable de sortir le moindre projet en agriculture pour stocker de l’eau en période hivernale », déplore Xavier Beulin, président de la FNSEA. Il faut « sortir de cette situation dans laquelle nous sommes en France et qui fait un peu rigoler tous nos voisins européens », explique Jean-Luc Capes, le Monsieur Eau du premier syndicat agricole français. « Si nous pouvions mobiliser 1% de l’ensemble de la pluviométrie qui tombe sur la France, en plus de ce qui est fait aujourd’hui [environ 3% – ndlr], on pourrait sans doute éviter la crise dans laquelle nous sommes en train d’entrer ».

    Si les préfets sont très autoritaires vis-à-vis des agriculteurs lorsqu’il s’agit de les rationner, ils le sont beaucoup moins lorsqu’il faut promouvoir les projets de réservoirs. Xavier Beulin a également attaqué des associations environnementales « qui se mettent en travers de la route » avec « beaucoup de recours déposés (…) tantôt pour un insecte, tantôt pour une grenouille à ventre jaune », tout en rappelant qu’il n’y a pas d’antagonisme de fond entre agriculture et environnement, mais qu’on ne peut pas « mettre la France sous cloche ». [extraits AFP dans Le Parisien ]

  11. olivier le 2 juin 2011 à 12:49
  12. nicole le 11 juin 2011 à 9:58

    Bonjour Bernard
    Merci pour ce mot qui explique bien la situation. L’eau nous est indispensable et il serait grand temps que nos dirigeants prennent des mesures. On ne parle que de rationnement, d’économies mais rien n’est fait pour prévenir. La réduction de la consommation d’eau je n’y crois pas, il faudra bien qu’on arrive à récupérer celle qui tombe…mais quand?
    Merci à Olivier pour le lien, intéressant.
    Bon week-end à tous!

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