Bientôt l’hiver - 23 novembre 2008

Quand on arrive à la mi-novembre mieux vaut être prêt à mettre les animaux à l’abri. Le mauvais temps, le froid, la neige même peuvent arriver d’un jour à l’autre. Les nuits sont longues,et l’herbe se fait rare. les lombrics (vers de terre) sont toujours en activité et par leurs déjections déposent beaucoup de terre à la surface, dans l’herbe et la souillent. Dans notre jargon, on appelle ça la « veurtlée » Les vaches ont donc plus de mal à se nourrir et j’ai commencé à leur donner du foin chaque matin.
Comme tous les ans j’ai remis en état les étables. Il faut dire que les écuries, dès qu’elles sont nettoyées au printemps, deviennent des « fourre-tout » voire des dépotoirs où chacun apporte sa « contribution » : vélos, jouets encombrants,brouettes, tondeuses, petit matériel, etc…. Parfois des volailles y sont élevées. Il faut déjà tout débarrasser, et nettoyer. Les vieux bâtiments demandent toujours de petites réparations: un peu de mortier par-ci, un abreuvoir qui fuit par-là, une attache cassée. L’évacuateur à fumier doit être particulièrement surveillé. Cette année j’ai changé les roulements des poulies d’angle et les ai copieusement graissés. Ils en avaient bien besoin. Je pense être tranquille tout l’hiver.
Dans la grange vidée et nettoyée, j’ai remis en place les cornadis. Pour ceux qui ne savent pas:  cornadis, c’est le nom d’un genre de barrière, placé en façade d’un box de stabulation libre, avec des barreaux fixes et tous les 70 cm un barreau coudé, mobile. Ce barreau,en position ouverte, laisse une place suffisante permettant le passage de la tête d’une vache. C’est l’animal, qui en baissant la tête, pour manger, fait basculer le barreau mobile qui se bloque automatiquement, lui emprisonnant le cou. Une fois habituées, Les vaches viennent se capturer toutes seules, côte à côte, et mangent tranquillement, chacune leur ration, sans déranger les autres. Dès qu’elles ont terminé, je les libère en actionnant une manette; le barreau mobile s’efface dès que la vache relève la tête et elle peut s’en aller.
Je pensais ne pas avoir d’animaux dans l’étable du Murger (à 1,5 km ) durant cet hiver. Mais je n’ai pas pu vendre les vaches dont je voulais me séparer et il y en aura une vingtaine. J’ai du, là aussi remettre en état, surtout les canalisations d’eau dont j’ai du remplacer pas mal de tuyaux d’alimentation des abreuvoirs. Faire ça juste pour trois mois, c’est rageant, mais avec un petit établi, une scie ,une filière et quelques clefs j’ai pu réparer à moindres frais.
Je ne peux pas terminer ce billet sans parler de Vents du Morvan, un magazine très bien présenté, conçu, réalisé et imprimé en Morvan. Il parait 3 fois par an et peut parler si bien des métiers morvandiaux, de nature, de territoire, de tourisme que  littérature,  musique, ou histoire et bien d’autres choses. Pour les amoureux de cette région, et les autres aussi, ça vaut le coup d’y jeter un coup d’oeil. Le numéro trente consacre 3 pages au journal d’une ferme en Bourgogne.
adresse internet     www.ventsdumorvan.org

A bientôt.

La Saint Martin - 11 novembre 2008

Le 11 novembre , jour de la Saint Martin a depuis toujours été la date de commencement et de cessation bien sûr, des baux à ferme. A cette date toutes les récoltes sont terminées, les terres sont emblavées, la végétation se met au repos et on n’est pas loin de mettre les animaux à l’étable. C’était à la Saint Martin qu’un fermier louait ou changeait d’exploitation agricole. Ce pouvait être pour louer une ferme qui convenait mieux ou parce que le propriétaire le mettait à la porte. Il devait laisser à son successeur une certaine quantité de fourrage dans les bâtiments et des terres emblavées. Il retrouvait  la même chose sur sa nouvelle ferme. Les moeurs ont évolué. Aujourd’hui il est rare qu’un fermier change d’exploitation. C’est plutôt la retraite qui l’oblige cesser son activité et quitter sa ferme. En général les terrains sont repris par des agriculteurs du voisinage qui désirent agrandir leur domaine, poussés par un fils qui veut s’installer. L’association père-fils est souvent un bon tremplin pour lancer le jeune dans sa carrière agricole.
C’est donc dans ce cas de figure que le 11-11-74 que nous avons signé un bail de 9 ans pour louer 36 hectares. et ça va durer 34 ans. Cela représentait une bonne moitié de la ferme de Bussière que l’occupant d’alors abandonnait pour s’alléger la tâche pour ses dernières années d’activité. Nous étions bien contents de trouver un telle surface à moins de 2 km. Trente six hectares divisés en 6 parcelles, d’un seul tenant, traversées par un ruisseau fournissant l’eau à une bonne partie des pâturages, c’était inespéré. Ajoutés à la ferme de Vernois cela faisait une exploitation plus viable pour 2 ménages. Après la disparition de mon père nous avons continué d’exploiter  toute la surface.
Et aujourd’hui, à cette St Martin 2008 je suis tout aussi content de mettre fin à mon bail et de laisser ces terrains à un jeune. J’aurai beaucoup moins de travail et espère avoir plus de temps libre. Je vois cela comme un avant-gout de retraite, de cessation totale. Je ne me vois pas encore inactif, mais des fois je me dis que j’aurais du arrêter totalement. Dans mon entourage, tous les paysans qui ont pris leur retraite ou pré-retraite ces dernières années sont ravis de l’avoir fait et ne regrettent rien. L’élevage va tellement mal. Tous les ans on se dit que ça va s’arranger, que ça ne peut pas aller plus mal, et tous les ans c’est pire. Et cette année tous les records sont battus. La crise agricole qui perdure depuis des années et la crise internationale ont complètement mis à mal le marché de la viande et donc du bovin vivant. Les marchands de bestiaux, les maquignons, ne se bousculent pas à la porte, et celui qui s’aventure dans la cour de la ferme nous annonce des prix dérisoires, d’ un autre temps. Je vois bien que je devrai hiverner beaucoup plus d’animaux que prévu, presque autant que d’habitude. Et moi qui croyais passer un premier hiver bien plus cool.
Pour l’instant je libère les prés de Bussière. J’ai ramené les veaux la semaine dernière. J’ai profité qu’ils étaient tous rassemblés dans le parc pour les déparasiter et le vétérinaire est venu faire le vaccin contre la fièvre catharale. Comme tous les ans je les ai sevrés, triés en lots de 10, et installés dans les bâtiments. Ces jours-ci je ramène vaches et génisses que je répartis sur les prés de Vernois en attendant de les mettre à l’étable dans quelque temps à l’arrivée du mauvais temps. Encore un bac d’ abreuvement ,une auge, des barrières à ramener et j’aurai fait Saint Martin.
A Bientot

Réponse à 2 lecteurs - 1 novembre 2008

Ces jours, à la ferme il ne se passe rien de spécial qui vaille le coup d’être raconté. Je vais donc profiter de ce billet pour répondre à 2 commentaires reçus dernièrement qui viennent du continent nord américain.

Le lecteur canadien ( pseudo AB ) me demande de parler de la lune. Mes connaissances à ce sujet sont plutôt restreintes. Il est vrai que les anciens prêtaient énormément d’attention aux phases lunaires et ne faisaient certains travaux qu’en fonction du quartier le plus favorable. Comme l’agriculture et l’élevage étaient tout à fait naturels (ou bio pour être à la mode) ils savaient très bien utiliser l’action de la lune pour travailler au mieux. Aujourd’hui je pense que l’intérêt porté à notre satellite est beaucoup moins important. Cependant on fait encore attention à couper en vieille lune ( Pleine Lune – Dernier Quartier ) les bois de service comme le châtaignier ou l’acacia pour faire les piquets de clôture, ou le chêne et le sapin pour faire planches et chevrons. Il se conservera mieux, très longtemps, et ne sera jamais  attaqué par les vers; la repousse dans la forêt se fera bien mieux. La plupart des semis se faisaient lors des 2 derniers quartiers. De toute façon il est bien rare qu’il soit bon de faire quelque chose en jeune lune ( Nouvelle Lune – Premier Quartier ). Quoique une voisine disait que ce qui pousse à l’air comme les céréales se semait en lune claire et ce qui poussait en terre, comme les patates, se semait en lune nouère ( noire ). Un autre me disait que le vendredi qui suit la nouvelle lune vaut la pleine lune …… Alors!….
En élevage c’est surtout au moment des vêlages que l’on constate l’action lunaire. Les mises-bas sont plus fréquentes lors des mouvements de quartiers de lune. Une vache arrivée à son terme en fin de lunaison va attendre la nouvelle lune  pour accoucher même si elle dépasse sa date de vêlage de plusieurs jours. Ca ne marche pas à tous les coups, mais quand même, on l’observe souvent.
On fera attention à ne pas tuer le cochon en jeune lune sous peine de le voir ne pas se conserver, ou semer et repiquer la salade qui va monter à graines directement.
Je suis sûr qu’il doit y avoir beaucoup d’autres remarques et chacun peut en faire part dans les commentaires. Le débat est ouvert. (N’est-ce pas Uxeautois? )

Thérèse, une morvandelle expatriée à New-York me pose des questions au sujet des échographies. Déjà, ce n’est pas obligatoire. On fait ça pour optimiser notre production. L’échographie permet de savoir précocement si la vache est pleine et précisément le stade de gestation. Cela évite par exemple de garder une vache qui ne porte pas de veau, de la nourrir une bonne partie de l’hiver et de se rendre compte seulement en janvier ou février qu’elle ne vêlera pas. On peut donc la vendre ou l’engraisser dès l’automne une fois son veau sevré. L’échographie sert aussi à garantir à un éventuel acheteur que la vache est bien gestante si il est à la recherche de ce type d’animal.
Les anciens ne connaissaient bien sur pas cette technologie moderne. D’ailleurs je crois qu’ils ne se posaient même pas la question de savoir si leurs vaches étaient pleines. Ils mettaient un taureau au printemps avec leurs vaches et à part quelques rares exceptions toutes leurs reproductrices faisaient un veau, ceci grâce à un élevage naturel d’animaux plus rustiques et plus prolifiques. Ils ne se se rendaient compte de la présence du foetus que par la palpation du flanc de la vache lors de derniers mois de gestation.
Cette année j’ai fait faire des échographies car je veux réduire mon cheptel reproducteur savoir exactement quels animaux garder, quels animaux vendre pour l’engraissement ou pour l’élevage. Bien sur cela a un coût qui entre dans les charges de l’exploitation et qui ainsi vient en déduction dans le bénéfice agricole imposable.
Pour être complet dans ma réponse au sujet des vétos, je dois reconnaître que c’est un métier très lucratif, mais également très dur dans une région comme la notre. Les vétérinaires sont à la fois médecins, chirurgiens, et pharmaciens, sans en avoir les mêmes responsabilités et avec les prix qu’ils pratiquent, je crois qu’ils sont entrain de scier la branche sur laquelle ils sont assis.

A bientôt

    Galerie photo

    Voici un module Flickr utilisant des photos publiques de vernois. Cliquez ici pour cr�er votre module.

Vidéos

Sondage

  • L'hiver, le froid, la neige.

    View Results

    Loading ... Loading ...

Sites amis

Contact