Pâques aux tisons - 31 mars 2008

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Noël au balcon, Pâques aux tisons. La prédiction se réalise. Il n’a jamais fait aussi mauvais de l’hiver: du froid, de la neige, du vent et des pluies abondantes, l’Arroux qui déborde sur les prés et les terres saturées d’eau. Du coup pas moyen de mettre les animaux au pré. Ce n’est pourtant pas l’envie qui m’en manque. Habituellement, mâles et femelles d’un an, génisses de 2 ans ,taureaux sont déjà sortis depuis le 15 mars. Les stocks de fourrage baissent, ça devient inquiétant. Je compte et recompte les balles de foin qui restent pour me rassurer. Je pense pouvoir tenir un bon mois. D’ici fin avril la situation devrait se décanter.

Les 2 semaines avant Pâques les naissances ont connu un rythme soutenu; c’était tous les jours ou presque, et parfois plusieurs accouchements dans la journée ou la nuit bien sûr. Je ne sais plus où mettre les jeunes veaux . Cela m’arrangerait bien de libérer quelques places. Le coté positif, c’est qu’il ne reste plus que 10 vaches à vêler dont 6 pour bientôt . Il y a longtemps que je n’avais pas vu ça. J’ai du déjà le dire, mais depuis 2003 les vêlages s’étaient fortement retardés dans le temps.
Pâques aux tisons, Pâques dans les écuries, ça ne rime pas mais c’est comme ça. Je ne me suis pas aperçu que c’était un week-end de fête, avec en prime un accouchement inhabituel. La dernière génisse à vêler, sans aucune préparation préalable, “perd les eaux” le dimanche après-midi; heureusement je m’en aperçois à temps. Je vois bien que ce n’est pas normal, et par une fouille sommaire car je peux à peine passer la main, je sens qu’il arrive 4 pattes avant mais pas de tête. Contre toute attente elle va accoucher de jumeaux mais j’ai besoin d’ un véto. Après une investigation approfondie, la jeune femme opte pour les sortir par la voie naturelle plutôt que par césarienne. Le passage s’est légèrement agrandi mais Caroline doit pratiquer une épisiotomie et on réussit à sortir 2 jolis mâles bien en vie (moi qui pensais à un avortement). Ensuite il faut suturer, recoudre à l’intérieur, pas facile! A la fin la mère n’est pas belle à voir. Il faut dire qu’elle avait fortement maigri durant les jours précédant la mise-bas. C’est ce qui à du précipiter l’accouchement.

Mais après ça se complique. Le lendemain les jumeaux attrapent une septicémie, antibio, réhydratant, etc…… 2 jours après rechute. Re-véto, perfusions, piqûres, et la vache qui n’a pourtant pas un goutte de lait fait une mammite sévère (antibio, anti-inflammatoire). Je n’ose imaginer la facture !
Aujourd’hui les jumeaux sont encore mal, je les élève au lait reconstitué. La vache semble mieux aller, je l’ai mise au pré. Et devinez quoi, lors de ma ronde de nuit j’ai trouvé 2 jumelles nées tranquillement, qui semblaient m’attendre pour que je les donne à lécher à leur mère impatiente.

On dit qu’une hirondelle ne fait pas le printemps mais trois ? Elles sont arrivées cette semaine et m’accompagnent matin et soir pendant le pansage. Le soir elles dorment bien au chaud au-dessus des vaches. J’ose espérer que c’est de bonne augure.

A bientôt

Commentaires

8 réponses à “Pâques aux tisons”   Laissez un commentaire !

  1. Marie-Paule le 1 avril 2008 à 8:48

    Bonjour,
    Je reviens après un séjour de huit jours en Sarthe, pas de neige mais un temps pourri comme partout pluie, vent, froidure (j’ai lu qu’on n’avait pas eu de Pâques avancées comme cela depuis 1913),
    et je vois que vous n’avez pas chômé durant cette période ! Vos photos sont magnifiques, et cette jeune femme vétérinaire est bien à son affaire.
    devrons-nous attendre les St de Glace pour trouver un peu de chaleur montante, j’espère que non pour vous avec les gros souci de nourrissage des bêtes et la place qui s’amenuise dans les étables. Si je comprends bien vos bêtes passent l’hiver à l’abri, pas comme à l’Ouest où j’ai vu des troupeaux patauger dans une boue collante, c’est moche de voir cela, les vaches sont dehors d’un bout de l’année à l’autre ! c’est vrai que pour beaucoup du côté du Mans, il y a deux emplois l’homme travaille souvent à l’usine et l’épouse est exploitante d’où peu de temps à consacrer aux pansages et autres contraintes de l’hiver.
    Enfin, on fait comme on peut et c’est pas à moi de donner des leçons, je ne fais que constater.
    Bonne semaine à vous, Marie-Paule

  2. nadine le 1 avril 2008 à 9:51

    Je suis passionnée par tout ce que tu écris parce que j’apprends beaucoup, parce que tu me réconcilies avec le monde agricole…enfin une partie du monde agricole, celui qui fait son boulot sérieusement, consciencieusement, qui aime ce qu’il fait, qui est conscient de travailler avec des êtres vivants et qui les respecte.
    Mais comme c’est dur de travailler ainsi!!! et comme ça peut expliquer certaines dérives!!! Je n’ai pas dit “excuser” j’ai dit “expliquer”.
    Ton récit m’a émue mais bon, ça c’est mon côté “pleurnicheuse” et ça ne s’arrange pas avec l’âge.
    Bonne semaine à vous deux :)

  3. thomas le 1 avril 2008 à 22:19

    salut

    Je suis eleveur laitier (bio) en Basse Normandie. Félicitation pour le plaisir que tu nous donnes avec tes écrits et tes photos.

    Marie - Paule, c’est quoi le pire pour une vache : vivre 6 mois attachée à une chaîne ou en plein air dans la “boue” ? Question un peu provoquante mais pas méchante…
    Chez moi les vaches ne vivent pas dans la boue, mais, sur une litière de plus en plus sale parce que mes stock de paille s’épuisent à vue d’oeil et je ne peux pas en acheter, trop cher et presque introuvable de toute façon. Elles ne vivent pas non plus à “l’attache” parce que j’estime qu’une vache, comme n’importe quel être humain n’est pas faite pour être immobilisée de force.
    Et toi Bernard, je ne doute bien sur pas un instant que tu adores tes vaches et que tu les respectes mais j’aimerais vraiment comprendre pourquoi tes vaches sont attachées et comment tu le vis. Tradition ? Obligation à cause du manque de bâtiment ?

  4. mamienne le 1 avril 2008 à 22:38

    Bonsoir Chantal , bonsoir Bernard
    Les vêlages se suivent et ne se ressemblent pas , un à problème , l’autre sans ,heureusement les veaux sont vivants , pourvu que les mâles en réchappent . Qu’a -t-elle bien pu avoir cette génisse pour maigrir de la sorte avant son vêlage ? Peut-être la mamitte la travaillait-elle déja ?
    Coup de chapeau à votre véto , je crois que les notres auraient opté tout de suite pour la césarienne (l’un d’eux est très doué , il a fait ses classes dans votre coin et il est belge , ceci explique peut-être cela, 20 minutes en tout et pour tout )
    Le beau temps se fait appeler désiré , ici nous avons commencer à mettre à l’herbe hier , les vaches y sont toute l’année mais certains prés ne voient personne de tout l’hiver ainsi que ceux qui seront fauchés pour le foin et l’enrubanage.
    La pousse d’herbe a bien commencé ,nous avons eu beaucoup d’eau en mars , mais il le fallait , c’est ce qui va faire la quantité de foin.
    Aujourd’hui Guy a sevré 21 veaux (les moins jolis) pour les engraisser au bâtiment , les autres restent avec leurs mères ainsi que les femelles.Ils ne seront engraissés que pendant 3 mois , ils partiront juste bon à tuer à 450 kg.
    D’habitude nous n’engraissons pas , mais avec la FCO on va y être contraint.Nous ferons le rappel des 11 vaccinés dans 15 jours , pour les autres il faut attendre le mois de juin et nous pourrons peut-être faire les vaches aussi .
    La semaine dernière nous avons désinsectisé une troupe ,veaux ,vaches , taureaux , la même troupe dont les veaux ont été vaccinés contre la FCO il y a quinze jours.
    Le temps est si doux que nous voulions en faire d’autres mais les giboulées sont trop fréquentes , c’est dommage de gaspiller ce produit (si cher) en faisant mouiller les bêtes juste après.
    Voilà les nouvelles en ce qui concerne les bêtes , pour nous c’est pas la joie , nous sommes 4 malades sur 6 à la maison, Guy a dû rester cloué au lit avec beaucoup de fièvre , mercredi drenier : début de grippe et bronchite (toujours pas guéri aujourd’hui) Pour moi c’est trachéïte bronchite et développement d’une allergie venue d’on ne sait où que je traine depuis plus d’une semaine , je n’ai plus de voix depuis 4 jours :remède de cheval , antibiotiques cortisone…
    Guy a été étonné de voir que vous pouviez pendre le biberon de la sorte , ça ne vous est jamais arrivé que le veau arrache la tétine ?
    Bonne semaine à vous .Christine

  5. Marie-Paule le 2 avril 2008 à 8:11

    Pour Thomas,
    Il est vrai que mon analyse n’était pas très approfondie ; comme dans tout domaine, il faut voir plus loin que le bout de son nez, et c’est pour cela que le dialogue et les informations sont toujours profitables.
    Ah ces citadins…. savent tout sur tout…. et j’en suis une ; j’ai dû oublier bien des choses sur mes séjours à la ferme en Morvan dans ma prime jeunesse.
    Bon courage à vous, et à bientôt.

  6. Bernard le 2 avril 2008 à 9:06

    Pour Christine et Guy
    Avez vous pensé à surveiller la couleur de votre langue ?
    Si elle vire au bleu c’est pas trop bon signe !
    Je plaisante bien sur
    Bon rétablissement à vous deux

  7. manu le 2 avril 2008 à 22:21

    Je pense que c’est sûrement le temps qui rend tout le monde malade. Apparement il y a neigé la semaine dernière dans le Morvan, j’avais le même temps en Suède. Hélas je trouve dur le retour à la réalité du monde de l’élevage dans lequel je suis né. La FCO et ses conséquences politiques font que les éleveurs allaitants ne peuvent même plus vendre leurs produits. Les cours de la viande sont au plus bas et il n’y a aucune demande, bref c’est toute une filière qui est paralysée. Une discussion avec un éleveur allaitant suèdois donne les mêmes conclusions, il ne souffre pas des conséquences de la FCO mais d’une baisse de la demande et des prix qui stagne à un peu moins de 3€ du kg pour des taurillons et des vaches de races Charolaise et Hereford. Que ce passe-t-il en Europe, plus personne ne consomme de viande? Je ne saurai répondre. Je constate simplement que plus les semaines passent et plus je vois le morale de mon père (éleveur) se dégrader.
    Bien loin des polémiques “anti-céréaliers”, je pense que l’ensemble de la profession devrait s’unir pour lutter contre des abus politique dont nous sommes tous victimes. Les éleveurs qui ont eu leurs période glorieuses entre 2003 et 2005 n’ont jamais penser à aider leurs amis laitiers et céréaliers qui étaient dans la crise. De plus les éleveurs de porcs sont encore plus dans l’embarras que nous, ils connaissent une crise qui dure depuis bien plus longtemps. Personnellement je pense qu’il faut que la profession entière se réunisse pour faire tomber les aberrations qui nous meurtri tous à un moment où à un autre. D’autant plus d’événements qui stoppent les jeunes dans leur démarche d’installation.
    C’est d’ailleurs pourquoi j’ai poursuivi mes études après un BTSA, et aujourd’hui je suit mes derniers mois de formation en école d’ingénieur des techniques agricoles spécialisé dans le machinisme agricole. Mais quel marché de la machine agricole je managerai si il n’y a plus d’agriculteurs pour acheter mes outils.
    Merci Bernard pour vos récits et bon courage pour la suite.

  8. Bernard le 3 avril 2008 à 21:47

    Thomas
    La majeure partie de mes bovins sont attachés pendant l’hiver. Seules les jeunes sont en stabulation libre. Dans la région, cela a toujours été comme ça. On a toujours produit de belles bêtes de cette façon. Maintenant ces bâtiments sont abandonnés au profit des stabulations. Pour ma part, je ne pouvais pas construire ( voisinage, ruisseau terrain) et j’ai continué avec mes vieux bâtiments. Je me doute bien que les vaches ne doivent pas être trop bien pendant les 4 mois d’hiver mais elles sont habituées.
    Cette année les stabulations, gouffre à paille, reviennent très cher à cause du prix de celle-ci

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