Les vaches - 21 décembre 2007
C’est un billet qui s’adresse plutôt aux gens qui ne côtoient pas ces charmants animaux et je pense que bien des éleveurs de bovins trouveront des similitudes avec ce qui se passe dans leurs élevages.
Déjà il faut dire que je connais toutes les vaches. Quand je dis vache, c’est la reproductrice. Une bonne mère peut rester 10 voire 12 ans sur la ferme, on finit par se connaître. En voyant un troupeau de vaches blanches vous pourriez croire que ce sont toutes les mêmes. Mais aucune n’est semblable, je les reconnais comme vous reconnaissez votre voisin de palier, votre boucher ou la maîtresse des enfants. On distingue une jeune d’une vieille au premier coup d’oeil. Puis il y a la différence de robe, poil frisotté ou plat, très blanc, un peu ocré ou froment. On les différencie par la taille, la stature, la forme (plutôt viandée ou plutôt osseuse). Les cornes, si elles ne sont pas coupées, plus ou moins blanches, plus ou moins longues, grosses, droites ou courbées, « chevrotes »(très relevées) ou « cabettes »(en biais vers le sol) sont des bons critères pour les identifier. Puis bien sur il y a la tête, le regard, l’expression du visage qu’on retrouve parfois de mère en fille. Dans certains élevages toutes portent un nom.
Venons en aux animaux, à leur caractère; la plupart sont douces, dociles, faciles à manipuler, elles se laissent caresser et viennent quémander une friandise. Certaines sont méfiantes, toujours sur la défensive, et peuvent parfois devenir sauvages, mais je ne les garde jamais longtemps.
La bagarreuse toujours prête à en découdre défie la première qui passe à sa portée même si elle ne gagne pas toujours.
L’emmerdeuse est capable de foutre la pagaille dans un troupeau en quelques secondes. Pour une raison connue d’elle seule, elle dresse le cou, baisse légèrement la tête et court dans toutes les directions, finit par entraîner les plus dissipées et c’est la dispersion de la bande.
Celles que j’appelle les réfractaires à la barrière, me donnent du mal à les sortir du pré.
Pour les vêlages toutes n’ont pas le même comportement. Les maternelles qui s ‘occupent bien de leur veau, le lèchent et l’appellent doucement. Souvent cet appel me laisse deviner qu’un veau est né, avant même d’avoir ouvert la porte de l’étable. Mais d’autres hurlent et se débattent, s’agitent au moindre mouvement du nouveau-né. Elles peuvent être dangereuses pour lui et l’écraser, mais ce manège cesse dès que le veau est sec et se met debout. Parfois pour le première tétée les coups de pieds pleuvent et il faut les contenir à l’aide de la mouchette. D’autres seraient dangereuses pour moi et je dois être sur mes gardes pour donner le jeune à lécher. Comme quoi il est important de connaître chaque animal.
Les deux ou trois vêlages de printemps ou d’été passent rarement inaperçus. En effet, on dirait que les vaches prennent un malin plaisir à accoucher un jour de réjouissance (communion, mariage, fête) alors qu’elles auraient pu faire ça un autre moment. Ce n’est pas systématique bien sur, on retient surtout ces jours là, mais les confrères ne me contrediront pas. On a tous été confrontés à ce problème. Cette année encore, j’avais une soirée prévue le 5 août à 19h. Vers 16 heures, premières contractions pour la dernière à vêler, accouchement vers 19h avec véto. Inutile de vous dire si la soirée s’est bien passée.
Mais c’est comme ça le métier d’éleveur. Ces quelques lignes n’en sont qu’un petit aperçu. Je pourrais écrire un livre, un gros même; tiens il faudrait peut être que je m’y mette !
A bientôt.
Oui, il faudra (c’est un futur…, donc obligatoire…) que tu t’y mettes, Bernard !! Tes amis éleveurs ne te contradiront pas, c’est sûr! C’est exactement cela, mais,bon sang, que la généalogie est compliquée, parfois….Chez nous aussi, toutes les vaches sont à l’abri et nous attendons avec impatience leur vêlage… et leurs réactions!!!!
Merci pour ce billet. Tu parlais de vaches ? Ah bon !! je connais bien des personnes qui ressemblent à tes vaches, comme quoi…
Je ne me lasse pas de les regarder (tes vaches, pas les êtres humains, hihi!!!) Bonnes fêtes.
Bravo pour ce site . Belle technique !
C’est plutôt bien la vie de vache au Vernois .J’ai reconnu beaucoup de traits communs avec certains humains que je ne nommerai pas .
Comme tu en parles bien de tes vaches! Que de similitudes avec les humains! En lisant ton billet je me suis retrouvée dans la cour de l’école et il m’est revenu plein de prénoms enfantins en mémoire !!!
Est-ce que le fait de passer l’hiver en stabul ne modifie pas les contacts que tu peux avoir avec elles? Ne sont-elles pas plus « sauvages »?
Nous vous souhaitons à tous de joyeuses fêtes et surtout pas de vêlages les soirs de réveillon!!!!
Vos articles sont passionnants et dévoilent une vie que nous ne connaissions pas du tout il y a peu. De plus, pas mal de similitudes dans vos propos et votre manière de travailler avec notre voisin éléveur et voisin des bredins.
Bonne continuation et joyeux Noêl à toutes votre famille.