La bonne année - 28 décembre 2007
Un paysage d’hiver comme enfants et petits-enfants auraient aimé le voir mais cette année la neige n’est pas au rendez-vous. Pourtant quand j’avais leur âge je me souviens de Noëls très enneigés, très froids. Avec mes cousins venus de Paris c’était des jeux dans la neige et même des parties de hockey sur glace (avec du matériel made in Vernois) sur les étangs gelés.
Il a fait tellement beau que le taureau Boud a passé les fêtes de Noël au pré
Quelques génisses sont également restées dehors.
Et celui-là qui se cache, l’avez vous reconnu?
Et le coq sous son arc de triomphe
Ces photos, cartes de bons voeux pour souhaiter une très bonne et très heureuse année 2008 à toutes les lectrices et lecteurs fidèles à ce blog; Et comme on dit chez nous en s’embrassant sous le gui, bonne année, bonne santé.
A bientôt
Les vaches - 21 décembre 2007
C’est un billet qui s’adresse plutôt aux gens qui ne côtoient pas ces charmants animaux et je pense que bien des éleveurs de bovins trouveront des similitudes avec ce qui se passe dans leurs élevages.
Déjà il faut dire que je connais toutes les vaches. Quand je dis vache, c’est la reproductrice. Une bonne mère peut rester 10 voire 12 ans sur la ferme, on finit par se connaître. En voyant un troupeau de vaches blanches vous pourriez croire que ce sont toutes les mêmes. Mais aucune n’est semblable, je les reconnais comme vous reconnaissez votre voisin de palier, votre boucher ou la maîtresse des enfants. On distingue une jeune d’une vieille au premier coup d’oeil. Puis il y a la différence de robe, poil frisotté ou plat, très blanc, un peu ocré ou froment. On les différencie par la taille, la stature, la forme (plutôt viandée ou plutôt osseuse). Les cornes, si elles ne sont pas coupées, plus ou moins blanches, plus ou moins longues, grosses, droites ou courbées, “chevrotes”(très relevées) ou “cabettes”(en biais vers le sol) sont des bons critères pour les identifier. Puis bien sur il y a la tête, le regard, l’expression du visage qu’on retrouve parfois de mère en fille. Dans certains élevages toutes portent un nom.
Venons en aux animaux, à leur caractère; la plupart sont douces, dociles, faciles à manipuler, elles se laissent caresser et viennent quémander une friandise. Certaines sont méfiantes, toujours sur la défensive, et peuvent parfois devenir sauvages, mais je ne les garde jamais longtemps.
La bagarreuse toujours prête à en découdre défie la première qui passe à sa portée même si elle ne gagne pas toujours.
L’emmerdeuse est capable de foutre la pagaille dans un troupeau en quelques secondes. Pour une raison connue d’elle seule, elle dresse le cou, baisse légèrement la tête et court dans toutes les directions, finit par entraîner les plus dissipées et c’est la dispersion de la bande.
Celles que j’appelle les réfractaires à la barrière, me donnent du mal à les sortir du pré.
Pour les vêlages toutes n’ont pas le même comportement. Les maternelles qui s ‘occupent bien de leur veau, le lèchent et l’appellent doucement. Souvent cet appel me laisse deviner qu’un veau est né, avant même d’avoir ouvert la porte de l’étable. Mais d’autres hurlent et se débattent, s’agitent au moindre mouvement du nouveau-né. Elles peuvent être dangereuses pour lui et l’écraser, mais ce manège cesse dès que le veau est sec et se met debout. Parfois pour le première tétée les coups de pieds pleuvent et il faut les contenir à l’aide de la mouchette. D’autres seraient dangereuses pour moi et je dois être sur mes gardes pour donner le jeune à lécher. Comme quoi il est important de connaître chaque animal.
Les deux ou trois vêlages de printemps ou d’été passent rarement inaperçus. En effet, on dirait que les vaches prennent un malin plaisir à accoucher un jour de réjouissance (communion, mariage, fête) alors qu’elles auraient pu faire ça un autre moment. Ce n’est pas systématique bien sur, on retient surtout ces jours là, mais les confrères ne me contrediront pas. On a tous été confrontés à ce problème. Cette année encore, j’avais une soirée prévue le 5 août à 19h. Vers 16 heures, premières contractions pour la dernière à vêler, accouchement vers 19h avec véto. Inutile de vous dire si la soirée s’est bien passée.
Mais c’est comme ça le métier d’éleveur. Ces quelques lignes n’en sont qu’un petit aperçu. Je pourrais écrire un livre, un gros même; tiens il faudrait peut être que je m’y mette !
A bientôt.
Hivernage - 16 décembre 2007
Dans mon dernier billet je me réjouissais du beau temps qui prolongeait le séjour au pré des animaux mais cela a été de courte durée. Les pluies abondantes m’ont obligé à rentrer tout le monde ou presque à l’étable. J’ai fait ça avec l’aide de Mathieu un ouvrier du service de remplacement. Quand il pleut beaucoup à cette saison, la végétation n’est plus là pour pomper cette eau, les vers remontent la terre à la surface et rapidement les animaux ne trouvent pus rien pour se nourrir, plus guère de place pour se reposer. Les haies défeuillées n’offrent plus d’abri des vents. Les endroits où je les nourris deviennent rapidement des bourbiers. Cette année les vaches ne se sont pas fait prier pour sortir des prés, même les plus vieilles,plus rusées, qui habituellement semblent ignorer la barrière ce jour là.
Je me doute bien que pendant 4 mois à l’attache elles ne doivent pas être trop bien, mais elles savent ce qui les attend et aucune ne renâcle pour entrer et se mettre en place. Je prends soin quand même de placer une vache aux pattes sensibles à un endroit où elle ne sera pas gênée pour se reposer. Je ne vais pas mettre une petite vache craintive à coté d’une bagarreuse qui sait se servir de se cornes et va la martyriser tout l’hiver et l’empêcher de se nourrir correctement. J’en ai une presque aveugle, elle est à la porte et profite de la lumière du jour et du soleil. Elle voit mieux que dans la pénombre de l’écurie. Le taureau est dans son coin, l’ancien abat-foin,qu’on appelle aussi “mêleu”ou “môlu”. Autrefois on y faisait descendre chaque jour le foin stocké en vrac dans le fenil au-dessus. Des fois, il parait qu’il se passait de drôles de choses dans le môlu ??. Treize privilégiées passeront l’hiver dans la grange en stabulation libre. C’est ce système d’ hivernage que l’on prône actuellement. De grands bâtiments spacieux, fonctionnels, qui facilitent bien le travail et permettent à un seul homme d’élever beaucoup plus d’animaux. N’empêche, c’est quand même dans des bâtiments comme les miens, désuets aujourd’hui, que depuis des centaines d’années la race charolaise a acquis ses lettres de noblesses.
Dans la journée le gros du cheptel est à l’abri. Seules les génisses de 18 mois resteront encore un peu dehors à Bussière dans un pré qui convient . Le terrain est sain et bien protégé des vents. Une fois les écuries de Vernois remplies on a transporté les animaux restants au Murger en faisant attention d’ emmener les mères qui vêleront plus tardivement .Et le soir premier repas sec.
Une journée bien remplie.
A bientôt.
Fin de campagne - 7 décembre 2007
Cette fois l’hiver est proche et la végétation s’est mise au repos. Les feuilles ont fini de tomber et l’herbe ne pousse plus. Comme j’avais sevré les veaux il y a 3 semaines,j’ ai pu laisser vaches et génisses au pré jusqu’à présent. C’est assez exceptionnel pour une ferme comme Vernois aux sols argileux. Maintenant c’est la pluie ou la neige qui va m’obliger à “acrècher”. L’herbe se fait rare et les animaux ne trouvent plus suffisamment leur vie. Aussi chaque matin j’apporte du foin à tous les troupeaux ,réduits au minimum,dans chaque pré. Pour cela je transporte avec le tracteur des balles qui nourriront plusieurs jours dans les parcelles éloignées. Pour les petites bandes plus proches je me sers du quad avec remorque. C’est très rapide et souple d’emploi. La ration de foin est la bienvenue les matins de mauvais temps ou de gelées blanches (photo ci-dessus) La distribution le long des haies ,des clôtures, ou du parc limite le gaspillage. S’occuper des broutards dans les bâtiments et des adultes à l’extérieur demande beaucoup de temps. Les matinées sont bien occupées.
Dernièrement j’ai fait curer les fossés du Grand Pré,sur 300-350 m,et celui qui descend de l’Ouche Laumy et traverse la Pature de joncs sur environ 300 m également. Ils en avaient vraiment besoin. J’aurais du le faire l’an dernier ,voire en 2005. Ils étaient pleins à ras bord et n’assuraient plus leur fonction. Les animaux avaient défoncé les berges et les alentours étaient bien marécageux par endroits. Mais la pelle à chenilles pilotée avec dextérité par Elisée a fait des merveilles et maintenant l’eau s’écoule très bien. Le terrain va s’assainir autour; il va falloir que je pense à refaire les rigoles. En une journée et demie tout était fait. Quand je pense que j’ai vu mon père et le commis faire ce travail à la main, avec pelle, pioche, et coupe-rigole ! Le débit n’était pas le même. Mais dans la Pature de joncs ce travail manuel permettait de prendre une friture de goujons,vairons,et “moutelles” à mesure que le chantier avançait. C’était une autre vie.
A bientôt




