L’agriculture au féminin - 30 mai 2007


Il est bien loin le temps où la femme de la ferme avait un rôle plutôt ingrat. En général, c’est elle qui s’occupait de la basse-cour, des chèvres, de traire la vache laitière et conditionner le laitage quand ce n’était pas soigner les cochons. Mais elle devait aussi tenir la maison sans confort ni modernisme, s’occuper des enfants et nourrir une maisonnée importante. Souvent elle devait cohabiter avec ses parents ou beaux-parents,un beau-frère, des commis,etc. Les sorties étaient très espacées car il n’était pas rare qu’elle n’ait pas le permis de conduire.
Comparer ce mode de vie que j’ai connu dans ma jeunesse avec celui d’aujourd’hui, c’est vraiment sauter du coq à l’âne. Maintenant la femme du paysan veut travailler à l’extérieur,avoir son indépendance,son salaire ,sa voiture,symbole de liberté. Il n’y a guère que les gens de mon âge qui ne soient pas touchés par ce phénomène et rares sont les exceptions dans la jeune génération. Toutefois on commence à voir des jeunes femmes motivées, diplôme agricole en poche,revenir à la terre et assumer le travail d’agricultrice à part entière. Et c’est tant mieux.
Pour ma part, je me dis que pour travailler à l’extérieur, il faut que le jeu en vaille la chandelle. Enlevés les frais de déplacement depuis nos fermes isolées,enlevés les frais de garde des enfants, si l’activité n’est pas largement rémunérée il ne reste pas grand chose à la fin du mois. Et c’est sans compter l’absence de productions vivrières,les bons produits fermiers, derniers privilèges de la vie à la ferme. Mais de toute façon, pour certaines, l’important est de vivre comme leurs amies aux moeurs citadines.
A contrario si le salaire est conséquent il est parfois le bienvenu pour pallier au surendettement de l’exploitation agricole du jeune mari installé depuis peu. Chez certains c’est tout simplement une source de revenus complémentaires. Quoiqu’il en soit cette façon de faire a sauvé du célibat bien des gars de nos campagnes.
Pour moi, quand l’épouse est partie la plupart du temps c’est la maison, la ferme,qui perd un peu de son âme. C’est une situation que je n’ai jamais connue et que je n’aimerais pas connaître. Chantal est toujours restée et je pense qu’elle n’a pas été si frustrée que ça et je vais lui laisser raconter sa façon de vivre à” la ferme en Bourgogne”
A bientôt

Ah! La vie à la ferme! Je peux vous en parler!!!! Mais à ma façon. Et bien moi je suis une femme au foyer bien de chez nous. Arrivée à Vernois à dix neuf ans(encore une gamine!)…….bien que née à une quinzaine de kilomètres dans une ferme, je ne connaissais pas grand chose de la vie…..à Vernois j’ ai trouvé des beaux parents charmants, un beau frère encore enfant et une grand mère de quatre vingt dix sept ans.Imaginez la situation! Nous logions tous sous le même toit.Il fallait bien quand même faire sa place …..Ce fut un peu éprouvant mais quand on est jeune!…..Je travaillais à Autun mais mon instinct maternel à remporté et j’ ai élevé mes enfants “tant bien que mal”.puis il a fallu grandir, mûrir, ça la vie s’ en charge! Les bons conseils d’ une belle-mère presque parfaite (cuisinière,ménagère etc…) j’ en ai appris des choses au près d’ elle environ deux ans.Puis je me suis mise à tenir une petite basse cour(volailles,chèvres,etc….)
Et nous voici en 2007,contrairement à ces femmes qui travaillent à l’ extérieur, je gère mon temps,mes rendez-vous,même l’ imprévu.Je suis disponible pour les courses “genre”aller chez le vétérinaire, chez le mécanicien, manipuler les bêtes à l’ occasion(pas les taureaux, bien sûr…..)J’ ai beaucoup de liberté,j’ aime tricoter, faire du vélo, de la gym d’ entretien .Pas de soucis pour la scolarité des enfants (réunion de parents, grèves de train, vacances) j’ étais là.Je jardine un peu,tenez sur ce je vous laisse un petit moment pour cueillir mes premières patates avec une salade du jardin et des fraises.Cela n’ a pas la même saveur que les plats cuisinés de la grande surface! Bernard apprécie beaucoup de ne pas être seul pour déjeuner. si par hasard je m’ évade une journée, il sait cuire les oeufs et dans le réfrigérateur,un petit dessert l’ attend.Il adore ça!Je suis là pour recevoir les visites,surveiller une vache qui va vêler,une présence à la ferme le sécurise s’ il s’ absente quelques heures.

Je vais arrêter de parler de ma vie assez banale. Vous, les femmes qui partez tous les jours de votre foyer, dites moi ce que vous en pensez et est-ce un choix ou une obligation?

Bonsoir, et à bientôt.
chantal

Cultivar - 23 mai 2007


Merci au magazine Cultivar qui consacre une page au “Journal d’une ferme en Bourgogne” dans son hors-série de mai. Vous pouvez lire cet article en cliquant sur l’image ci-contre.
Merci aussi à Amélie Lavoisier qui signe ce papier. Il m’a été très agréable de collaborer avec elle.
Bienvenue aux lecteurs de Cultivar à qui je souhaite un bonne visite sur le blog
A bientôt

Une journée en forêt - 20 mai 2007

Une journée en forêt, oui mais ne vous méprenez pas,ce n’était pas une promenade de santé. Pourtant le cadre s’y prêtait bien. J’ai profité d’un congé de mon beau-frère Alain pour ” l’embaucher” une journée et de la disponibilité d’Antoine, surnommé Touène, pour débarder et scier en billes d’un mètre des arbres que j’avais abattus et ébranchés durant l’hiver. A 9h30 nous sommes à pied d’oeuvre et comme j’avais préparé le chantier la veille en dégageant une place pour recevoir les troncs et empiler les billes de bois,le travail peut commencer de suite. Cela consiste à aller chercher les arbres abattus dans une coupe à une centaine de mètres de là, les accrocher à l’aide d’une chaîne et les tirer avec le tracteur jusqu’à la plate-forme où Touène attend,tronçonneuse en main pour les débiter. Et tout le matin le ronflements des moteurs des tronçonneuses et du tracteur résonnent dans la forêt. De temps à autres il faut s’arrêter pour empiler le bois scié. il faut penser aussi à refaire les pleins et affûter les lames. C’est Alain qui s’en charge.
A midi le chantier a bien avancé et nous ne sommes pas mécontents de voir arriver Chantal nous apporter la marande. La table est vite dressée. Un plaid posé au sol et je scie des rondins de bois pour faire des sièges. On ne se fait pas prier pour déguster le repas. Au menu, salade de riz oeufs durs, quiche, fromages de chèvres, tarte à la semoule (encore tiède) en dessert ,le tout arrosé par une bonne bouteille. Pas mal, non?
Le repas englouti , trop rapidement à mon goût, les activités reprennent aussitôt. Mais en milieu d’après-midi, on a tous un peu moins d’entrain. La fatigue se fait sentir; la tronçonneuse se fait plus lourde, les morceaux de bois plus durs à manier,la pente du terrain devient casse-pattes, et le soleil très chaud n’arrange rien. Les arrêts sont plus fréquents et les pauses- boisson son bienvenues
On n’attendra pas la fin de journée pour rentrer à la maison, complètement fourbus. De toute façon on n’aurait pas eu le temps de tout faire. Et à la ferme des vaches et des veaux m’attendaient pour les derniers soins et j’ai pu les remmener dans leurs prés respectifs, soit à pied, soit en remorque. Histoire de terminer cette journée-muscu.
A bientôt

Les étables enfin vides - 12 mai 2007

Ce n’est qu’aujourd’hui que je peux dire que tous les animaux sont partis au pré. Les bâtiments sont enfin vides. Si le gros du troupeau est dehors depuis fin mars, début avril, il y avait encore des retardataires. Les vêlages tardifs entraînent le va et vient de vaches que je ramène du pré pour accoucher et de celles qui repartent avec leur veau suffisamment dégourdi pour se débrouiller seul. Mais ce qui m’a posé le plus de problèmes, c’est une épidémie de coccidiose sur les jeunes veaux. C’est un maladie due aux coccidies (c’est un parasite protozoaire qui s’attaque aux cellules épithéliales et détruit l’intérieur des intestins des animaux) qui provoque des diarrhées hémorragiques plus ou moins importantes. Le veau est très affaibli, n’assimile plus le lait,souffre et maigrit beaucoup. Il faut un traitement de 5 jours minimum mais certains sujet plus atteints sont restés plusieurs semaines en soins. Heureusement aucun n’en est mort, mais un tel épisode demande beaucoup de travail, de gros frais vétérinaires, et l’avenir commercial de ces veaux est déjà bien hypothéqué par un sacré retard de croissance.

La mise à l’herbe s’était pourtant bien déroulée et à ce sujet je ne peux pas vous laisser ignorer les péripéties que je rencontre lorsque le sors les vaches et leur veau pour la première fois. Bien sur, parfois tout se passe bien; mère et enfant partent d’un bon pas, collés l’un à l’autre, et vont exactement à l’endroit prévu. Et heureusement c’est la majorité des cas. Le tracteur et la bétaillère facilitent bien ce travail.

Mais d’autres fois, la mère franchit la porte mais le veau se bloque : peur du sol (car il ne connaît que le béton) peur du soleil qui l’aveugle, d’une zone d’ombre qui dessine une ligne par terre, voire de sa propre ombre. Il refuse d’avancer et je dois le pousser comme un brouette, essayer de lui faire sentir le pis pour qu’il reconnaisse sa mère qui l’attend et l’appelle. Arrivés dans le parc, je laisse vache et veau pour qu’ils s’accoutument l’un à l’autre. Et parfois c’est là que ça se gâte. La vache peut faire des cabrioles de joie, souffler bruyamment,mugir, ce qui apeure le veau, mais aussi gratter le sol comme une vachette d’Intervilles et envoyer de la terre et des graviers dans le yeux et la gueule du veau au moment ou il s’approche de la mamelle (très dissuasif) mais aussi lui décocher un bon coup de sabot dans la mâchoire. Alors c’est retour à l’étable. J’essaierai à nouveau le lendemain.

Quand tout semble bien aller, j’ouvre la barrière et pour un veau se retrouver face à l’immensité du pré, du vide je pense, ou tout simplement fouler l’herbe, peut être un grand facteur de stress et ses réactions son très diverses. Après un galop d’essai il cherche refuge auprès de toute présence physique,clôture de barbelés, haie, barricade. Et si la vache s’approche de lui, il franchit tous ces obstacles comme si de rien n’était, au risque de se blesser, et complètement hagard ne pense plus qu’à retourner à l’étable, voire à se sauver ailleurs.Pendant ce temps la vache lassée d’attendre part en courant au plus loin.

J’en ai vu un cette année partir avec sa mère dans un pâturage éloigné. Je croyais que c’était gagné, mais c’était sans compter avec une bise du nord qui se lève,lui fait perdre ses repères ,les odeurs surtout. Et le voila parti au galop, il revient sur ses pas pour faire en sens inverse le chemin parcouru à l’ aller, qu’il a parfaitement enregistré, et arriver avant moi dans la cour de la ferme. A refaire. Et cela 2 jours de suite ; j’ai capitulé et l’ai mis dans un autre pré, non loin des bâtiments, après un séjour d’une journée dans le parc avec sa mère.

Une fois j’ai vu un veau s’affoler, se sauver en courant, le nez au vent, franchir tous les obstacles qui se présentaient et courir ,courir jusqu’à tomber d’épuisement,dans un ruisseau. Dans ce cas il vaut mieux ne pas le perdre de vue car il peut aller très loin. Pas facile à retrouver et dans quel état.

Combien de fois les veaux ont préféré me suivre, moi, plutôt que leur mère ! Alors je les abandonne, pars sans me retourner, un regard vers eux et c’est fichu, et me cache derrière un arbre ou un buisson, histoire qu’ils m’oublient le temps de se fondre dans le troupeau. Mais ça ne marche pas à tous les coups.

Tous ces petits soucis répétés pendant une semaine finissent par énerver et des fois ça se finit par une raclée. Ca n’arrange rien mais ça soulage. Parfois il vaut mieux ne pas insister. J’ai remarqué que certains jours tout allait mal et au contraire certains autres tout allait comme sur des roulettes. Il faut savoir profiter des journées favorables. Dans ces moments d’énervement je me dis “Si je le disais aux gens ils ne me croiraient pas”. Et pourtant c’est comme ça et même plus que ça. Il faut le vivre sur le terrain. Mais quand je vois tous les animaux dans l’herbe abondante de ce mois de mai ensoleillé, j’ai vite fait d’oublier.

A bientôt

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