Les aventures de Ptivô - 18 mars 2007
Un matin en entrant dans l’étable je trouve un veau que je ne connais pas, il tète; comme il est encore humide je vois bien qu’il est né dans la nuit et que, sans rien demander à personne, il s’est avancé vers la tête de sa mère pour se faire lécher, dès qu’il a eu la force il s’est mis à téter. C’est une femelle plutôt petite, je vais l’appeler « Ptivô ». Elle ne se doute pas du chantier administratif qu’elle va générer.
« Dis-donc Ptivô, tu as déjà deux jours, il faut que je « t’identifie » : une boucle à chaque oreille avec ton numéro matricule à dix chiffres, recto-verso. On ne risque pas de te louper ! C’est horrible ces plaques oranges, on dirait la vache qui rit en plus moche. Ca doit faire horriblement mal et être très gênant (pas plus qu’un piercing).
Déjà une semaine que tu gambades, je dois te déclarer par un formulaire spécial : le document de notifications (numéro, race des parents, date de naissance, numéro de la mère etc..). A partir de ce jour tu es rentrée dans les ordinateurs. L’administration ne te lâchera plus. Tu ne seras pas un « sans papier » comme ces gens, des humains pourtant qui viennent d’un autre pays, et dieu sait s’il t’en faudra des papiers !
Même si tu venais à mourir il faut appeler l’équarrisseur. Tapez 1 ton numéro, Tapez 2 le mien, Tapez étoile, Tapez #, Tapez 3. Je-n’ai-pas-com-pris- dit la voix synthétique, Tapez m—- Mais il le faut bien si je veux avoir mon attestation délivrée par l’ordinateur qui va prévenir l’administration, et là encore document de notification, numéro, race date du décès etc..
Ptivô a un mois. Tiens j’ai reçu ton passeport, eh oui, il t’accompagnera ta vie durant pour que tu puisses circuler partout même en Europe. La carte verte détachable y est jointe, je dois la dater et signer le jour de ton départ si je viens à me séparer de toi. (Attention je n’ai même pas le droit à la moindre rature.) Elle fera le lien entre ton nouveau propriétaire les services vétérinaires dont il dépend. En plus, maintenant tu es répertoriée dans mon livre des bovins de mon exploitation que je recevrai en cours d’année.
Dis donc Ptivô tu ne tètes pas, oh mais t’as l’air tout bizarre.. Allez véto ! Tu sais ce qu’il a dit ? Grippe : quelques antibiotiques et le tour sera joué. Mais attention, je dois conserver l’ordonnance et la description des soins dans mon dossier sanitaire et conserver le tout pendant… 5 ans. Imagine pour tout un troupeau !
Qu’est ce qu’il y a Ptivô, tu as faim? Le lait ne te suffit plus? Bon, je vais t’acheter de l’aliment premier âge. Et tu sais quoi? Il faut que je conserve l’étiquette de cette nourriture pendant 5 ans pour la présenter à tout contrôle. Des fois que je t’aurais fait ingurgiter des substances interdites !
Le printemps est là, le grand jour est arrivé, tu vas partir au pré avec ta mère dans un troupeau de vingt vaches et du taureau Pipo. Et bien là encore paperasse, tenir à jour le cahier de pâturage : nom de la parcelle, date d’entrée, nombre d’animaux, date de sortie. J’irai te visiter tous les jours.
Mais Ptivô qu’est ce que t’as foutu? Tes boucles d’oreille? Perdues dans les barbelés et les buissons? En jouant avec « le grand blond »? T’en aurais perdu une seule passe encore, je l’aurais commandée sur le document de notification. Mais les deux : il faut que je prévienne le service concerné. Tu vois, un monsieur de Mâcon qui ne te connaît même pas d’ailleurs, va venir exprès t’en apporter des nouvelles, alors prends en soin. Pleure pas, elles ne sont pas solides ces boucles, il s’en perd des dizaines dans l’année; un tracas de plus pour moi car tous les animaux doivent les avoir en permanence, ce qui relève de l’impossible.
En fin de compte, de nous deux, c’est toi la plus heureuse Ptivô. Tu vois le casse-tête auquel je dois faire face seulement pour ta première année de vie auxquelles s’en ajouteront d’autres par la suite. Et tu sais j’ai intérêt à tout respecter, ce que je fais du mieux que je peux, sinon en cas de contrôle par l’administration la sanction pécuniaire s’abattra sur moi ».
A bientôt.
Ptivô a l’air très mignonne !
Elle doit être douée pour avoir tété toute seule. Je ne savais pas que c’était aussi complexe ! J’espère que je la verrai pendant les vacances.
Camille (9 ans).
Bravo!!
Qu’en termes drôles ces choses-là sont dites!!!Il est vrai qu’il vaut mieux tenter d’en rire que d’en hurler.
Et encore, vous en avez oublié: quelle quantité de fumier sur les terres où broutera Ptivô…etc…
eh bien ! c’est bien compliqué d’élever ces ptites bêtes (enfin petites… pas pour longtemps
).
Il faut une vraie salle des archives pour stocker toute la paperasse d’une ferme, c’est fou ça !
mais comment en est-on arrivé là ?
superbe billet en tout cas !
Je découvre votre blog avec ce billet. Que de paperasse pour cette chère Ptivô! Je ne savais pas que c’était aussi complexe… Merci beaucoup de nous faire découvrir tout cela.
salut !
Je suis fille d’éleveur et technicienne caprin. Je lis ce blog toutes les semaines. Vous avez une jolie façon d’essayer de sourire de toutes nos tracaseries administatives.
Votre blog est super j’ai l’impression de lire ma vie et celle de ma famille.
encore bravo
et surout bonne continuation
salut bernard et bravo pour tes envolées lyriques… je suppose que ce retour du froid a du te tenir un peu plus dans ton bureau et tu en profites pour t’éclater un peu, quand je pense que l’on entend encore des réflexions un peu nunuches sur les paysans, (manque d’ouverture, de culture etc,..) les pauvres ignorants sont loin de se douter de l’empleur des activités qu’un agriculteur doit effectuer dans une journée. au fait si tu lis ce message avant 13 h regarde les infos de 13 h il y a un reportage sur la charité, on devrait voir ma petite boutique bises coco
coucou bernard
vite fait je me suis dit il faut que j’aille voir bernard !
ah bravo comme ces choses là sont bien dites avec humour !
C’est vrai que tous ces tracas administratif sont un poids énorme sur le moral des agriculteurs et lorsqu’il faut en parler autant le faire avec humour, pour essayer d’oublier cette épée de damoclès qui est en suspens au dessus de nos têtes à la moindre erreur … et j’ai bien dis erreur et non pas fraude !!
enfin il faudrait des pages et des pages sur ton blog pour faire comprendre le poids de l’administratif sur nos épaules d’éleveurs qui ont choisi ce métier pour la nature et les animaux et non pas pour rester dans un bureau !!
Et l’informatique s’il nous rend la charge un peu moins lourde ( nous nous déclarons par internet la naissance des petits veaux) n’est pas la solution complète car on a toujours ces papiers à garder quand même … ou est l’économie?
Longue vie à ptivô et qu’elle est une superbe descendance !!
Cathy
Pauvre Ptivo, déjà sous le poids des lourdeurs administratives, et c’est pas fini, tu seras suivie et tracée toute ta vie… Je découvre ce blog via Blog à part, sûr que je vais revenir lire bientôt.
Que c’est joliment dit ! Cà en serait presque poétique si cette règlementation n’était pas si ridicule…
Merci de faire découvrir cette réalité du métier des éleveurs en ces termes !
bonjour!
Je viens de découvrir ce blog par l’intermédiaire de « france agricole », j’ai lu quelques uns des billets et celui ci me plait particulièrement. Je trouve ça super de faire découvrir ce métier ainsi. J’espère que Ptitvô se porte bien et vous aussi bien sur!
bonjour !!
je m’appelle Mathilde et j’ai 15 ans. J’aimerais beaucoup passer mes vacances d’été 2007 dans une ferme avec ma meilleure amie.Donc je voudrais savoir si tu pouvais me conseiller quelques choses.
Merci beaucoup.
Bonjour Mathilde
Essaie de te renseigner auprès de la Mutualité Sociale Agricole ou de la Chambre d’Agriculture du département où tu aimerais aller (en général basées à la préfecture du dpt concerné)et google doit bien savoir
Chez moi ce n’est pas possible et je ne connais personne dans mon entourage