Quand il n’y avait pas la télé - 25 janvier 2007
Il y a des fois je me demande ce qu’on pouvait bien faire autrefois pendant les soirées d’hiver du fait qu ‘il n’y avait pas de poste de télé à la maison. Maintenant la regarder est devenu une véritable addiction. Ah si on avait loupé un épisode de feuilleton ou un prime de la star’ac!! Pourtant les soirées étaient bien occupées. Déjà elles étaient moins longues, on allait se coucher plus tôt qu’à l’heure actuelle. Il faut dire que souvent il y avait 3 générations dans la maison et parfois un commis qui faisait partie de la famille ; quelle animation, il y en avait toujours un qui avait quelque chose à dire , à faire , à faire voir. On passait de nombreuses soirées à faire d’interminables parties de” petits chevaux” ,de dames, de cartes, avec tout ce que cela comporte:un qui en a marre parce qu’il n’a pas de jeu,un qui ” filoute”, un mauvais perdant etc…D’autres fois les hommes faisaient des paniers et des rasses ;du jeune châtaignier coupé dans une forêt voisine pour faire le bâti et de l’osier (on dit des gilles,pourquoi ? je ne sais pas) qui pousse au bord du ruisseau (photo ci dessus ) pour le tresser. On en utilisait en grand nombre pour la récolte des patates et des betteraves et l’hiver pour distribuer la nourriture aux animaux.Il fallait fendre les tiges, les dégrossir, les travailler pour les rendre malléables et souples,c’était tout un art. Il en fallait aussi pour la maison, pour les oeufs, les fruits, faire les courses, bien plus fins ceux-ci ,le bois et l’osier étaient écorcés pour donner un beau panier blanc; Pendant ce temps les femmes tricotaient, faisaient de la couture, raccommodaient des habits, reprisaient des chaussettes. Parfois la grand mère nous racontait des histoires qui parlaient de loups ou de Prussiens……
Et puis, au moins une fois par semaine c’était les veillées chez les voisins ou dans la famille.On n’hésitait pas à se rendre à pied dans le voisinage ou à bicyclette si c’était plus loin puis vint la voiture, c’était beaucoup mieux. Et à chaque fois c’ était le même processus. Les femmes s’installaient vers le poêle pour papoter tranquillement, les hommes autour de la table et s’ils étaient assez nombreux c’était la partie de coinchée en discutant. Puis vers 23h, 23h30,les hommes partaient dans les étables ou le paysan était fier de montrer ses animaux, les vanter,en donner les origines; c’était pour moi le moment désagréable de la veillée surtout par les nuits glaciales. Mais quand on revenait à la maison, la table avait été dressée pour un collation copieuse :charcuterie,fromages, tartes,le tout bien arrosé, le café et bien sur la goutte. Et tard dans la nuit c’était le retour à la maison. Dans les semaines qui suivaient c’était à notre tour de les recevoir pareillement et même mieux si possible. Cela faisait un divertissement dans la semaine, et ce divertissement la télé l’ a apporté à domicile, donc moins envie d’aller le chercher ailleurs, les visites se sont espacées,les habitudes se sont perdues, les esprits ont changé,les veillées ont disparu comme beaucoup de liens sociaux d’ailleurs, et c’est bien dommage.
A bientôt.
un grand merci - 21 janvier 2007
Bonjour et bienvenue aux visiteurs de agri-mail et merci à JC Balandonne pour son article élogieux sur le journal d’une ferme en Bourgogne.
Une journée ordinaire - 18 janvier 2007
Aujourd’hui c’est d’une journée banale de cette période hivernale dont je veux vous parler. Donc, à 6h15 je quitte la maison ; un coup d’oeil à l’étable attenante à la maison si il n’y a rien de nouveau depuis ma visite nocturne vers 3h, puis à la porcherie où je mets la vis d’alimentation des nourrisseurs en marche et donne un regard à chaque loge, il y en a 22, pour détecter toute anomalie. Ensuite c’est le nourrissage des bovins suivant un trajet bien établi ; d’abord les broutards et les vaches du bâtiment face à la maison, ensuite je prends ma voiture, direction ma stabulation libre à broutards à coté de l’habitation construite par mes parents ; les animaux y sont en liberté dans 6 cases et je remplis les auges de foin. Puis en route pour le hameau du Murger où m’attendent dans une étable entravée 34 vaches à l’attache hollandaise où je dois donner du foin et nettoyer les grilles des fosses à lisier. Ensuite retour à Vernois ou je m’occupe des 36 bovins qu’abrite mon écurie ancienne, là aussi alimentation et nettoyage du fumier qui est sorti à l’extérieur par l’évacuateur automatique. En général le matin je n’ai que du foin à distribuer et nettoyer les 2 étables entravées, tout est prêt de la veille mais il faut compter 2 bonnes heures quand même pour tout faire.
Après un copieux petit déjeuner bienvenu il est environ 9 heures, j’ai donc 3 bonnes heures devant moi pour des travaux divers comme par exemple faire de l’entretien de matériel ou de batiment couper du bois ou comme ce matin réparer un abreuvoir qui fonctionne mal. Puis vient le repas de la mi-journée. A cette saison je ne ressors de la maison pas trop avant 14 heures pour continuer ou terminer le chantier commencé la matin. Vers 15 h 30 il est déjà temps pour moi de retourner au pansage mais cette fois c’est bien plus long et pénible que le matin.
Pourvoir les étables en foin, paille, enrubannage qu’il faut déballer. Préparer les céréales à moudre, les passer à l’aplatisseur, les transporter vers les écuries, pailler les cases où les animaux sont en liberté, et bien sur distribuer foin farine et granulés à tous les animaux (environ 150 tous ages confondus ) et recommencer le nettoyage des 2 étables entravées, faire téter les petits veaux.
Cela représente environ 5 balles de foin de 1,20 m de haut sur 1,20 m de diamètre 1 à2 balles de paille 300 à 350 kg de céréales aplatis et granulés, le tout distribué manuellement. Cela représente un sacré effort physique et un petit coup de main de Chantal est vraiment le bienvenu. Mais cela résulte d’un choix qui avait été celui de ne pas moderniser la ferme à outrance, et de se lancer dans de gros investissements qui auraient plombé la trésorerie pendant longtemps. Mais tout compte fait, vu la tournure que prend l’élevage des bovins, je crois que je ne regrette pas sachant pourtant que demain la même journée m’attend.
A bientôt.
La prophylaxie - 11 janvier 2007
Tout d’abord une devinette; quel est cet animal étrange endormi (sur la photo ci-contre) avec lequel je me suis retrouvé nez à nez en allant voir mes génisses à Bussière ? Au début je croyais avoir à faire à un ours de Nelly, à g p s incorporé, qui s’était égaré en regagnant la Slovénie à pied mais quand même je suis un peu loin des Pyrénées, solution dans la galerie photo.
La prophylaxie c’est quoi? C’est un ensemble de mesures prises au niveau national pour la prévention des maladies des animaux visant à conserver un cheptel le plus sain possible. C’est un acte important dans la gestion sanitaire d’un troupeau et il faut s’y plier chaque année durant la période hivernale. Mais c’est comme ça qu’on a pu éradiquer les maladies responsables d’épizooties qui décimaient les troupeaux. Il y a quelques années encore c’était le dépistage systématique sur tous les animaux de la tuberculose, la vaccination contre la fièvre aphteuse, le varron, aujourd’hui disparu, l’analyse sanguine pour dépister la brucellose, la leucose etc… Maintenant la prophylaxie annuelle est réduite à sa plus simple expression; les vaccinations ont été abandonnées (Bruxelles et le commerce international obligent) la tuberculine (cuti) aussi. On ne pratique plus les prélèvements sanguins que sur les animaux de plus de 2 ans pour faire la recherche de brucellose, leucose et I B R (rhinotrachéite infectieuse bovine). Seulement quand le pépin arrive c’est l’abattage du troupeau. Mais c’est à ce prix que l’on peut produire une viande sure et de qualité.
Aussi rendez-vous a été pris avec le vétérinaire, j’ai relevé tous les numéros d’identification des vaches et des taureaux pour comparer avec le listing envoyé par le Groupement de Défense Sanitaire (organisme professionnel chargé de faire le lien entre l’administration et les éleveurs) et le jour dit c’est une charmante jeune vétérinaire nouvellement recrutée par mon cabinet veto habituel qui est chargée du prélèvement qui se fait sous la queue de l’animal; il faut enfoncer l’aiguille entre deux vertèbres pour trouver les vaisseaux sanguins. La méfiance que j’ai envers ces jeunes femmes sorties récemment des écoles s’estompe rapidement quand je constate l’adresse avec laquelle elle procède. Du coup les vaches restent impassibles à quelques exceptions près et parfois la belle veto est un peu malmenée mais dans l’ensemble tout s’est bien passé. On colle une étiquette avec le “code barre” correspondant à l’ animal sur chaque tube de sang et le tout sera envoyé au laboratoire vétérinaire départemental pour analyses. Il n y a plus qu’à attendre les résultats. Habituellement tout est négatif et cette année je n’ai pas introduit dans mon troupeau d’animaux venus d’un autre élevage mais je croise les doigts quand même.
A bientôt.
Premiers vêlages - 4 janvier 2007
Les festivités sont maintenant terminées et il faut bien “reprendre le collier”. La dernière semaine de l’année a été bien tranquille, passée en famille, mis à part le pansage journalier qui occupe déjà bien malgré un peu d’aide de temps à autre. Tout à fait tranquille? c’était sans compter avec un génisse qui avait décidé d’accoucher……..l’ après-midi de Noël bien sur ! Heureusement pour moi, à l’issue du déjeuner traditionnel de Noël chez ma mère, je suis passé dans toutes les étables pour un tour de surveillance, ce jour là je ne les nourris qu’une fois le matin (double ration), j’ai découvert la génisse en question dans ses premières coliques comme on dit (contractions). Elle avait déjà bien piétiné la litière. Bien sûr, rien de prêt, il a fallu tout préparer dans l’urgence : vêleuse, corde, tire-pattes , produit à réanimer, seau. Je ne pensais pas avoir de naissance avant début janvier, n’ayant pas mis le taureau en contact avec les génisses avant le 1er avril. Sur le coup je pensais avoir à faire à une naissance gémellaire ou un prématuré. Ce n’est que plus tard que l’explication m’est venue. Au printemps vers la mi-mars, au lâcher d’un taureau, le pipo (on donne souvent un nom en fonction de l’élevage d’où il provient, j’ai aussi cécel et boud ) celui-ci m’avait faussé compagnie, et rejoint 5 génisses qui avaient passé l’hiver dehors. Il y était resté quelques jours et bien que je ne me sois rendu compte de rien, il avait fait leur affaire à 2 d’entre elles.
Vers 20h30 il était temps de sortir ce veau, la génisse avait bien poussé. Les pattes sortaient et s’avançaient bien mais comme elle n’arrivait pas à l’expulser toute seule j’ai placé la vêleuse et commencé à tirer. Le veau paraissait petit mais comme la mère était de petite taille également j’ai du tirer assez fort; comme souvent sur les génisses c’est la tête du veau qui a du mal à passer, mais j’ai pu le sortir. Mais je n’étais pas au bout de mes peines, le veau ne prend pas sa respiration. Dans ce cas je le pends par les pattes arrières pour faire évacuer les mucosités des voies respiratoires et après l’avoir reposé au sol, je verse de l’eau glacée sur la tête puis dans l’oreille (eh oui, c’est une méthode ancestrale mais la plupart du temps après ce traitement de choc le veau secoue la tête se débat et la respiration se déclenche ) et comme ça ne marche pas je verse quelques gouttes d’un stimulant respiratoire puissant sur les muqueuses nasales et là l’effet est radical le veau commence à respirer , lentement d’abord, tousse ,secoue la tête, et au bout de quelques minutes qui paraissent très longues le veau respire bien et se redresse, ouf ça va! je me suis fait une belle frayeur. Je le donne à lécher à sa mère, le saupoudre de sel, du coup la voisine s’y met aussi, sacré massage cardio- pulmonaire. Aujourd’hui il va très bien, c’est une belle femelle. (photo ci-dessus)
Le second c’était vendredi, la nuit. Première ronde vers 2h30, premières contractions, second lever vers 3h45 toujours rien, troisième lever 5h les pattes sortent. Celui-là je n’ai pas pu l’avoir tout seul, il m’a fallu l’aide d’un vétérinaire; il a pratiqué une épisiotomie pour faciliter le passage. Après tout s’est bien déroulé: un mâle. Cette fois c’est parti pour les naissances.
Une fois de plus démonstration est faite qu’avec les animaux on ne peut pas faire de projets même pour la vie de chaque jour et qu’il faut toujours être prêt à intervenir.
A bientôt.