Préparation à l’hiver - 30 novembre 2006

Les journées de fin novembre sont très courtes et une fois les broutards pansés, les visites faites dans tous les prés où je commence à donner du foin car l’herbe commence à se faire rare, il ne reste plus guère de temps pour d’autres travaux. J’ai quand même pu vider la fosse à lisier des porcs en début de semaine. Il était temps. Voilà déjà 2 mois et demi qu’ils sont là, ils ont bien grossi et en même temps le volume des déjections. De ce côté là je serai tranquille un bon moment,heureusement car avec ce qui est tombé de pluie je ne peux plus m’aventurer dans les prés sous peine de rester embourbé.

Les jours suivants ont été consacrés à la préparation des étables,nettoyer, vérifier et remettre en état attaches,abreuvoirs et râteliers, vider la grange et remettre en place les cornadis ; 13 vaches pourront y être logées à la place des tracteurs et matériel divers.

Heureusement l’assemblée générale de la cuma de la Tagnière a fait une coupure dans ce boulot fastidieux pour moi et qui revient pourtant chaque année. C’est toujours un moment agréable de se retrouver entre collègues,il faut supporter la litanie des chiffres du bilan et autre compte d’exploitation, mais après on commente l’activité de l’année écoulée,on envisage l’achat de nouveaux matériels et tout cela se termine par un pot de l’amitié et une discussion animée.

Samedi j’ai eu l’aide précieuse de mon frère et on a rentré une trentaine de vaches et génisses de 30 mois et sevré les derniers veaux nés en retard (fin mai). J’ai pu vider les prés les plus humides que les sabots défoncent et alléger le nombre d’animaux dans d’autres dans l’espoir de pouvoir garder un certain nombre de vaches dehors encore quelques temps ce qui serait bénéfique et pour moi et pour elles. Si il est facile d’attacher les vaches qui ont l’habitude et se laissent faire sans renâcler,elles savent pourtant qu’elles seront environ 4 mois à l’attache, il n’en est pas de même pour les génisses qui n’ont jamais connu la corde pour les capturer ou le collier qui les retient à l’auge. C’est un véritable rodéo très fatiguant et il faut être toujours sur ses gardes quand on tient au bout d’une corde un animal de 600 kg qui “tire au renard” et ne pense qu’à s’échapper. Ce n’est pas rare qu’on sorte de cette épreuve avec quelques bleus. Mais ça tient en forme

A bientôt.

Les chèvres - 23 novembre 2006


Une semaine bien calme qui vient de s’écouler sans grand fait marquant si ce n’est une grosse journée de fendage de bois plus fatigante qu’une séance de musculation
Je vais donc en profiter pour vous parler d’un petit élevage qui vit en marge des bovins, celui des chèvres, domaine réservé à mon épouse.Elles sont quatre,Lily et sa fille Blanchette,les anciennes: Caramel et Nérine, et la “cabrite” Milie appelée à remplacer une des plus âgées. C’est un bien petit troupeau comme il y en avait dans toutes les fermes ,cela faisait un petit revenu à la fermière ;maintenant ils sont de moins en moins nombreux,les jeunes femmes préférant aller travailler à l’extérieur plutôt que de s’occuper de chèvres ou alors ce sont des troupeaux bien plus important de 20,30,ou 50 et plus qui doivent être conduits de façon rigoureuse. Mais là il faut respecter les fameuses normes européennes avec laiterie(ça ressemble à un labo d’hopital) séchoir ventilé, climatisé, à l’hygrométrie régulée qui produisent de beaux fromages bien calibrés , toujours les mêmes,au goût identique, étiquetés et tout et tout ;obligatoire pour la vente aux consommateurs
Chez nous ce n’est pas ça, elles sont toujours au pré et comme elles ne connaissent ni clôtures ni haies elles disposent de plus de 40 ha autour des bâtiments ou elles peuvent choisir une herbe à leur goût, ou les jeunes pousse de buissons, de ronces ou de saule, ou jouer sur les bords escarpés de l’Arroux. L’ennui, c’est que parfois elles débordent sur les prés du voisinage, ou bien elles profitent de notre absence pour se faufiler à travers une haie et tailler les rosiers et les géraniums, à leur façon bien sur ,et ceux de la voisine d’ailleurs! Mais le jour où on voudrait partir en soirée et finir la journée plus tôt elles sont introuvables!
Mais le fromage, quel délice! onctueux et parfumés par l’herbe et les fleurs de printemps,imprévisibles l’été à cause de la chaleur,plus forts à l’automne à la saison des amours. Le séchoir, c’est un panier grillagé suspendu à une branche de poirier,exposé au vent , celui du nord qui sèche rapidement en faisant cristalliser le tour du fromage en laissant le coeur tendre, le vent d’ouest plus humide qui laisse un fromage plus mou légèrement bleui par les moisissures, la chaleur d’été qui donne un fromage sec et dur qui se conserve longtemps, le temps frais d’automne qui fait que le fromage s’entoure d’un enveloppe plissée et crémeuse, très crémeuse.Cela va sans dire que ces fromages font le régal de toute la famille grands et petits, gourmets et gourmands.C’est là que l’on se rend compte que c’est un sacré privilège de pouvoir encore bénéficier de cette qualité de vie.
Je ne peux pas terminer ce billet sans parler du bouc,magnifique animal mais à l’odeur si terrible et tenace qu’on n’ose le toucher sous peine de se retrouver parfumé pour longtemps.Septembre -octobre il faut trouver un mâle car ça ne vaut pas le coup d’en avoir un à l’année. Alors, soit on emmène les chèvres chez une voisine propriétaire d’un bouc qui veut bien les prendre en pension moyennant un prix convenu pour la saillie ,ou bien un proche de la famille peut “prêter” le sien quand ses propres chèvres sont pleines ou alors on en achète un (entre 100 et 150 euros) mais que l’on ne revend guère que 10 ou 15 euros une fois la campagne terminée. Mettre les chèvres au bouc a toujours été un souci.
A bientôt

Sevrage - 17 novembre 2006


Dans la région, fin octobre début novembre a toujours été le moment de sevrer les veaux nés en début d’année ; ils ont maintenant 9-10 mois,pèsent de 250 à350 kg,on les appelle “broutards”, on les sépare définitivement de leur mère qu’ils tètent encore en plus de l’herbe qu’ils mangent, pourtant les vaches arrivent en fin de lactation et n’ont plus guère de lait. A partir de ce moment là ils passeront l’hiver en bâtiment, en stabulation libre par cases de 10 ou 11, nourris au foin, enrubannage, céréales aplatis, et protéines du commerce (tourteaux de soja ou colza ou pois etc) ils passent d’une alimentation “humide” et lactée à un régime sec. C’est ma façon de faire mais aujourd’hui dans bon nombre d’élevages les veaux sont sevrés beaucoup plus tôt, dès la fin août et septembre-octobre pour être vendus aussitôt. C’est un autre système d’élevage qui implique d’alourdir les veaux au pré (par un complément d’alimentation) les avoir fait naître plus tôt, novembre décembre, prévoir plus d’aliments pour l’hiver, plus de bâtiments adaptés, etc… Mais le gros avantage de cette méthode c’est que ces veaux en question sont mis sur le marché bien plus tôt à des cours souvent avantageux, la vente est étalée dans le temps ce qui évite un engorgement en début d’année et une chute des prix inévitable, ce qui était le cas lorsque tout le monde procédait de la même façon que moi. Toujours est il que jeudi avec l’aide d’un ouvrier du service de remplacement j’ai sevré mes veaux. C’est une grosse journée de travail commencée au lever du jour. Il faut amener au parc de tri tous les lots de vaches de tous les prés (des km de marche), garder les veaux, ramener les vaches dans leurs prés respectifs, trier les mâles des femelles, les trier par taille, les passer par le couloir de contention pour déparasitage. Cette année j’ai opté pour la solution de facilité, un produit que je verse directement sur le dos le long de la colonne vertébrale. 15 à 25 ml selon le poids de l’animal de cet antiparasitaire agissant par voie transcutanée suffisent à détruire les vers intestinaux et pulmonaires pour tout l’hiver et les poux pour un bon moment. La réinfestation par les strongles ne peut se faire qu’au pré. Ensuite je les transporte en remorque jusqu’à leur lieu d’hébergement hivernal (voir galerie photo). On termine à la nuit.

Maintenant il va falloir supporter le concert des cris des veaux réclamant leur mère et dans les prés ceux des vaches cherchant leur progéniture. Le bruit est tel qu’on l’entend à plusieurs km ce qui permet de dire que tel ou tel voisin a procédé au sevrage. Tout rentre dans l’ordre au bout de 2 à 3 jours. Pendant quelques jours il faudra surveiller si tous s’adaptent à leur nouvelle vie, à la nourriture, s’ils ont trouvé les abreuvoirs et si les vaches n’ont pas le pis engorgé avec risque de mammite. A l’heure ou j’écris tout semble bien aller. Je n’ai plus qu’à espérer que le beau temps dure le plus longtemps possible pour laisser les vaches au pré.

A bientôt

Les foins de la Toussaint - 10 novembre 2006

Comme je le disais dans mon billet précédent j’ai fauché une parcelle de Croix de Roche pour faire du foin. Avec un tel soleil, des températures supérieures à 20°, les conditions sont idéales, je n’ai jamais vu ça. C’est bien joli de le dire, mais du point de vue économique il en est tout autrement. Que de temps passé sur la route en aller -retour (5×15 km), à atteler, dételer 5 matériels différents (on ne dirait pas mais ça prend du temps à chaque fois), à cause d’un bourrage spectaculaire (qui m’a valu un démontage) dû à une erreur d’utilisation d’un dispositif présent à tort sur la presse et tout cela pour …….. 6 balles que j’ai du mettre sous plastique, le foin n’étant pas assez sec pour une conservation en tant que tel. Il vaut mieux ne pas calculer le prix de revient du kg de foin !!! Mais c’est comme ça, ce n’est pas dans ma nature que de laisser perdre du fourrage, je m’en rappellerais et me le reprocherais en cas de disette.
Puis ce fut la Toussaint, la visite au cimetière transformé pour l’occasion en magnifique jardin fleuri.

Jeudi la fosse de la porcherie est presque pleine; après m’être procuré la tonne à lisier de la cuma de la Vallée du Mesvrin j’ ai transporté et épandu cet engrais naturel mais malodorant et tellement décrié, sur une parcelle de Croix de Roche que je n’avais pas encore déchaumé. Le lendemain j’ai attelé au tracteur le cover-crop de la cuma de la Tagnière et en un passage de l’engin j’ ai enfoui, lisier, repousses de céréales, et mauvaises herbes. Le terrain restera propre jusqu’au printemps.

En cette période de Toussaint une partie de mes enfants et petits-enfants ont passé la semaine de vacances à la ferme. A cette époque de l’année les travaux sont moins urgents et j’ai pu leur consacrer pas mal de temps. Mes petits-enfants, à chaque fois que je le peux, je les initie à ce travail qui est le mien pour qu’ils puissent garder dans leur mémoire cette façon de vivre qui est appelée je pense à disparaître dans les décennies à venir. La vie à la ferme parait beaucoup leur plaire et pour eux qui ne connaissent que la vie en grandes villes (Milan, Londres, Paris) c’est une formidable leçon de vie au milieu de leurs racines rurales.

A bientôt.

Semaine de transition - 3 novembre 2006


Une semaine plutôt calme qui vient de passer. L’hiver approche et il faut que je pense à préparer les bâtiments, ce à quoi je me suis occupé les 3 premiers jours: démonter une partie du pied de l’élévateur à fumier, le réparer, souder, remonter, enlever les poulies d’angle pour les nettoyer, les graisser, changer un roulement, etc… Je ne suis pas trop motivé et j’ai vite fait de me “déprendre”; la moindre occasion (et ça ne manque pas) est prétexte à une pause dans le travail. Il faut bien décompresser un peu. Mais en plus lundi j’ai donné les soins à mes 2 animaux malades ; la vache a pu repartir, elle ne boite presque plus et ne s’est pas fait prier pour retourner dans son troupeau. La génisse, quant à elle, n’est pas trop brillante. Et mercredi j’ai amené une vache au parc pour la conduire à l’abattoir à Autun, celle la, ce que j’ai fait dans la soirée. J’ai suivi la clôture électrique de Bussière, le vent a fait tomber des branches qui ont mis le fil à la terre et le courant a perdu de son intensité et les animaux ont vite fait de comprendre qu’ils peuvent franchir la clôture et prendre la clef des champs. Par ce beau temps ce travail prend plutôt une forme de promenade au coeur de cette nature qui glisse vers l’hiver, je prends le temps de l’observer.

Jeudi de l’inédit. J’ai ressorti le matériel de fenaison pour faucher un petit hectare de dactyle (ça ne vaut guère le coup), mais avec cette belle fin de saison il a bien repoussé et comme c’est à Croix de Roche je ne peux pas y emmener d’animaux et ça m’embête de laisser perdre ce foin. De toute façon il aurait fallu le broyer avant l’hiver. Une telle végétation aurait vite été colonisée par les mulots qui en auraient détruit une grande partie. Ou bien la verse et la pourriture en seraient venues à bout.

Vendredi, un coup de faneuse au dactyle et nettoyage de la courette devant la maison. On a trop laissé faire les arbustes et ceux-ci ont poussé anarchiquement et deviennent envahissants.

Une fois n’est pas coutume, le week-end a commencé le samedi avec une sotie dans le Jura.

A bientôt.

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