les foins années 80 - 7 juillet 2006

La semaine dernière encore dans les foins, au début pour rentrer les balles restées sur le terrain et, l’épisode orageux passé, j’ai recommencé à faucher et à récolter ; la grande chaleur facilite le travail. Je me rends compte que maintenant avec le matériel je fais ce travail tout seul et même si j’ai une aide ponctuelle de mon frère on passe toute la journée dans un tracteur sans s’adresser la parole et se voir juste à midi.

Quatre heures à Bussière, juin 83Je me souviens des années 80 ou il en était tout autrement. On faisait les foins avec une ferme voisine tenue par deux célibataires, le frère et la soeur, alors il arrivait de se retrouver à 6 personnes dans le pré ; le foin était mis en petits ballots (forme morceau de sucre) de 10 à15 kg mais on pouvait en faire 1000 dans la journée qu’il fallait mettre au fenil chaque jour, contrairement à la balle ronde actuelle qui peut rester sur le terrain plusieurs jours ; cela faisait beaucoup de manutention et de longues journées. Le matin dès 5 heures trente on était 4 ou 5 dans le fenil pour empiler les ballots on parlait, on racontait des histoires, on commentait la journée de la veille ou à venir, on refaisait le monde. Les après-midi pour charger les remorques on était nombreux, on avait de l’aide de la famille et là aussi les commentaires allaient bon train. Après 16 heures quand la fatigue commençait à se manifester on guettait du coté de la barrière la grande silhouette de la demoiselle, Nana, portant son grand cabas noir plein de victuailles dans un bras et dans l’autre un panier avec les bouteilles de vin clair et frais de Joseph qui sortaient d’une fontaine glacée toute proche ; quand elle était là on se rassemblait à l’ombre d’un chêne, chacun sortait son couteau de sa poche (si t’en n’as pas t’es pas un homme) et on faisait les quatre heures, un véritable repas que chacun attendait qui se déroulait dans la bonne humeur et la convivialité : ces fameuses quatre heures morvandelles. Et le chargement des ballots recommençait, les « faiseurs de char » rivalisaient d’adresse pour réaliser le plus gros chargement et « les chargeurs » de force pour soulever le plus haut possible ; le soir on amenait tout à la ferme et après un rapide bouillon chacun rentrait chez lui car le lendemain le même travail nous attendait.

 Dans le malefroid en 1968  avec le Maurice, le Guste qui boit à la bouteille et le JulesTout les acteurs de ces journées sont maintenant disparus : mon père, les voisins Joseph et Nana, mes oncles Maurice et Palu qui venaient prêter la main, les commis qui se sont succédés qui avaient pour nom le Jules, le François, le Guste ou le Séverin et je reste un des rares témoins de ces pratiques des années 70-80 dont je garde un peu de nostalgie et c’est ce que je veux vous faire partager.

A bientot.

Commentaires

5 réponses à “les foins années 80”   Laissez un commentaire !

  1. Ziala le 25 juillet 2006 à 17:40

    La comparaison que vous faites avec les foins dans les années 70-80 est très instructive.
    J’en retiens que malheureusement, le progrès technique en agriculture (peut-être ailleurs aussi) supprime les liens sociaux.

    C’est dommage…

    N’y a-t-il pas moyen de retrouver ces ambiances un peu festives en organisant différemment ces travaux ?

  2. Anonymous le 3 août 2006 à 20:10

    jusqu’à il y a deux ans on retrouvait cette ambiance festive dans la cueillette du tilleul des Baronnies entièrement manuel pour un produit de très haute qualité. malheureusement les cours se sont effondrés suite à l’arrivée massive du tilleul de Chine et des pays de l’est, mois odorant mais 10 fois moins cher. C’est moche mais c’est comme ça:plus personne ne le ramasse ou presque

  3. frankie le 4 octobre 2007 à 17:39

    …c’est pas juste les liens sociaux que ça détruit, c’est l’envie de le faire. Il n’y a plus de ‘fermier’ qui désire passer son entreprise à ses enfants. Qui fera le boulot de produire la nourriture à la prochaine génération???

  4. Bernard le 4 octobre 2007 à 21:11

    Il est vrai qu’il y a de moins en moins de jeunes qui se lancent encore dans l’aventure car c’est de plus en plus difficile,surtout au point de vue financier mais heureusement la « race » n’est pas encore perdue et certains se débrouillent très bien

  5. Foins 2010 : Journal d’une ferme en Bourgogne le 18 juillet 2010 à 17:42

    […] les foins représentaient un sacré boulot dont une grande partie se faisait manuellement. (voir les foins année 80) Cette année les conditions météo ont été très favorables même si cela s’annonçait […]

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