Il était temps

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Dimanche 27 avril et lundi 28 dĂ©luge d’eau,avec les dĂ©sagrĂ©ments qui en dĂ©coulent. Apparemment, c’Ă©tait les dernières grosses pluies et le mois de mai est arrivĂ© en sauveur avec son soleil et ses tempĂ©ratures en hausse. Il Ă©tait temps, je commençais Ă  dĂ©sespĂ©rer. Et dire que ce n’est plus qu’un mauvais souvenir mais qui va sĂ»rement laisser des traces.
Avec ces sols dĂ©trempĂ©s et cette chaleur presque estivale, la vĂ©gĂ©tation a littĂ©ralement explosĂ©. Cela a bien accĂ©lĂ©rĂ© le ressuyage. Les prĂ©s se sont bien garnis d’herbe. Les haies, les arbres, les fleurs ont rattrapĂ© leur retard. C’est ce qui donne au mois de mai cette ambiance que l’on ne retrouve Ă  aucun autre moment de l’annĂ©e. La visite aux animaux prend une tournure très agrĂ©able, tĂ´t le matin, dans cette atmosphère Ă©thĂ©rĂ©e, pleine d’arĂ´mes de toutes les plantes renaissant, au milieu d’une activitĂ© animale en plein essor; le printemps quoi! Et lĂ , il faut ĂŞtre paysan, amoureux de la nature et… lève-tĂ´t, ouvrir les yeux bien sur, pour le vivre.
Cette belle première quinzaine de mai m’a permis de dĂ©compresser un peu. Les animaux sont tous au prĂ©. Les broutards (12-15 mois) avaient quittĂ© la stabulation dĂ©but avril. Les gĂ©nisses de 2 ans Ă©galement, ennuyeux car elles seront saillies un peu tard Ă  mon goĂ»t. Toutes et tous Ă©taient contents de retrouver l’herbe. Aujourd’hui, ces animaux ont dĂ©jĂ  bien changĂ© et profitent de l’herbe et du soleil.Les vaches et leurs veaux ne sont parties que la dernière semaine d’ avril. J’ai effectuĂ© le lacher sur 4 journĂ©es, bien fatigantes d’ailleurs. Le mauvais temps des derniers jours d’avril m’avaient fait craindre le pire pour la santĂ© des petits veaux, mais celui-ci a Ă©tĂ© Ă©vitĂ© avec l’arrivĂ©e du soleil. Maintenant elles coulent des jours paisibles dans les prĂ©s riverains de l’Arroux.
CĂ´tĂ© cĂ©rĂ©ales, je m’inquiĂ©tais un peu. LĂ  encore les intempĂ©ries m’avaient empĂŞchĂ© d’Ă©pandre une première dose d’azote dĂ©but mars. Avec le recul je ne le regrette pas car je pense qu’une bonne partie de l’engrais aurait Ă©tĂ© lessivĂ©e. L’Ă©pandage ne s’est fait qu’en une seule fois au mois d’avril. Cette annĂ©e encore j’ai fait appel Ă  une entreprise qui a Ă©pandu l’engrais avec un quad. En fin de compte les cultures se sont bien refaites. L’orge d’hiver semble prometteuse et le mĂ©lange blĂ© triticale avoine d’hiver, moins exigeant ne s’en tire pas trop mal. Seul le blĂ©, heureusement il y en peu (1,30 ha)n’ a pas assez “tallĂ©” ( Ă©paissi, pour que chaque pied donne plus d’Ă©pis ).
Comme ça tout semble aller pour le mieux mais une ombre vient ternir le tableau. Une vache est au sol, les reins cassĂ©s. Je l’ai trouvĂ©e un matin se dĂ©plaçant avec difficultĂ© et le soir elle ne pouvait plus se relever. Je me doutais bien de l’issue, les anti-inflamatoires du vĂ©to ayant Ă©tĂ© sans rĂ©sultat. Je lui ai quand mĂŞme laissĂ© sa chance pendant le “viaduc du 8 mai” et je l’ai nourrie et abreuvĂ©e au prĂ©. Maintenant il va falloir la faire euthanasier,ce n’est pourtant pas dans ma logique, et son veau me reste sur les bras.
Il y a quelques annĂ©es de cela un animal blessĂ© comme cette vache n’aurait pas Ă©tĂ© perdue. J’aurais demandĂ© son abattage d’urgence et l’abattoir aurait procĂ©dĂ© Ă  celui-ci, mĂŞme un jour fĂ©riĂ©. Aujourd’hui on ne cherche pas Ă  comprendre,c’est l’Ă©quarrissage. En plus si on se risque Ă  faire abattre un animal accidentĂ© qui peut encore se dĂ©placer et qu’il soit refusĂ© pour la consommation humaine, Ă  la perte de l’animal il faut ajouter les frais d’abattoir . Des taxes pour la majeure partie.
Autre point noir, sûrement plus grave ,la fièvre catarrhale qui menace, qui plombe le commerce et donne un surcroît de travail et de soucis avec la vaccination des animaux rendue bien difficile car ceux-ci sont dans les pâturages.

A bientot

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C’est le printemps. Enfin il devrait ĂŞtre lĂ . Mais comme il n’est pas au rendez-vous il n’est pas encore trop tard pour moi de vous parler de travaux que j’ai rĂ©alisĂ©s au cours de ces derniers mois d’hiver pendant les moments de libertĂ© que me laissaient les soins aux animaux.
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Par exemple, la rĂ©fection du plancher de ma remorque bĂ©taillère m’a occupĂ© quelques jours. Il Ă©tait complètement pourri par la rouille au point qu’une patte de taureau Ă©tait passĂ©e Ă  travers. J’ai donc recouvert le fond avec des tĂ´les d’aluminium striĂ©es lĂ©gères,rĂ©sistantes et antidĂ©rapantes. Alain Ă©tait venu me prĂŞter main forte. IL faut dire que prendre des mesures ,travailler la ferraille, ça le connaĂ®t. Et il a fallu couper, meuler, donner la forme, percer, boulonner, etc.. Mon nouveau plancher s’avère très efficace.

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Autre travail,couper une haie, la dĂ©sĂ©paissir plutĂ´t. C’Ă©tait une haie haute de bois de charme dont la ramure retombante empĂŞchait le passage du tracteur et des engins agricoles. J’ ai seulement coupĂ© les charmes les plus gĂŞnants. Il reste encore une belle haie haute.Il n’y en a dĂ©jĂ  plus guère; la plupart sont taillĂ©es Ă  1 mètre de haut. Du coup j’ai fait un peu de bois de chauffage, mais surtout de la charbonnette et des fagots. Comme autrefois. D’ailleurs Touène le bĂ»cheron me reprochait ce retour en arrière. Mais c’est un combustible idĂ©al pour chauffer mon four Ă  pain. et j’ai bien l’intention de faire quelques fournĂ©es dès que ce bois sera sec.

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Epandre le lisier occupe bon nombre de journĂ©es. Quand le terrain supporte le passage de l’attelage tracteur- tonne Ă  lisier de 6 m3, tout va bien. C’est un boulot pas très agrĂ©able mais pas compliquĂ© qui demande des heures de tracteur. Mais quand l’Ă©tat du terrain interdit le passage, comme au mois de fĂ©vrier, j’emploie le système D: un coude Ă  la place de la buse d’Ă©pandage, une bonne pression, et le lisier est projetĂ© par dessus les haies des prĂ©s ou des champs depuis un chemin ou une petite route. Une ou deux citernes Ă©pandues ainsi permettent de patienter quelques jours en attendant le ressuyage du terrain.

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En fĂ©vrier j’ai fait l’entretien des rigoles dans les prĂ©s de Vernois. Il en faut tout un rĂ©seau. Chacune est tracĂ©e suivant la moindre pente, dans ces prĂ©s qui paraissent pourtant si plats; elle apporte son eau dans une autre plus importante. Celle-ci va Ă  son tour se dĂ©verser dans le fossĂ© qui conduit l’eau Ă  l’Arroux. Au jour oĂą j’Ă©cris elles “travaillent” Ă  plein, suffisent Ă  peine Ă  absorber les quantitĂ©s incroyables de pluie tombĂ©e ces jours derniers. Quand le les ai curĂ©es ,comme on dit, la terre Ă©tait dĂ©jĂ  très humide. J’avais du profiter des gelĂ©es matinales qui croĂ»taient lĂ©gèrement la surface du sol. Cela facilitait le passage du tracteur Ă  qui il m’arrivait de demander de ne surtout pas s’arrĂŞter car c’Ă©tait l’embourbement (enlisement) assurĂ©. Enfin de compte il m’a bien Ă©coutĂ©. J’y ai passĂ© 4 matinĂ©es quand mĂŞme.

VoilĂ  rĂ©sumĂ©s quelques exemples de travaux auxquels j’ai eu Ă  faire face. Et je trouve que c’est cette diversitĂ© qui donne un peu de charme au travail de paysan.

A bientĂ´t.


Pauvre printemps

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Je n’ai pourtant pas l’habitude de me plaindre sans cesse mais cette fois j’en ai vraiment ras-le-bol. Ras-le-bol de ce mauvais temps,de ce printemps qui ne vient pas et de voir les animaux s’Ă©terniser dans les Ă©curies. Ce temps morose met le moral en berne Ă  tout le monde, mais pour moi, cela prend une tournure catastrophique dans mon travail. Plus de 40 vaches avec leurs veaux attendent dans les bâtiments et pas question de les mettre au prĂ© dans l’immĂ©diat. Faire passer les animaux de leur vie hivernale au sec et au chaud de l’Ă©table Ă  la pluie et au froid que le vent accentue, c’est faire courir un grand risque aux petits veaux.Il faut qu’ils aient le temps de s’accoutumer.
Les prĂ©s eux aussi supporteraient mal le piĂ©tinement des vaches qui marchent sans cesse pour se rĂ©chauffer ou chercher de l’abri derrière une haie. Mais cette annĂ©e la vĂ©gĂ©tation est en retard, les haies commencent seulement Ă  verdir et n’offrent qu’un lieu de repos prĂ©caire. Un sol trop dĂ©primĂ© par les sabots risque de ne pas fournir l’herbe espĂ©rĂ©e pour les semaines et mĂŞme les mois Ă  venir.
Profitant de quelques journĂ©es moins maussades la semaine dernière j’avais bien sorti une vingtaine de paquets (la vache et son veau) rĂ©partis dans les prĂ©s les plus sains,en bordure de rivière et de ruisseaux. Mais quand il tombe 20 mm de pluie au m2 durant la nuit ,le matin les animaux pataugent et c’est dĂ©primant de les trouver ainsi lors de ma visite journalière. En plus, le lit de l’Arroux est plein ras bord. Il n’en faudrait pas beaucoup plus pour que la crue n’envahisse les prĂ©s et ce n’est pas fait pour me rassurer.
Dans les Ă©tables la situation n’est guère plus brillante. Je vois bien que les vaches en ont marre elles aussi. elles sentent le printemps qui est lĂ  . La mise Ă  l’herbe qui tarde Ă  venir les fait parfois manifester bruyamment. Il n’est que trop temps qu’elles partent. Les veaux qui ont bien grossi ne tiennent plus dans leur box. Je les laisse vivre dans l’Ă©curie avec leurs mères. ILs sont heureux mais salissent partout. Les stocks ont encore baissĂ©. Il faut dire qu’Ă  cette Ă©poque les vaches engloutissent une quantitĂ© impressionnante de foin et de paille et font d’autant plus de fumier.Cette fois je n’ai pratiquement plus de cĂ©rĂ©ales qui, mĂ©langĂ©s Ă  des tourteaux apportent la partie la plus riche de la ration. Et pour moi, matin et soir, le pansage devient une corvĂ©e et je ne vois” ni bout ni fin”.
La mĂ©tĂ©o prĂ©voit bien une amĂ©lioration pour la fin de la semaine. EspĂ©rons qu’ils disent vrai (ça les changerait) Mes problèmes seraient vite rĂ©glĂ©s

A bientĂ´t


VĂŞlages

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A mon grand soulagement la saison des vĂŞlages tire Ă  sa fin. De fĂ©vrier Ă  fin mars,dĂ©but avril il faut ĂŞtre disponible en permanence. C’est de la rĂ©ussite des naissances que dĂ©pend en grande partie le revenu de l’Ă©leveur. LĂ  encore ce billet s’adresse plus aux gens qui ne vivent pas de l’Ă©levage bovin.
Sachant qu’une vache porte 285 jours, si on l’a vue forniquer avec le taureau au printemps on connaĂ®t Ă  peu près la date du terme, mais la durĂ©e de gestation peut varier de plusieurs jours (pour la charolaise: mini 269 j, maxi 305 j ). Les mouvements de lune ont beaucoup d’influence sur le moment de la mise-bas. Mais c’est Ă  l’oeil que l’on voit que celle-ci s’approche. Dans la quinzaine qui prĂ©cède le grand jour, la mamelle gonfle, la vulve se dĂ©tend, s’agrandit. On dit qu’elle se prĂ©pare.
A partir de ce moment je ne relâche plus la surveillance. J’augmente le rythme des visites si bien de jour que de nuit. Certains Ă©leveurs emploient la tĂ©lĂ©surveillance, d’autres la mĂ©thode de la tempĂ©rature. Il faut la pendre Ă  la vache plusieurs jours avant la date prĂ©sumĂ©e et quand la fièvre chute d’environ 1° la naissance intervient dans les heures qui suivent. Un autre signe qui ne trompe pas, la vache se lèche (Chantal dit que c’est pour se faire belle pour accueillir l’ enfant), elle s’intĂ©resse aux autres veaux, les appelle. Ensuite quand survient le travail (moi je dis les coliques) la vache nerveuse piĂ©tine,se tortille se lève, se couche de nombreuses fois.
Dans la race Ă  viande qu’est le charolais le vĂŞlage est souvent dĂ©licat. Il faut ĂŞtre vigilant. Souvent je trouve le veau nĂ© sans assistance, parfois entrain de se dĂ©battre dans un mĂ©lange de dĂ©jections et de liquide amniotique. Pas beau Ă  voir! Je le saupoudre copieusement de sel fin pour encourager la vache Ă  le lĂ©cher.
Si je suis prĂ©sent au dĂ©but des coliques,dès qu’apparait la première poche de liquide amniotique (gĂ©nĂ©ralement bleutĂ©e) j’aime bien me rendre compte par une fouille si tout est normal. Le foetus doit se prĂ©senter les pattes avant les premières,la tĂŞte lĂ©gèrement en retrait, posĂ©e sur celles-ci. Mais parfois le veau peut se prĂ©senter avec une patte repliĂ©e, la tĂŞte en arrière. Ilpeut se presenter Ă  l’envers, sur le dos ,il faut alors le retourner, ou encore le train arrière le premier. Trois ou quatre pattes annoncent des jumeaux. En gĂ©nĂ©ral je peux remĂ©dier Ă  ces petites anomalies. Mais en dĂ©but de semaine une vache avait une torsion de matrice et il m’a fallu le vĂ©to. Il n’a pas pu la rĂ©duire et cela s’est terminĂ© par une cĂ©sarienne.
Si la vache ne peut l’expulser seule, je dois l’aider en tirant le veau Ă  l‘aide de la vĂŞleuse. Il ne faut pas trop se presser, laisser se faire le travail,commencer Ă  tirer au moment opportun, (pas facile Ă  dĂ©terminer: trop tĂ´t ou dĂ©ja trop tard ? ) tirer quand la vache pousse. Mais il arrive de me faire de belles frayeurs car je ne peux pas deviner la taille du veau. Les Ă©paules peuvent très bien passer, le veau s’engager et le bassin bloquer, et lĂ  c’est chaud! Ne pas s’affoler,(pas facile si le veau gueule) attendre, le passage se fait toujours mais c’est la vache qui “dĂ©guste”.Si le veau est sorti jusqu’au bassin (je dis pris au flanc) il peut attendre un certain temps. Mais Ă  un certain moment, il faut bien le sortir ce veau. J’encourage la vache Ă  pousser (un peu pour me rassurer) et moi je tire, je tire très fort. Je suis toujours Ă©patĂ© par la rĂ©sistance du veau Ă  la traction. C’est très dĂ©sagrĂ©able, stressant et Ă©puisant pour moi. Et cela peut se terminer très mal si bien pour la mère que pour l’enfant. Une fois dans ma carrière j’ai vu le vĂ©to obligĂ© de dĂ©couper le veau en morceaux Ă  l’aide d’une scie-fil pour le sortir. Pas beau Ă  voir!
De toute façon, il faut toujours se remettre en question, ne rien laisser au hasard, ĂŞtre prĂŞt Ă  toute Ă©ventualitĂ©,rĂ©agir rapidement, efficacement, ĂŞtre prĂŞt Ă  la rĂ©animation: suspendre le veau par les pattes arrières pour lui faire rendre les glaires ingurgitĂ©es accidentellement, administrer un stimulant respiratoire (quelques cc dans la gueule ou les narines) ou un toni-cardiaque et bien sur de l’ eau très fraĂ®che sur le crâne. Il ne faut pas oublier la vache, la faire relever rapidement. Cela peut Ă©viter qu’elle n’expulse la matrice (prolapsus utĂ©rin) et je la sangle par sĂ©curitĂ©.
Je pense vous avoir dĂ©crit une partie du travail hivernal d’un Ă©leveur naisseur,mais j’aurais encore beaucoup Ă  dire. Je ne peux cependant pas vous faire partager le plaisir de rĂ©ussir un vĂŞlage difficile rĂ©compensĂ© par un beau veau, ni le moment de solitude quand le nouveau-nĂ© crève dans la vĂŞleuse, ni le moment de colère quand je trouve le veau mort derrière la vache parce que la poche des eaux lui est restĂ©e collĂ©e sur le nez. Je suis persuadĂ© que dans tels cas la chance ou la malchance ont une grande importance.

A bientĂ´t


Pâques aux tisons

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NoĂ«l au balcon, Pâques aux tisons. La prĂ©diction se rĂ©alise. Il n’a jamais fait aussi mauvais de l’hiver: du froid, de la neige, du vent et des pluies abondantes, l’Arroux qui dĂ©borde sur les prĂ©s et les terres saturĂ©es d’eau. Du coup pas moyen de mettre les animaux au prĂ©. Ce n’est pourtant pas l’envie qui m’en manque. Habituellement, mâles et femelles d’un an, gĂ©nisses de 2 ans ,taureaux sont dĂ©jĂ  sortis depuis le 15 mars. Les stocks de fourrage baissent, ça devient inquiĂ©tant. Je compte et recompte les balles de foin qui restent pour me rassurer. Je pense pouvoir tenir un bon mois. D’ici fin avril la situation devrait se dĂ©canter.

Les 2 semaines avant Pâques les naissances ont connu un rythme soutenu; c’Ă©tait tous les jours ou presque, et parfois plusieurs accouchements dans la journĂ©e ou la nuit bien sĂ»r. Je ne sais plus oĂą mettre les jeunes veaux . Cela m’arrangerait bien de libĂ©rer quelques places. Le cotĂ© positif, c’est qu’il ne reste plus que 10 vaches Ă  vĂŞler dont 6 pour bientĂ´t . Il y a longtemps que je n’avais pas vu ça. J’ai du dĂ©jĂ  le dire, mais depuis 2003 les vĂŞlages s’Ă©taient fortement retardĂ©s dans le temps.
Pâques aux tisons, Pâques dans les Ă©curies, ça ne rime pas mais c’est comme ça. Je ne me suis pas aperçu que c’Ă©tait un week-end de fĂŞte, avec en prime un accouchement inhabituel. La dernière gĂ©nisse Ă  vĂŞler, sans aucune prĂ©paration prĂ©alable, “perd les eaux” le dimanche après-midi; heureusement je m’en aperçois Ă  temps. Je vois bien que ce n’est pas normal, et par une fouille sommaire car je peux Ă  peine passer la main,  je sens qu’il arrive 4 pattes avant mais pas de tĂŞte. Contre toute attente elle va accoucher de jumeaux mais j’ai besoin d’ un vĂ©to. Après une investigation approfondie, la jeune femme opte pour les sortir par la voie naturelle plutĂ´t que par cĂ©sarienne. Le passage s’est lĂ©gèrement agrandi mais Caroline doit pratiquer une Ă©pisiotomie et on rĂ©ussit Ă  sortir 2 jolis mâles bien en vie (moi qui pensais Ă  un avortement). Ensuite il faut suturer, recoudre Ă  l’intĂ©rieur, pas facile! A la fin la mère n’est pas belle Ă  voir. Il faut dire qu’elle avait fortement maigri durant les jours prĂ©cĂ©dant la mise-bas. C’est ce qui Ă  du prĂ©cipiter l’accouchement.

Mais après ça se complique. Le lendemain les jumeaux attrapent une septicĂ©mie, antibio, rĂ©hydratant, etc…… 2 jours après rechute. Re-vĂ©to, perfusions, piqĂ»res, et la vache qui n’a pourtant pas un goutte de lait fait une mammite sĂ©vère (antibio, anti-inflammatoire). Je n’ose imaginer la facture !
Aujourd’hui les jumeaux sont encore mal, je les Ă©lève au lait reconstituĂ©. La vache semble mieux aller, je l’ai mise au prĂ©. Et devinez quoi, lors de ma ronde de nuit j’ai trouvĂ© 2 jumelles nĂ©es tranquillement, qui semblaient m’attendre pour que je les donne Ă  lĂ©cher Ă  leur mère impatiente.

On dit qu’une hirondelle ne fait pas le printemps mais trois ? Elles sont arrivĂ©es cette semaine et m’accompagnent matin et soir pendant le pansage. Le soir elles dorment bien au chaud au-dessus des vaches. J’ose espĂ©rer que c’est de bonne augure.

A bientĂ´t

Aujourd’hui je veux vous parler de la fabrication de paniers d’osier comme j’en ai toujours vu faire autrefois au cours de veillĂ©es.Mais comme je ne sais malheureusement pas les faire, je laisse Ă  mon beau-frère Alain le soin d’expliquer la façon de faire qu’il a su perpĂ©tuer, illustrĂ©e par de nombreuses photos prises Ă  chaque Ă©tape de la fabrication par ma soeur Jacqueline.

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FABRICATION DE PANIER EN OSIER PAR UN AMATEUR

Le premier travail est de repérer ce que nous appelons le bois de panier. C’est ce que je fais l’été lors de mes promenades à moto.
Il faut voir oĂą il y a eu des coupes dans des forĂŞts de châtaignier pour qu’au moment venu ( c’est-Ă -dire après la chute des feuilles ) aller cueillir ce fameux bois de panier.
Ce sont les jeunes pousses d’arbres (sur les souches) d’un ou deux ans qui se prêteront parfaitement à la forme qu’il sera nécessaire de leur donner pour la réalisation du panier ou corbeille.
Bien sur ce serait trop facile si il ne fallait pas regarder la lune, en effet ce bois doit se couper en vielle lune, c’est au dernier quartier de la lune de décembre que je choisi de collecter celui-ci
C’est toujours une expédition car bien sur cette cueillette se fait sur autrui et il faut prendre garde à ne pas tomber sur le propriétaire de l’endroit choisi. Quelques fois je demande l’autorisation mais j’avoue que c’est rare, donc je maraude.
Le bois de panier cueilli, je me mets en quête d’osiers, mais la c’est plus facile car je possède près de ma maison ce que nous appelons des gilles ou osières Une fois tout ce matériel rassemblé, je peux commencer mon panier. Cette année mon fils Olivier a pour la première fois fait un panier sans que j’ai à mettre la main pour l’aider.
Le premier travail consiste à choisir un bois pour tourner l’anse , l’anse tournée il faut faire le tour supérieur du panier qui sera avec l’anse la base de départ.
Pour faire ce tour il faut jouer du couteau pour couper en deux un bois également bien choisi. C’est une opération délicate et il faut s’aider du genou pour fendre ce bois parfaitement en deux en inversant le rayon pliage afin de suivre le fil du bois.

L’anse faite et le tour il faut assembler ces deux pièces avec un osier et faire ce que nous appelons l’œil de perdrix .
Pour travailler l’osier il faut fendre la tige celui-ci en trois ou en quatre suivant la grosseur avec ce que nous appelons dans notre jargon une choute (choute à trois, choute à quatre)
Ensuite il faut travailler l’osier sur le genou pour lui apporter souplesse et le rendre malléable en réduisant son épaisseur.
Le panier est bien commencé , maintenant il faut adjoindre ce que nous appelons des péchauds (patois).
Ces péchauds s’obtiennent de la même façon que le tour du panier, il faut user du couteau et du genou.
Ensuite il faut les travailler pour les rendre réguliers et les appointer des deux cotés en ayant pris soin de calculer exactement la longueur nécessaire à ceux-ci pour donner peu à peu la forme de notre panier .
Les péchauds se mettent par quatre ou huit (toujours multiple de deux), question de passage des osiers pour que ceux-ci soient une fois dessus, une fois dessous nos péchauds.
Ensuite il faut préparer des osiers les placer à la suite les uns des autres pour tapisser le panier complètement .

Le panier peut être de forme ronde, rectangulaire, ovale, carré, enfin de la forme que l’on souhaite obtenir si on a de l’imagination.
Pour ma part après mes réalisation terminées, je les passent toujours au vernis je les trouve plus jolis, et cela colle les osiers et les péchauds ensemble.

Il est possible de faire des paniers blancs également et pour cela il faut faire bouillir les osiers pour enlever tout simplement l’écorce que nous pourrions appeler la peau.

Malgré toutes ces explications, il ne faut pas croire que faire un panier ou une corbeille à pain par exemple c’est aussi simple que cela , mais la retraite arrive et je suis prêt à faire connaître ce passe temps à d’autres personnes.

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Dès que je disposerai de plus de temps pour mes loisirs je crois que je serai un de ses premiers élèves

A bientĂ´t

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Une tranche de vie

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Dans un billet précédent Je décrivais un dimanche difficile. Mais si les jours se suivent tous ne se ressemblent pas
Mardi 19-02: Après le travail routinier ( le pansage ) Michel vient me retrouver. On a dĂ©cidĂ© d’aller “faire la goutte”, c’est-Ă -dire d’emmener les fruits fermentĂ©s (des poires) Ă  l’alambic ambulant. Après avoir pris un cafĂ© on charge les fĂ»ts sur le 4×4 et nous voilĂ  partis pour Montmort. La campagne est belle sous ce soleil magnifique de fĂ©vrier. On commente le paysage qu’on connaĂ®t peu, avec ses fermes, ses troupeaux qui passent l’hiver dehors sur des terrains vallonnĂ©s et sains. ArrivĂ©s sur place, on retrouve l’ambiance habituelle, incomparable ,les arĂ´mes de fruits portĂ©s Ă  Ă©bullition qui se mĂ©langent Ă  l’odeur de la fumĂ©e qui se dĂ©gage des foyers des alambics chauffĂ©s Ă  bonne tempĂ©rature. Autour du traditionnel canon de blanc ou verre de gnĂ´le de bienvenue on parle de tout et de rien, de rĂ©colte de fruits, d’alcool, de gabelous……… On regarde fonctionner ces drĂ´les d’engins. La matinĂ©e est vite passĂ©e.
De retour Ă  Vernois c’est un autre Ă©pisode de la vie campagnarde qui m’attend: sortir les jambons du saloir. Autre travail, autres arĂ´mes. IL n’est pas facile de dĂ©crire ce parfum de saumure aromatisĂ©e par le poivre, l’ail, l’oignon, le thym, etc…..Après un rinçage au jet pour enlever le sel encore accrochĂ© Ă  la viande, les jambons ont belle façon. Je les pends au soleil, exposĂ©s au vent du sud très doux ce jour-lĂ .
Pour les faire sĂ©cher, j’ai optĂ© depuis des annĂ©es par l’immersion des jambons dans la chaux vive. De cette façon je n’ai jamais de problème de conservation. Après le repas je vide la caisse de la chaux fusĂ©e, de l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente. Je l’Ă©pands dans le jardin potager. Les jambons ont bien ressuyĂ©. Ils ont l’air prometteurs avec leur couenne dorĂ©e sur laquelle cristaux de sel brillent au soleil. Je les installe dans la caisse et les recouvre de chaux vive. Ils seront parfaitement secs d’ici quelques mois et on devrait se rĂ©galer.
Il faut croire que c’Ă©tait un bon jour . Quand j’entre dans l’Ă©curie c’est pour y dĂ©couvrir un beau veau nĂ© depuis quelques instants. La vache a du avoir du mal car il est de belle taille; mais quand ça veut bien aller…… Au moins celui-la ne m’aura pas pris beaucoup de temps Ă  m’en occuper.
Quand je sors de l’Ă©table des cris inhabituels mais caractĂ©ristiques me font lever les yeux vers le ciel. Un groupe dĂ©sordonnĂ© de grands oiseaux migrateurs tournoie au-dessus de la ferme. Chantal qui les observe Ă  la jumelle depuis un moment me dit que ce sont des cigognes. Et quand je les vois se rassembler derrière leur leader en un magnifique V aux branches inĂ©gales, prendre le cap nord, nord-est et disparaĂ®tre en quelques instants je me dis que viens d’assister Ă  un spectacle qu’il n’est pas donnĂ© Ă  tout le monde de voir. Et je pense que comme dit Ziala dans un commentaire qu’ il’y en a qui sont plus mal lotis.
Cependant il ne faut pas rester Ă  rĂŞvasser l’heure du pansage du soir arrive. MalgrĂ© ce travail qui m’attend je crois que je viens de passer une journĂ©e que beaucoup doivent m’envier. C’est comme ça la vie Ă  la campagne ou plutĂ´t dans la campagne.

A bientĂ´t.


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